| Climat

Validé le 19 octobre à Brazzaville, le plan d’investissement de la CDN 3.0 chiffre à 8,88 milliards de dollars l’effort climatique du Congo jusqu’en 2035. Au cœur de cette feuille de route figure une ambition qui parle aux amoureux du bassin : préserver 23,5 millions d’hectares de forêts.

Forêts du Congo : un trésor sous-financé

Le paradoxe a de quoi frapper. Les forêts congolaises rendent un service majeur au climat en stockant du carbone, mais elles restent sous-financées. Selon Africa24, elles ne captent que 3 % des fonds climatiques mondiaux, un déficit qui fragilise la résilience des populations et des infrastructures.

Le pays cumule en outre deux fragilités. Classée parmi les 40 pays les plus menacés par le changement climatique, la République du Congo est exposée aux risques d’inondation et demeure dépendante des hydrocarbures, rapporte la chaîne panafricaine.

Le 19 octobre s’est tenu à Brazzaville l’atelier national de validation du plan d’action et d’investissement de la troisième contribution déterminée au niveau national, la CDN 3.0. Les travaux étaient placés sous le patronage d’Arlette Soudan-Nonault, ministre de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo.

23,5 millions d’hectares de forêts à préserver

Sur le papier, les objectifs sont précis. La CDN 3.0 vise une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 20,44 % d’ici 2030, puis de 47,82 % en 2035. Elle entend aussi préserver 23,5 millions d’hectares de forêts et favoriser l’émergence d’emplois verts.

Parmi les priorités de l’enveloppe figurent explicitement la protection des forêts et de la biodiversité, aux côtés de la réduction des émissions, de l’adaptation aux changements climatiques et de la promotion des énergies propres. Le tout doit contribuer à la lutte mondiale contre le réchauffement de la planète.

Une intervention rapportée par Africa24 l’a résumé : « S’adapter et atténuer à travers un portefeuille structuré de près de deux cents actions couvrant aussi bien l’énergie verte, l’agriculture résiliente, la gestion durable des forêts et des tourbières que la protection de nos villes et de nos côtes. »

La même voix ajoutait que « le Congo démontre qu’il est possible d’allier la conservation de la planète à la prospérité des populations ». Pour un pays de forêts et de tourbières, la formule sonne comme un programme.

Un « service écosystémique inestimable » rendu au monde

Représentant du système des Nations unies au Congo, Abdouramane Diallo a rappelé le rôle essentiel des forêts congolaises dans la séquestration du carbone et la lutte contre le changement climatique. Pour lui, « le Congo offre au monde un service écosystémique inestimable ».

Ce service, a-t-il plaidé, mérite une mobilisation financière adéquate de la part de tous. D’où son appel à la solidarité.

« La communauté internationale, les fonds climatiques et les partenaires multilatéraux et bilatéraux doivent répondre à l’appel par un soutien financier, technique et technologique prévisible à la hauteur des enjeux », a lancé le représentant onusien.

Financement climatique : qui paiera la facture ?

Selon les experts réunis à Brazzaville, le besoin global s’élève à 8,88 milliards de dollars, soit plus de 5 189 milliards FCFA, pour couvrir la période 2026-2035. Africa24 en détaille une partie de la ventilation : 5,81 milliards pour l’atténuation et 2,50 milliards pour l’adaptation.

La répartition des efforts pèse lourd. L’État congolais doit apporter 20 % des financements, tandis que 80 % dépendent de l’appui international. La mobilisation de ces ressources conditionnera la résilience climatique et la diversification économique du pays.

Denis Kireche, spécialiste de l’engagement auprès des pays au sein de l’Unité de soutien du Partenariat pour les CDN (NDC Partnership), basée à Bonn, en Allemagne, l’a rappelé : la réussite dépend des financements des partenaires comme de ceux des autorités congolaises.

Il a encouragé ces dernières à inscrire la CDN dans le Plan national de développement (PND), en cours d’élaboration. « Le plan d’investissement ici présenté ne doit pas constituer un cadre isolé ou parallèle, mais doit intégrer les priorités nationales de développement », a-t-il insisté.

De la Journée de l’arbre à la certification forestière

Le plan ne part pas de rien. Il s’inscrit dans la continuité d’initiatives déjà engagées par le Congo : la Journée nationale de l’arbre, le Programme intégré pour une croissance verte et résiliente, un programme national consacré au reboisement, la promotion de la certification forestière en zone tropicale humide.

Les sources citent aussi le sommet des trois bassins forestiers tropicaux parmi ces jalons. Autant d’étapes qui dessinent une continuité dans l’action environnementale du pays.

Emplois verts et bleus, la promesse de la ministre

Dans son allocution d’ouverture, Arlette Soudan-Nonault a insisté sur la portée de la CDN 3.0. Au-delà de la résilience climatique, elle devrait permettre de créer des emplois verts et bleus, d’améliorer les conditions de vie de la population, de valoriser les ressources naturelles et de diversifier l’économie.

Le plan doit devenir l’instrument de référence pour hiérarchiser les priorités, préciser les responsabilités institutionnelles, planifier les interventions et suivre les résultats. « Il devra favoriser une meilleure articulation entre les objectifs climatiques, les politiques sectorielles et les investissements à réaliser », a déclaré la ministre.

Une feuille de route à l’épreuve du terrain

« Pour la République du Congo, l’enjeu est clair : il ne suffit pas de prendre des engagements, encore faut-il se donner les moyens de les réaliser », a-t-on entendu lors de l’atelier, selon Africa24.

La validation marque une étape importante dans le renforcement des engagements climatiques du pays. Reste à traduire les objectifs en actions concrètes. Pour les forêts du bassin, l’enjeu se mesurera en hectares préservés autant qu’en dollars mobilisés.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

↑