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Pourquoi Mpiem-Kindamba fait figure de cordon ombilical

Entre la cuvette dense du Pool et les plateaux de la Bouenza, la route Mpiem-Kindamba relie depuis des décennies les marchés ruraux aux pôles urbains. Cette bande latéritique de 86 kilomètres concentre l’essentiel du trafic vivrier vers Mindouli, Brazzaville et Pointe-Noire.

Le ministère de l’Assainissement urbain, du Développement local et de l’Entretien routier fait valoir que l’axe constitue « une priorité stratégique de désenclavement », les districts de Kindamba, Kimba et Vinza dépendant presque exclusivement de cette artère pour l’évacuation des produits agricoles et l’accès aux services de base.

Financement : 1,7 milliard FCFA, un choix budgétaire assumé

Annoncé le 8 août par le ministre Juste Désiré Mondelé, le programme mobilise 1,7 milliard FCFA, soit environ 2,6 millions d’euros. Selon les services du Trésor, l’enveloppe provient du Fonds spécial routier et d’une ligne de crédit négociée auprès d’une banque sous-régionale.

Le gouvernement met en avant l’effet multiplicateur du chantier sur l’économie locale : près de 300 emplois temporaires, des commandes pour les carrières de latérite et la relance des petites entreprises de transport. « Chaque franc investi retournera dans le tissu productif », affirme un conseiller financier.

Les deux lots techniques dans le détail

Le premier lot, confié à la société Sipam, couvre l’aménagement intégral du tracé. Il s’agit de dégager une emprise de dix mètres, de rehausser la plateforme et d’appliquer un couronnement latéritique de vingt centimètres. Les équipes disposeront de niveleuses télé-guidées pour optimiser l’apport d’agrégats.

Le second lot mobilise Universelle Atlantique BTP pour la construction de dix-neuf dalots, dont un dalot double de section 2×2 mètres au PK 42, appelé à remplacer un pont semi-définitif fragilisé par les crues. L’entreprise s’engage sur un béton adjuvanté, résistant à l’hydro-abrasion.

Le cahier des charges prévoit aussi le recalibrage des lits de cours d’eau, le curage d’ouvrages existants et la pose de segments divergents pour un meilleur assainissement. « Ces segments seront décisifs pour éviter la formation de nids-de-poule après les pluies », explique un ingénieur hydraulique.

Calendrier contraint, impact attendu

Six mois seulement ont été alloués. Les travaux se dérouleront en période sèche pour réduire les coûts logistiques. Un phasage séquentiel, par bandes de dix kilomètres, permettra de maintenir un trafic alterné. Les transporteurs de bananes et de manioc pourront ainsi poursuivre leurs rotations hebdomadaires.

Le département des études socio-économiques évalue déjà une diminution de 30 % du temps de parcours entre Mpiem et Kindamba, aujourd’hui fixé à quatre heures en saison des pluies. À terme, les tarifs des marchandises sur les marchés périurbains pourraient baisser de 10 à 15 %.

Défis logistiques et innovation locale

Acheminer 200 000 mètres cubes de latérite demeure le plus grand défi. Les carriers de Mpangala ont adopté une facturation indexée au diesel pour absorber la volatilité du carburant. Des groupements de jeunes chauffeurs se sont constitués en coopératives, bénéficiant de micro-crédits accordés par la Banque postale congolaise.

La surveillance du chantier s’appuie sur des drones civils fournis par l’Université Denis-Sassou-Nguesso. Les données topographiques sont traitées à Brazzaville puis relayées aux maîtres d’œuvre via une plateforme cloud, limitant les déplacements coûteux. Ce suivi numérique, salué par la Banque africaine de développement, servira de pilote national.

Voix d’habitants et d’experts

À Kindamba, la commerçante Pierrette Mavoungou anticipe une hausse des volumes de manioc séché. « Avec moins de poussière et de bourbiers, ma vieille camionnette fera deux voyages par semaine au lieu d’un », se réjouit-elle, espérant multiplier ses profits et employer deux aides supplémentaires.

Pour le géographe Rodrigue Bampeta, la réhabilitation réduit le « coût de la distance » qui pèse sur la compétitivité de l’agro-industrie congolaise. Il avertit toutefois que « sans programme d’entretien récurrent, la route pourrait se dégrader en moins de cinq ans ». Le ministère évoque déjà un budget d’entretien.

Au-delà de l’asphalte, plusieurs ONG environnementales se félicitent du traitement des zones d’érosion. Leur porte-parole souligne que « le rapprochement des dalots des sources naturelles d’écoulement pourrait servir de prototype pour d’autres pistes forestières ». L’enjeu est de concilier mobilité, conservation des sols et inclusion territoriale.

Un chantier inscrit dans la planification nationale

Inscrit dans le Plan national de développement 2022-2026, le projet Mpiem-Kindamba s’articule avec le corridor routier Kinkala-Mindouli. L’objectif général reste la constitution d’un anneau d’échanges intraprovincial visant à doubler la part du Pool dans le PIB agricole national d’ici à 2028.

Le ministère du Plan rappelle que 62 % des routes rurales du Congo restent en sol naturel. « La réhabilitation d’une piste n’est durable que si elle s’accompagne d’outils de mesure d’impact », souligne la directrice du suivi évaluation, qui promet un rapport trimestriel public.

À l’Assemblée nationale, plusieurs députés ont salué la cohérence entre l’opération et la stratégie de lutte contre l’exode rural. L’élu de Vinza estime que la route encouragera le retour des jeunes diplômés vers l’agriculture contractuelle, ouvrant la voie à des partenariats avec les agro-industries du Niari.

Toutefois, les observateurs conviennent que la réussite dépendra d’un contrôle citoyen permanent et d’une météo clémente.

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