Paru le 1er août en France, l’essai de Jauste Boussou remet au centre une institution précoloniale d’Afrique centrale : le Mwènè, gardien de la terre. Un patrimoine que la jeunesse congolaise connaît mal, et que l’auteur veut lui rendre.
Mwènè : un gardien de la terre remis en lumière
Il y a des mots qui pèsent plus lourd que leur définition. « Mwènè » est de ceux-là. Jeune ingénieur et écrivain, Jauste Boussou lui consacre un essai paru le 1er août en France, sous le titre « Mwènè – Gardien de la terre, Bâtisseur de la nation ».
L’ouvrage n’est pas un catalogue de coutumes. Il interroge une fonction souveraine, sa portée réelle et ce qu’elle disait de l’organisation des sociétés d’Afrique centrale, bien avant la parenthèse coloniale.
Une autorité qui répond du sol devant la communauté
Sous la plume de l’auteur, le Mwènè apparaît à la fois comme gardien de la terre, protecteur de la communauté et garant de la justice. Trois charges tenues par une seule autorité, là où les États contemporains les répartissent entre plusieurs institutions.
Le mot « gardien » n’a rien d’anodin dans le titre choisi. Il associe d’emblée l’autorité à une responsabilité envers le sol, et le bâtisseur de nation à celui qui veille sur un territoire habité par les siens.
On peut y lire une conception où la terre n’est pas une propriété que l’on exploite, mais un bien commun dont quelqu’un répond devant le groupe. La nuance, dans un bassin du Congo sous pression, n’a rien perdu de sa force.
Des peuples bantous au Royaume Kongo, une généalogie assumée
Le livre remonte le fil : genèse des peuples bantous, origines des peuples mbochis, histoire du Royaume Kongo. Jauste Boussou inscrit le Mwènè dans la lignée des grandes civilisations qui ont façonné la région, et non dans un folklore résiduel.
L’étymologie occupe une place centrale. Le titre renverrait à « celui qui pourvoit aux besoins du peuple », un sens que l’auteur dérive du terme kongo « Mwènè Kongo » et du terme mbochi « Mwènè ».
Ce détour par les langues n’est pas un ornement savant. Il rappelle que les catégories politiques d’Afrique centrale avaient leurs propres mots, bien avant d’être traduites dans un vocabulaire venu d’ailleurs.
Autrement dit, l’autorité s’y mesure moins aux privilèges qu’aux obligations. Une définition du pouvoir par le service rendu, que l’essai s’emploie à documenter en croisant recherches historiques et traditions orales.
Écrire contre l’oubli, un acte de résistance culturelle
Pour Jauste Boussou, prendre la plume relève d’une résistance face à l’effacement. « L’Afrique a été le théâtre d’une grande supercherie historique et culturelle, sous prétexte d’une mission civilisatrice », a-t-il expliqué.
Il décrit un continent pillé de ses richesses et, dans le même mouvement, séparé de son essence profonde. D’où son appel à la jeunesse : se réapproprier le patrimoine, non par nostalgie, mais pour bâtir l’avenir.
« Écrire sur le mwènè, c’est répondre aux questions qui conditionnent notre avenir », résume l’auteur, qui cherche autant à redonner son prestige à la fonction qu’à dissiper les préjugés qui l’entourent.
Tradition et modernité, le pont que veut jeter le livre
Activiste culturel et préfacier de l’ouvrage, Jeancil Gambou pointe une transmission enrayée : les nouvelles générations ont trop souvent ignoré leurs héritages. Le texte, selon lui, jette un pont entre tradition et modernité.
Il inscrit la démarche dans la vision du chef de l’État, selon laquelle « la modernité et la tradition peuvent marcher d’un pas pour bâtir un Congo prospère ».
Reste la question que l’essai adresse à ses lecteurs : que fait-on d’un héritage une fois qu’on l’a nommé ? Jauste Boussou y répond par la transmission, en s’adressant d’abord à ceux qui n’ont pas connu ces institutions.
Un troisième ouvrage pour Jauste Boussou
Le pari du texte tient dans cette articulation. Restituer une institution précoloniale sans la figer, en faire une ressource pour penser la gouvernance des communautés et le rapport à la terre, plutôt qu’une pièce de musée.
« Mwènè » est le troisième livre de l’auteur. Il succède à « De l’ombre à la lumière, l’héritage de mon père » et à « Prince de Mbaya, parcours, pensée et héritage d’un intellectuel africain ».
Jauste Boussou est par ailleurs membre de l’Association des jeunes unis pour le développement de l’entrepreneuriat, qui organisera une campagne d’adhésion à Pointe-Noire en octobre. Une manière, aussi, de porter le propos au-delà du papier.


