Une artère vitale sous la menace de l’érosion
Mafouta et Sangolo ne sont plus qu’à quelques minutes de Mayanga grâce à la route bitumée posée il y a six ans pour dynamiser le couloir maraîcher du Djoué.
Mais un ravin large de près de dix mètres grignote désormais le bas-côté à hauteur du bar B52, laissant entrevoir un possible effondrement de la chaussée lors de la prochaine saison des pluies.
Les images filmées par les habitants circulent sur les réseaux sociaux et rappellent les ravages déjà observés dans d’autres quartiers situés sur le versant sud de Brazzaville.
Construite initialement comme piste agricole, la chaussée avait été bitumée dans le cadre du programme municipal d’ouverture des zones périphériques, accélérant la mise en marché des productions vivrières.
Les causes naturelles et humaines du ravin
Selon l’ingénieur géologue Armand Mouandza, l’argile sablonneuse du plateau combinée à l’intensification des pluies extrêmes favorise l’érosion rétrogressive qui dévore progressivement le talus.
Les eaux de ruissellement provenant des maisons en amont s’engouffrent dans des caniveaux ouverts puis se déversent sur la pente sans dispositif de dissipation d’énergie, creusant chaque jour un peu plus le gouffre.
L’urbaniste Élodie Samba rappelle que l’absence d’un réseau d’assainissement fermé dans les secteurs à faible densité reste le point faible de nombreux projets routiers.
Conséquences pour les maraîchers et la ville
La route relie une ceinture agricole baptisée Agri-Congo, où poussent laitues, aubergines et piments destinés aux marchés de Moungali et Poto-Poto.
Si la circulation venait à être coupée, les maraîchers devraient emprunter des pistes de sable plus longues, renchérissant le prix des légumes et accentuant la pression sur les quartiers périphériques déjà saturés.
Les transporteurs scolaires qui empruntent cet axe redoutent déjà une hausse des coûts de carburant si un détour s’impose, un surcoût qui se répercuterait sur les parents.
Ingénieurs et riverains sonnent l’alarme
Réuni en fin d’après-midi devant la cassure, le président du comité de quartier, Jean-Michel Ondongo, supplie « qu’on envoie vite les pelles mécaniques avant que le goudron ne tombe dans le vide ».
Du côté de la Délégation générale aux grands travaux, l’ingénieur Dieudonné Kembé assure qu’un diagnostic topographique a été lancé afin de “dimensionner un remblai en gabions et drainer durablement les eaux pluviales”.
Des étudiants de l’École nationale supérieure polytechnique ont commencé, drones à l’appui, à cartographier l’évolution du front d’érosion afin de fournir des données en temps réel aux décideurs.
Mobilisation locale et étapes urgentes
La mairie de Madibou a déjà dépêché des techniciens pour sécuriser le pourtour avec des rubans rouges et prévenir les motocyclistes nocturnes.
Une collecte communautaire a réuni plusieurs tonnes de pierres destinées à combler temporairement la brèche en attendant la solution structurelle annoncée par les services compétents.
Les associations de jeunes proposent parallèlement de replanter des vetiver le long du talus pour stabiliser le sol, initiative encouragée par les écologues de l’Université Marien-Ngouabi.
Le chef traditionnel, Ngali-Pierre, a mobilisé les conseils de village pour veiller de jour comme de nuit à ce qu’aucun camion ne vienne déverser des déblais non contrôlés dans le ravin.
Comment y aller
Depuis le centre-ville de Brazzaville, prendre la Nationale 1 jusqu’à Mafouta puis tourner à droite vers Sangolo; le site du ravin se trouve à environ seize kilomètres, juste après le bar B52, identifiable à son toit rouge.
À savoir
La zone est sujette à de fortes pluies entre octobre et mai; il est prudent d’éviter de circuler la nuit et de respecter les déviations installées par la mairie.
Impact & solutions
Stabiliser le ravin coûterait environ 120 millions de francs CFA selon les premières estimations, un investissement modeste au regard des pertes économiques qu’engendrerait l’isolement du bassin maraîcher.
La combinaison d’un remblai en enrochement, de caniveaux bétonnés et d’un tapis végétal permanent est déjà utilisée avec succès à Massengo; répliquer ce modèle à Mayanga offrirait une protection durable et générerait des emplois locaux.
En collaboration avec l’Agence française de développement, un projet pilote d’infiltration des eaux devrait être présenté lors du prochain forum urbain de Brazzaville, offrant un financement potentiel pour Mayanga.





