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Le 7 août 2026, la plasticienne congolaise Vanessa Manta a présenté à Pointe-Noire une exposition consacrée au silence et à la résilience des femmes face aux violences. Environ deux cents visiteurs ont fait le déplacement, dans un accrochage signé par le commissaire camerounais Landry Mbassi.

Une exposition d’art contemporain au cœur de Pointe-Noire

Ce 7 août 2026, le siège d’Axek-Consulting a accueilli un accrochage qui n’avait rien d’un alignement sage de toiles. Environ deux cents personnes s’y sont succédé, venues éprouver une proposition artistique construite autour d’un mot difficile à peindre : le silence.

Le lieu mérite qu’on s’y arrête. Ici, l’art contemporain n’attend pas d’être invité par une institution. Il occupe les espaces disponibles, s’installe dans un siège d’entreprise et invente son propre cadre. Une manière de rappeler que la scène plastique du littoral congolais avance souvent par ses propres moyens.

« Mon silence est ma résilience » : la formule de Vanessa Manta

La phrase revient comme une colonne vertébrale. « Mon silence est ma résilience », affirme Vanessa Manta. Dans son travail, le silence cesse d’être une simple absence de bruit. Il devient un mécanisme de défense psychologique, une zone tenue, presque un abri construit de l’intérieur.

L’artiste ne s’arrête pas à ce constat. Selon elle, la chute est inévitable ; c’est le fait de se relever qui devient essentiel. Cette bascule, du renoncement au redressement, structure l’ensemble des œuvres présentées et leur donne leur tension particulière.

Les sujets qu’elle met en scène sont majoritairement féminins, confrontés à la violence dans des sociétés patriarcales. Le propos vise des thèmes universels, mais l’artiste en souligne la résonance singulière dans les contextes africains, où ces réalités traversent les quotidiens sans toujours trouver de mots.

Peinture, photographie, performance : une écriture plastique composite

L’exposition ne se laisse pas enfermer dans une seule technique. Installation, performance, photographie et peinture y cohabitent, entre réalisme et abstraction. Ce va-et-vient entre le figuratif et l’informe n’est pas une coquetterie de style : il traduit la difficulté même à représenter ce qui se tait.

Le réalisme donne des visages, des postures, une présence. L’abstraction, elle, ouvre l’espace du non-dit, ce qui échappe au récit. Entre les deux, le visiteur circule et complète mentalement ce que l’œuvre refuse de montrer frontalement. C’est là que la démarche gagne en épaisseur.

La performance ajoute une dimension de corps et de temps. Elle rappelle que la peinture accrochée au mur n’est pas le seul véhicule d’un propos, et que la scène plastique congolaise expérimente aujourd’hui des formats hybrides, plus proches du geste vivant que de l’objet fini.

Landry Mbassi, un commissariat venu du Cameroun

La mise en scène a été confiée à Landry Mbassi, commissaire camerounais. Sa présence dit beaucoup de la circulation des compétences artistiques dans la sous-région : les regards traversent les frontières, et un accrochage pontenégrin peut se penser à plusieurs voix, à plusieurs nationalités.

Le commissariat, discipline encore peu visible du grand public, joue pourtant un rôle décisif. C’est lui qui décide de l’ordre des œuvres, des respirations, des rapprochements. Sur un sujet aussi sensible, ce travail d’agencement conditionne la manière dont le message atteint le visiteur.

Le public répond : « Ce thème reflète nos réalités »

Les réactions recueillies sur place éclairent la réception de l’exposition. Ardèche Pamba, visiteuse, résume simplement son impression : « Ce thème reflète nos réalités. Nous vivons dans un monde patriarcal. » Une phrase brève, qui déplace l’œuvre du registre esthétique vers celui du témoignage partagé.

L’actrice Germaine Ololo a poussé la réflexion plus loin. Elle a proposé d’étendre l’exposition à de futurs festivals d’expression des femmes, y voyant « un outil pédagogique pour les femmes confrontées à la violence ». L’œuvre deviendrait alors support de transmission.

Un patrimoine immatériel en train de se constituer

C’est peut-être là que réside l’apport le plus durable de cette proposition. En donnant une forme visible à des expériences longtemps confinées au privé, l’artiste contribue à inscrire ces récits dans un patrimoine culturel commun, au même titre que les rites, les langues ou les chants.

Les patrimoines ne sont pas seulement des vestiges hérités. Ils se fabriquent aussi au présent, dans les ateliers et les salles d’exposition. Une œuvre qui nomme ce que la société tait accomplit un travail de mémoire, et pas seulement un travail plastique.

Reste la question du prolongement. Un accrochage a beau marquer ceux qui le traversent, l’écho qu’il produit dépend ensuite des relais qui le reprennent. La suggestion de Germaine Ololo trace une piste concrète, celle d’une circulation vers d’autres publics et d’autres territoires du pays.

Deux cents visiteurs, à l’échelle de Pointe-Noire, ce n’est pas une foule anonyme. C’est un noyau qui repart avec des images en tête. Et l’expérience montre que ces images-là, souvent, continuent de travailler longtemps après que les cimaises ont été décrochées.

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