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Le Pool nourrit Brazzaville sans faire de bruit. Réunis en conférence-débat à la Grande foire agricole du Congo, experts et autorités ont dressé l’inventaire d’un département fertile, mais freiné par des routes dégradées, un accès à la terre difficile et un financement introuvable.

Un territoire arrosé par le fleuve et ses affluents

Avec 17 408,72 km² pour 236 425 habitants, le Pool s’étire sur huit districts et 388 villages. Une densité faible, qui laisse de l’espace aux cultures comme aux jachères, à quelques heures seulement des marchés de la capitale.

Les intervenants ont insisté sur un socle naturel favorable : des sols riches, un climat clément, une pluviométrie abondante. S’y ajoute une hydrographie dense, dominée par le fleuve Congo et complétée par un réseau de rivières et de marigots.

Cette eau disponible presque partout constitue un atout rare. Elle sécurise les campagnes agricoles, limite la dépendance à l’irrigation motorisée et permet aux exploitations familiales de produire sans recourir à des équipements coûteux.

Des cultures vivrières portées par les petits producteurs

La production repose essentiellement sur de petits producteurs mixtes de subsistance. Ces exploitations combinent cultures vivrières, maraîchage et arboriculture fruitière, un modèle diversifié qui amortit les mauvaises saisons bien mieux qu’une monoculture tournée vers l’exportation.

Le vivrier occupe la plus grande surface cultivée du département. Manioc, maïs, banane, paddy, patate douce, arachide, taro et haricot y dominent, formant la base alimentaire des ménages et l’essentiel des volumes acheminés vers Brazzaville.

Cette diversité variétale a une valeur agronomique réelle. Les rotations et les associations qu’elle autorise entretiennent la fertilité des sols, réduisent la pression des ravageurs et limitent le recours aux intrants chimiques, dans une logique proche de l’agroécologie.

Élevage et vergers, deux spécialisations bien identifiées

Kindamba et Mindouli se sont spécialisés dans l’élevage. Les experts y recensaient, en 2025, 3 472 têtes de bœufs, 1 845 caprins, 4 967 porcs et 39 371 volailles, un cheptel modeste mais structurant pour l’économie locale.

Boko, Louingui, Loumo, Kinkala, Mbandzandouga et Goma Tsé-Tsé se distinguent, elles, par l’arboriculture fruitière, le maraîchage et l’élevage de porcs et de volaille. Une répartition qui dessine une véritable carte agricole du département.

Les vergers y mêlent manguiers, avocatiers, safoutiers, mandariniers, ananas, mangoustan, papayers et palmiers à huile. Des arbres qui produisent, mais qui stabilisent aussi les sols, ombragent les parcelles et abritent une faune ordinaire trop souvent négligée.

Le maraîchage gagne du terrain dans le Pool

Le maraîchage prend de plus en plus d’ampleur, ont relevé les exposants. Ciboule, chou, piment, tomate, aubergine locale et violette, poivron, concombre, gombo, épinard, oseille, carotte, endive, amarante, morelle, courgette et oignon composent un catalogue impressionnant.

Ces cultures courtes offrent des revenus rapides et s’adaptent aux petites surfaces périurbaines. Elles rapprochent surtout l’assiette du champ, réduisant les kilomètres parcourus par des légumes que le pays continue d’importer en quantité.

Les blocages qui freinent la filière agricole

Le tableau comporte des ombres. Faible niveau de production, accès difficile à la terre, insuffisance d’organisation des producteurs en groupements coopératifs : les mêmes obstacles reviennent, ici comme partout ailleurs dans le pays.

S’y ajoutent l’absence de mécanisme de financement adapté, le manque de moyens modernes de transformation et de conservation, et le mauvais état des routes. Une récolte qui pourrit faute de piste praticable est une perte sèche.

Ces pertes après récolte pèsent lourd. Chaque tonne perdue représente de l’eau, du travail et des terres mobilisés pour rien, un gaspillage silencieux que les politiques agricoles chiffrent rarement avec précision.

Chercher des mécanismes agricoles plus efficients

Pour le préfet du Pool, Jules Moukala Tsoumou, la tenue de cette conférence-débat « vient à point nommé » pour rechercher de nouveaux mécanismes agricoles plus efficients, capables de faire de la filière un levier de développement du département.

Les exposés se sont tenus devant les cadres du territoire, au premier rang desquels le ministre d’État Claude Alphonse Nsilou. Une présence qui donne à ces constats une portée politique, au-delà du seul cadre de la foire agricole.

Reste l’essentiel : transformer l’inventaire en investissements. Pistes rurales praticables, unités de conservation, coopératives structurées et crédit accessible feraient davantage pour le Pool que tous les discours sur son potentiel.

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