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Un nouvel élan pour l’autonomie

Il est un mardi matin lumineux sur la colline de la Cité scientifique, où quarante personnes vivant avec handicap franchissent le seuil de la salle de l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation. Leurs visages mêlent curiosité et détermination : ils inaugurent un cycle de formation qui, durant plusieurs mois, leur apprendra à élaborer un plan d’affaires, à dompter un tableur budgétaire et à dialoguer avec des investisseurs. En coulisses, l’ONG italienne Comunità Sviluppo e Promozione, en partenariat avec le Groupement des intellectuels et des ouvriers handicapés du Congo, orchestre l’initiative dans le cadre du projet « Une approche inclusive du handicap ». L’ambition est claire : faire du capital humain des personnes handicapées un levier de création de valeur.

Une ingénierie pédagogique sur mesure

Le responsable académique de l’Anvri, Rivanelle Missolékélé Mpidy, insiste sur la triade évaluative qui va rythmer le dispositif : diagnostic, accompagnement formatif et bilan sommative. Les contenus, présentés à près de quatre-vingts pour cent sous forme imagée, répondent à la diversité des profils, dont le niveau scolaire s’étend du primaire au secondaire. Management, gestion financière, technologies de l’information, marketing et même initiation aux pratiques de commerce électronique composent les sept modules. Le rythme bihebdomadaire des séances – trois heures avant la pause, deux après – laisse à chacun le temps d’assimiler puis de confronter ses nouvelles compétences aux réalités de son microenvironnement.

Vers une économie plus inclusive

Lors de la cérémonie de lancement, la ministre des Affaires sociales, Irène Marie Cécile Mboukou-Kimbatsa, a rappelé que l’État mobilise déjà d’importantes lignes budgétaires à travers le programme national de filets sociaux pour soutenir les initiatives génératrices de revenus. « Il n’y a pas d’âge ni de condition pour apprendre », affirme-t-elle, martelant le droit fondamental à la formation continue. Cette conviction rejoint la philosophie de la Constitution congolaise qui consacre l’inclusion sociale comme vecteur de cohésion. Le ministre de la Recherche scientifique, Rigobert Maboundou, souligne pour sa part la cohérence de la démarche avec la politique publique impulsée par le président Denis Sassou Nguesso, laquelle privilégie la valorisation des compétences de chaque citoyen.

La coopération internationale en toile de fond

Derrière l’apparente modestie du programme se profile un montage financier sophistiqué, où se rencontrent les subventions de l’Union européenne, la solidarité de la Conférence épiscopale italienne et le savoir-faire italien en matière de développement communautaire. Dans un contexte où l’aide publique au développement s’oriente de plus en plus vers les objectifs de durabilité, la formation brazzavilloise illustre la recherche d’un modèle où les bailleurs ne se contentent pas d’allouer des fonds, mais investissent dans le renforcement des capacités locales. Les experts rappellent que la rentabilité sociale de telles initiatives dépasse souvent les projections, chaque projet entrepreneurial réussi créant un écosystème d’emplois induits et de nouvelles compétences.

Un laboratoire socio-économique

Le pays recense plus de trois cent mille personnes handicapées, selon le dernier rapport de l’Institut national de statistique. Beaucoup demeurent cantonnées à des activités informelles. En ouvrant la porte du marché formel, la Cps et ses partenaires proposent un changement de paradigme : passer de l’assistanat à l’entreprenariat. Les chercheurs en sociologie économique voient dans cet espace de formation un « laboratoire socio-économique » où s’expérimentent des pratiques inclusives qui pourraient inspirer d’autres régions d’Afrique centrale. En parallèle, près de cent vingt apprenants suivent déjà des cursus techniques, de la menuiserie à la reliure, fournissant un vivier complémentaire de talents artisanaux.

Perspectives durables

À l’issue de la formation, un comité mixte État-partenaires prévoit d’orienter les meilleurs projets vers des dispositifs de microfinancement. L’objectif est de réduire le taux d’échec, souvent lié à l’absence de capitaux d’amorçage. Si la phase pilote atteint ses cibles, un élargissement à d’autres départements est déjà envisagé pour 2025. Les diplomates européens présents à la cérémonie considèrent le programme comme un indicateur de confiance : il démontre que les ressources extérieures peuvent catalyser les politiques nationales sans les supplanter. Dans un contexte où la diversification économique reste un impératif, la montée en compétence de nouveaux entrepreneurs contribue à densifier le tissu productif et à consolider la cohésion sociale.

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