Des montagnes d’ordures dans la capitale
Sur l’avenue Matsoua, camionnettes, taxis et pousse-pousse slaloment entre de hauts amoncellements de sacs noirs éventrés. Sous le soleil de midi, les effluves sourdes rappellent que chaque jour la ville produit près de 1 200 tonnes de déchets.
Certains points noirs, comme les abords du marché Total ou la diagonale du stade Alphonse-Massamba-Débat, finissent par ressembler à de véritables collines; pourtant des bennes existent, mais elles débordent plus vite qu’elles ne sont vidées.
Pourquoi le contrat Albayrak patine
Signé en avril 2025 pour cinq ans, le partenariat entre le ministère de l’Assainissement urbain et la société Albayrak Waste Management devait assurer pré-collecte, transport et curage des caniveaux. Les six premiers mois ont montré une nette amélioration, saluée dans plusieurs quartiers.
Depuis l’été, la cadence des camions se fait plus irrégulière. La société turque avance le manque d’ateliers locaux pour entretenir sa flotte, tandis que les pré-collecteurs évoquent les retards de paiement. Le ministère insiste sur « une phase d’ajustement, pas un recul ».
Le coût sanitaire d’un geste anodin
Une peau de banane jetée hors d’une poubelle suffit à attirer mouches et cafards. Ces vecteurs propagent paludisme, fièvre typhoïde ou dysenterie, selon l’Institut national de santé publique. Les services hospitaliers d’Ouenzé constatent une hausse de consultations pour maladies diarrhéiques.
« La salubrité n’est pas qu’une affaire d’esthétique, c’est une question vitale », rappelle le docteur Clarisse Malonga, pédiatre. Elle soigne régulièrement des enfants vivant près d’un dépôt sauvage: la proximité des ordures réduit l’espérance de vie, surtout dans les ménages précaires.
La saison des pluies, menace silencieuse
En octobre commencent les averses. Les caniveaux, déjà colmatés par mégots, sachets d’eau et sable, débordent alors en quelques minutes. Les rues inondées deviennent impraticables tandis que l’eau chargée de microbes s’infiltre dans les puits, mélangeant potabilité et contamination.
Les ingénieurs hydrauliques préviennent que 90 % des inondations urbaines sont liées aux déchets plastiques bloquant les buses. En curant avant les pluies, la ville économiserait des millions de francs CFA en travaux d’urgence, selon un rapport de l’Université Marien-Ngouabi.
Des habitants partagés entre fatalisme et action
Dans le quartier Mfilou, des bénévoles se relaient chaque samedi pour ramasser plastiques et feuilles mortes. « On ne peut pas tout attendre des entreprises », lance Arnaud, président d’une association de jeunes. Les sacs remplis sont déposés près des bennes municipales.
À quelques rues, d’autres riverains préfèrent brûler leurs déchets faute d’espace. Le nuage âcre irrite les yeux et ajoute aux émissions de carbone urbain. Les policiers de proximité rappellent les amendes, mais misent surtout sur le dialogue pour changer les réflexes.
Un projet pilote propose désormais des tricycles électriques pour la collecte porte-à-porte, financé par une coopérative de quartiers.
Impact & solutions
L’Organisation mondiale pour la protection de l’environnement estime qu’une gestion efficiente des déchets pourrait créer mille emplois directs à Brazzaville et valoriser 40 % des ordures en compost ou recyclage. Plusieurs start-up locales testent déjà des pavés composites issus de plastiques collectés.
Le ministère encourage ces initiatives et annonce l’ouverture prochaine d’un centre de tri pilote à Ignié. En parallèle, une brigade verte, formée de policiers, d’agents municipaux et de chefs de quartier, doit accompagner la société Albayrak pour sanctionner, mais aussi éduquer les foyers.
À savoir
La loi congolaise punit de peines pouvant aller jusqu’à trois mois de travaux d’intérêt général tout dépôt sauvage supérieur à cinquante kilogrammes. Les amendes sont doublées pour les entreprises, et l’immatriculation des camions facilite désormais l’identification des pollueurs.
Pour réduire vos déchets, il est conseillé de composter épluchures, d’acheter en vrac sur les marchés et de réemployer les sacs réutilisables. Plusieurs associations proposent des formations gratuites dans les arrondissements et accompagnent les ménages à installer des bacs partagés.
Comment y aller
Brazzaville est accessible par l’aéroport international Maya-Maya, relié aux grandes capitales régionales. Depuis le centre, comptez vingt minutes en taxi pour rejoindre les quartiers touchés par les opérations de nettoyage participatif, généralement organisées les samedis dès sept heures du matin.





