Il a suffi d’une nuit de pluie pour que la montagne de déchets cède. À Conakry, l’éboulement de la décharge de Dar-es-Salam a fait au moins 34 morts. Une semaine plus tard, les survivants ont vu leurs maisons tomber sous les engins.
Le drame dit quelque chose que connaissent bien les villes d’Afrique centrale : une décharge à ciel ouvert n’est pas un terrain vague. C’est un relief instable, adossé à des quartiers habités, qui devient dangereux dès les premières grandes pluies.
Une nuit d’août sous les déchets à Conakry
Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 août 2026, vers deux heures du matin, un pan entier de la décharge s’est détaché. Il a recouvert le quartier Dar Es Salam 2, dans la commune de Gbessia.
L’alerte est venue du chef de quartier, vers trois heures. Forces de défense et de sécurité, équipes de la Protection civile, éléments du Génie militaire : les secours ont fouillé les décombres à la pelleteuse, épaulés par les habitants du voisinage.
Le 23 août, la Protection civile faisait état d’au moins trente et un morts, de nombreux blessés et de plusieurs disparus. Au 29 août, le bilan consolidé s’établissait à au moins trente-quatre décès. Le maire de Gbessia, Mamadou Saliou Fofana, a été l’un des premiers élus sur place.
Une montagne de déchets que rien ne retenait
Les fortes pluies qui s’abattaient sur la capitale guinéenne ont joué le rôle de détonateur. Mais l’eau seule n’explique pas tout : elle s’est infiltrée dans un amoncellement accumulé pendant des années, sans stabilisation ni confinement.
Un dépôt de cette taille se comporte comme un versant meuble. Gorgé d’eau, il perd sa cohésion et glisse. Le site, saturé, jouxtait directement des habitations : entre les ordures et les chambres à coucher, il n’y avait rien.
2017, un avertissement resté lettre morte
Dar-es-Salam avait déjà cédé en 2017. Neuf morts, une vingtaine de blessés. Neuf ans plus tard, le même versant a recommencé, plus large et bien plus meurtrier, au même endroit et pour les mêmes raisons.
Entre les deux effondrements, l’État disait chercher une issue. Selon la ministre de l’Administration du territoire, Djénabou Touré, les autorités cherchaient « depuis plusieurs années à éloigner les habitants de cette zone en raison des risques sanitaires et sécuritaires ».
Une fermeture programmée le jour même du drame
Le calendrier a une cruauté particulière. La fermeture du site et l’évacuation des riverains étaient fixées au 23 août 2026. Les travaux de libération et de sécurisation devaient débuter ce jour-là. La décharge a cédé quelques heures plus tôt.
Ce décalage de quelques heures résume l’échec d’une gestion des déchets urbains laissée à l’urgence. La décision existait, la date était posée, le risque, lui, n’a pas attendu la signature.
Les démolitions frappent une deuxième fois
Une semaine après la catastrophe, les autorités guinéennes ont lancé des opérations de « casse » pour dégager le périmètre de la décharge. Les engins sont arrivés sans préavis et sans information préalable, dans un quartier qui venait d’enterrer ses morts.
« Ils sont venus casser ici sans préavis, sans nous informer », raconte un habitant. « Vous voyez les bagages dehors. Ma femme et mes enfants sont tous dans la rue. Comment nous allons faire ? » (RFI)
« Nos commerces sont détruits, nos ateliers engloutis », témoigne un autre riverain. « Nous allons essayer de reconstruire, de refaire une vie si Dieu le veut. » Les commerçants doivent d’abord réparer et remplacer avant d’espérer reprendre une activité normale.
Un père de famille décrit la même impasse : « Ils ont cassé notre maison. J’ai deux femmes et sept enfants. Tout le monde est dehors, nous n’avons nulle part où aller. Nous demandons à l’État quoi faire, nous demandons de l’aide. »
Déguerpir en pleine saison des pluies
Le grief le plus entendu porte sur le moment choisi. « Dislocation des familles, risque de divorce, risque d’épidémie… les risques sont énormes », résume un habitant. « L’État aurait dû attendre la fin de la saison des pluies avant de casser les habitats. »
L’objection n’a rien d’anecdotique. Sans toit, en pleine saison humide, l’exposition sanitaire grimpe : eaux stagnantes, promiscuité, assainissement absent. L’éboulement a tué en une nuit ; la précarité qui lui succède agit plus lentement, mais elle agit.
Ce que Dar-es-Salam dit aux villes du bassin
Pour les capitales d’Afrique centrale, l’histoire a des airs de déjà-vu : un site unique, saturé, rattrapé par l’urbanisation, puis des habitations qui se collent à ses flancs. La décharge cesse alors d’être un problème de propreté pour devenir un aléa.
Le cas guinéen montre aussi la limite d’une réponse purement foncière. Libérer un périmètre sans solution de relogement transforme des rescapés en déplacés. Stabiliser un versant de déchets et reloger ceux qui vivent dessous relèvent de la même urgence, pas de deux calendriers séparés.





