Il y a des livres qui s’écoutent autant qu’ils se lisent. Le conteur congolais Jorus Mabiala vient de publier « Contes et légendes du Royaume de Loango », un ouvrage paru chez Acoria Editions, où la voix précède la page.
L’auteur y revisite l’univers culturel et imaginaire du royaume Loango, à travers des récits inspirés des traditions orales du Bassin du Congo. Une matière ancienne, longtemps véhiculée par la parole, que l’écrit vient ici fixer sans l’éteindre.
Une parole héritée du père
Nourri par son Congo natal et par les récits traditionnels que lui transmettait son père, Jorus Mabiala construit un univers où le conte fait office de trait d’union. D’un côté les mémoires anciennes, de l’autre le monde contemporain.
Le conteur ne s’est pas contenté de recueillir : il revisite. L’ouvrage propose une relecture de l’univers culturel et imaginaire du royaume Loango, plutôt qu’un relevé figé de récits anciens.
Cette filiation n’a rien d’anecdotique. Elle rappelle que le patrimoine immatériel du bassin du Congo ne tient pas seulement dans les bibliothèques : il circule d’une génération à l’autre, par la voix, dans le cercle familial.
Du littoral atlantique aux sous-bois du Mayombe
Pour composer ses récits, l’auteur puise dans les richesses du Congo d’antan. Les paysages du littoral atlantique y tiennent une place de choix, tout comme la faune et la flore de la forêt du Mayombe.
Ces milieux ne servent pas de simple arrière-plan. Ils fournissent au conte ses personnages, ses paysages et ses imaginaires, et invitent le lecteur à redécouvrir ce que la tradition orale congolaise a gardé en mémoire.
Transmettre ces paysages aux générations actuelles, c’est aussi transmettre une partie du patrimoine du Bassin du Congo, longtemps confié à la seule parole.
Le conte comme espace de réflexion
Danseur et chanteur avant de se consacrer pleinement à l’art du conte, Jorus Mabiala a façonné une écriture et une parole à la fois poétiques, vivantes et accessibles. La scène a précédé le livre.
Ses récits ne regardent pas seulement vers le passé. Ils abordent aussi des préoccupations contemporaines et font du conte un espace de réflexion sur la société et sur les rapports entre les générations.
Une bibliographie tournée vers la transmission
Engagé dans la sauvegarde et la transmission du patrimoine oral, le conteur compte plusieurs publications chez Acoria Editions. « Si La Fontaine parlait africain » est paru en 2009, suivi de « Contes, comptines et berceuses du Congo-Brazzaville » en 2014.
« Les contes très africains » a complété cet ensemble en 2017. Avec « Contes et légendes du Royaume de Loango », l’auteur poursuit ce travail de sauvegarde des récits traditionnels et de mise en lumière des imaginaires du Congo.
La mémoire collective, un bien à partager
À travers ses livres comme à travers ses spectacles, Jorus Mabiala s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Sa démarche repose sur la transmission, la poésie et la valorisation des cultures africaines.
Dans cette perspective, le conte demeure un moyen de préserver la mémoire collective. Il transmet aux nouvelles générations des valeurs, des récits et des représentations issus de l’histoire et de la culture du Bassin du Congo.
Entre le littoral atlantique et la forêt du Mayombe, les histoires poursuivent ainsi leur voyage. Elles passaient d’une voix à une oreille ; elles passent désormais aussi d’une page à une autre, sans rien perdre de leur souffle.

