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Le Congo a mis en service sa première pompe à gaz naturel liquéfié. L’installation, inaugurée le 19 septembre à Pointe-Noire, veut convaincre les transporteurs de changer de carburant. Une promesse pour l’air des villes, mais une équation qui reste fossile.

Une station multi-énergies aux portes du port autonome

L’adresse n’a rien d’anodin. La station se dresse au centre-ville de Pointe-Noire, sur l’avenue Ma-Loango, à quelques encablures du port autonome. C’est là que se croisent les camions, les remorques et la logistique lourde qui fait vivre la capitale économique.

Le ministre des Hydrocarbures, Stev Simplice Onanga, a inauguré le site le 19 septembre, accompagné de plusieurs autorités locales. L’équipement appartient à la Société sino-congolaise d’investissement, dont les équipes de Weiye Petroleum Service Engineering ont conduit la construction.

Sur 6 560 mètres carrés, l’installation combine trois carburants. Elle stocke 120 mètres cubes de gaz naturel liquéfié, soit environ 46 tonnes, 120 mètres cubes de gasoil, près de 96 tonnes, et 40 mètres cubes d’essence, environ 28 tonnes.

Ce que le gaz liquéfié change pour l’air des villes

Le gaz naturel liquéfié n’est rien d’autre que du gaz naturel refroidi jusqu’à devenir liquide. Sous cette forme, il occupe un volume bien moindre, se transporte en citerne et se distribue à la pompe comme un carburant classique.

Sa combustion se distingue de celle du gazole. Un moteur au gaz ne produit pratiquement pas de suies ni de particules fines, et rejette moins d’oxydes d’azote. Ce sont précisément les polluants que l’on respire dans les artères saturées.

À Pointe-Noire, où le trafic de poids lourds se concentre autour des activités portuaires, l’enjeu est tangible. Ces émissions-là ne se mesurent pas à l’échelle du climat mais à hauteur de poumons, le long des avenues et devant les écoles.

Le bruit compte aussi. Les moteurs fonctionnant au gaz sont généralement plus silencieux que leurs équivalents diesel. Dans une ville dense, cette différence-là se remarque autant que la fumée.

452 francs le kilogramme, l’argument qui parlera aux transporteurs

Une infrastructure ne convertit personne à elle seule. Le prix, lui, décide. Le kilogramme de gaz naturel liquéfié est vendu 452 francs CFA, une dépense inférieure d’environ 30 % à celle du gasoil équivalent, selon les données présentées lors de l’inauguration.

La station revendique aussi de la vitesse : quatorze véhicules ravitaillés en même temps et un plein de gaz bouclé en moins de quatre minutes. Pour une flotte qui vit au compteur horaire, l’argument pèse lourd.

S’y ajoutent un système de gestion multilingue, des moyens de paiement diversifiés, un espace de vente et un accompagnement technique réservé aux transporteurs. Passer au gaz suppose en effet d’adapter ou de remplacer des véhicules, un pas coûteux pour une entreprise.

C’est le cercle bien connu de toute conversion de flotte : personne n’achète un camion au gaz sans station pour le remplir, personne ne bâtit de station sans camions à servir. Une première pompe vaut donc signal envoyé au marché.

Valoriser à terre un gaz produit au large

Le Congo produit du gaz. L’ouverture de Pointe-Noire répond à une question ancienne : qu’en faire, sinon l’exporter ? « Notre ambition est d’en diversifier les usages et d’en accroître la valeur créée sur notre territoire », a déclaré le ministre des Hydrocarbures.

Il a présenté l’événement comme la marque d’un secteur aval « plus diversifié, plus performant », capable de répondre durablement aux besoins des populations et de l’économie congolaise. Le réseau de la société s’est déployé cinq mois après l’obtention de son agrément de distribution.

Xia Liangping, PDG de la société mère Southernpec, y voit une alternative « adaptée aux besoins du transport routier et des activités industrielles », et une contribution à un modèle énergétique « plus diversifié, plus moderne » et ajusté aux réalités économiques du pays.

Une avancée qui reste du côté des énergies fossiles

Reste à nommer les choses. Le gaz naturel demeure une énergie fossile. Le brûler libère du dioxyde de carbone, moins que le gazole à énergie égale, mais bien assez pour qu’aucun bilan climatique ne devienne neutre par ce seul changement de pompe.

Le méthane, principal composant du gaz naturel, est par ailleurs un puissant gaz à effet de serre lorsqu’il s’échappe sans avoir brûlé. L’étanchéité des installations et la rigueur de leur entretien font ici toute la différence.

L’infrastructure inaugurée à Pointe-Noire ne règle donc pas l’équation énergétique congolaise. Elle en déplace un morceau : du gazole vers un gaz produit dans le pays, et d’un échappement chargé de suies vers une combustion plus facile à respirer.

Le reste dépendra de ce qui suivra cette première station : d’autres points de distribution, des flottes réellement converties, et une mesure sérieuse de ce que l’air des villes y aura gagné.

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