| Environnement

Brazzaville et Pointe-Noire face aux flots

Chaque saison des pluies, les ruelles sablonneuses de Mfilou ou Talangaï se transforment en torrents.

L’eau grignote les remblais, déstabilise les maisons et bouscule la vie quotidienne de milliers de familles.

La Journée mondiale de l’habitat, célébrée à Kintélé, a offert une tribune pour transformer cette inquiétude en projet collectif.

Des chiffres qui alarment mais mobilisent

Selon les données du ministère de l’Environnement reprises par le Pr Narcisse Malanda, la température moyenne nationale a déjà gagné 0,07 % en cinq décennies.

Le Congo figure parmi les pays les plus exposés, alors que sa croissance démographique tutoie 9,9 % par an; l’équation logements-climat devient critique.

Pourtant, ces statistiques ne sont pas une fatalité: elles excitent l’ingéniosité d’urbanistes bien décidés à bâtir des quartiers adaptés.

L’architecture d’urgence, une science du terrain

Née sur les décombres de tremblements de terre ou de conflits, l’architecture d’urgence s’invite désormais dans la prévention des risques urbains liés au climat.

Sa force repose sur des interventions rapides, modulaires, peu coûteuses et respectueuses des écosystèmes, idéales pour les faubourgs congolais exposés aux inondations.

La voix du professeur Narcisse Malanda

« Il faut prévoir pour ne pas subir », martèle le professeur devant les étudiants de l’Isaubtp.

Il plaide pour un management stratégique où chaque plan de quartier inclut des couloirs d’eau, des murets végétalisés et des matériaux respirants.

Sa proposition phare : actualiser le code de l’urbanisme afin de décliner la notion de résilience dans chaque autorisation de construire.

Quartiers résilients, matériaux locaux

À Bacongo, un collectif de jeunes maçons teste des briques comprimées en latérite stabilisée, plus légères et trois fois moins émissives que le ciment.

À Pointe-Noire, un prototype de logement sur pilotis en bambou local a résisté à deux saisons des pluies sans dégâts majeurs.

Ces exemples prouvent que l’alliance entre savoir-faire traditionnel et technologie contemporaine peut générer un habitat sûr, abordable et climatique.

Impact & solutions

Investir dans l’architecture d’urgence signifie d’abord cartographier les zones à risque, installer des stations météo communautaires et former des brigades de quartier.

L’Agence congolaise de développement urbain et plusieurs ONG discutent déjà de micro-crédits verts pour aider les ménages à surélever leur dalle ou végétaliser leurs toitures.

À long terme, chaque franc dépensé en prévention économise six francs de reconstruction, rappelle une étude partagée durant la conférence.

Des ateliers participatifs pilotés par l’Isaubtp permettent déjà aux riverains de modéliser leur quartier en 3D et de choisir collectivement les zones à végétaliser ou à déconstruire.

À savoir

Le concept d’habitat résilient englobe la gestion des déchets, la disponibilité d’espaces verts et l’accès à l’eau potable, facteurs clés de santé publique.

Plus de 60 % des logements informels du pays sont auto-construits; sensibiliser les artisans locaux reste donc essentiel pour diffuser les bonnes pratiques.

Comment y aller

La prochaine session de formation ouverte du Pr Malanda se tiendra au campus de Kintélé en mars; bus urbains et navettes fluviales y desservent l’amphithéâtre.

Les visiteurs sont invités à découvrir les prototypes d’habitats résilients exposés sur place, avant de parcourir les berges réaménagées du fleuve.

Comments are closed.