Dans les forêts du nord de la République du Congo, un geste ancestral se réinvente. La coopérative agro-pastorale Ya Dïyi apprend aux peuples autochtones à prélever le miel sans blesser l’écosystème qui le produit.
Une récolte pensée pour épargner la forêt
À la veille de la Journée internationale des peuples autochtones, la coopérative Ya Dïyi a mené une campagne de sensibilisation dans les départements de la Sangha et de la Likouala. Son message tient en une distinction : récolter, pas cueillir.
La cueillette traditionnelle, souvent brutale, abat les arbres et enfume les essaims. Elle prive la forêt de ses pollinisateurs et de ses géants végétaux. La récolte, elle, ne retire que le fruit mûr de la ruche, en laissant l’abeille et l’arbre poursuivre leur travail.
L’abeille et l’arbre, une alliance vitale
Interrogé à Pointe-Noire le 7 août, le président de Ya Dïyi, Juste Justin Goma Gabou, a rappelé combien ces deux espèces dépendent l’une de l’autre. L’abeille féconde l’arbre par la pollinisation ; l’arbre, en retour, capte le carbone et libère l’oxygène.
« Quand vous avez détruit l’abeille qui pollinise l’arbre, imaginez que ce sont des milliers d’arbres et abeilles qui sont détruits, c’est la planète qui est menacée », a-t-il averti. Un raisonnement qui relie le geste local à l’équilibre climatique du bassin.
Pour lui, la solution passe par la pédagogie. « Nous partons pour montrer comment récolter le miel et d’autres produits de la ruche, sans détruire ces deux espèces », explique-t-il. L’objectif : convaincre communautés locales et autochtones d’abandonner progressivement la cueillette.
Les gardiens de la forêt en première ligne
Le formateur les nomme volontiers les « gardiens de la forêt ». Selon lui, ces communautés ont accueilli favorablement l’apprentissage de l’apiculture. Depuis le passage de l’équipe, leurs ruches seraient désormais pollinisées et productives.
La coopérative achète directement le miel à la ruche, en sélectionnant le cadre operculé, c’est-à-dire mûr et pauvre en eau. Une exigence de qualité qui garantit un produit stable et valorisable, tout en offrant un débouché concret aux récolteurs formés.
Cette mission a été rendue possible grâce à la société Wics, partenaire de Ya Dïyi. Au-delà de la Sangha et de la Likouala, la coopérative souhaite étendre ces formations à d’autres départements pour toucher davantage de communautés du pays.
Un pari économique pour le Congo
Derrière l’enjeu écologique se dessine une ambition économique. Goma Gabou plaide pour un appui accru de l’État congolais, convaincu que la filière apicole reste sous-exploitée au regard de son potentiel.
« L’apiculture peut rehausser le Produit intérieur brut d’un pays. Nous voulons que l’État nous accorde de l’espace, les moyens, car nous avons les moyens de pratiquer l’apiculture », affirme-t-il. Il assure que le Congo dispose des capacités pour devenir une nation apicole.
Fondée en 2019, la coopérative Ya Dïyi a bâti l’ensemble de la chaîne de valeur du miel. De la récolte au traitement, en passant par la fabrication du matériel apicole, elle a obtenu la certification de l’État congolais et forme désormais dans sa propre école.
Quand la conservation devient un métier
L’initiative illustre une conviction simple : protéger la forêt et en vivre ne s’opposent pas. En transformant un savoir menacé en pratique durable, Ya Dïyi offre aux autochtones un revenu qui récompense la préservation plutôt que la destruction.
Reste à consolider ce modèle. Le soutien public, la formation continue et l’ouverture de nouveaux marchés détermineront si le miel du bassin du Congo deviendra, pour ses gardiens, une véritable économie de la forêt vivante (ACI).

