L’événement fondateur d’une discipline en mutation
Brazzaville a réuni, du 22 au 24 juillet 2025, une communauté savante rarement rassemblée sous ses latitudes. Dans l’amphithéâtre Jean-Baptiste Tati-Loutard de l’Université Marien-Ngouabi, universitaires, cliniciens et décideurs ont convergé pour le premier congrès de la Société congolaise de psychologie (Socopsy). Cette jeune entité, portée par le professeur Nicaise Léandre Mesmin Ghimbi, entend structurer un champ longtemps éclaté et offrir à la recherche congolaise une visibilité internationale. La ministre de l’Enseignement supérieur, Delphine Edith Emmanuel Adouki, a rappelé que la « psychologie est désormais un levier essentiel des politiques éducatives et sanitaires », saluant un rendez-vous « à la croisée de la science et du service public ».
Un hommage qui dépasse la simple commémoration
Consacrer la rencontre à la mémoire du Dr André Bouya relevait autant du devoir de reconnaissance que de la stratégie symbolique. Premier Congolais docteur en psychologie, fondateur en 1975 du département universitaire éponyme, directeur puis vice-recteur de l’Université Marien-Ngouabi, ce pédagogue d’envergure a incarné l’enracinement des sciences humaines dans le contexte post-indépendance. Témoignages familiaux et universitaires ont insisté sur son sens de la transmission : « Pour lui, la science n’avait de valeur que mise au service du mieux-vivre collectif », a souligné le professeur Théophile Obenga. Transcendant l’hommage, le congrès a réactivé la figure tutélaire de Bouya pour interroger la place du scientifique dans un État moderne soucieux de cohésion sociale.
Dialogues scientifiques et préoccupations sociétales
Seize ateliers ont rythmé les trois journées, balayant santé mentale, résilience communautaire, accompagnement des enfants en milieu scolaire ou encore mutations numériques des pratiques cliniques. Le professeur Dieudonné Tsokini, dans sa leçon inaugurale sur « les sciences humaines et le paradigme interculturel », a plaidé pour une épistémologie dialogique : « Nos sociétés hybrides exigent de conjuguer racines locales et circulations globales des savoirs ». Les contributions venues de la République démocratique du Congo, du Cameroun, du Gabon, de Côte d’Ivoire et de France ont inscrit la rencontre dans un réseau transnational, confirmant l’attractivité croissante de Brazzaville comme plaque tournante de la recherche en Afrique centrale. Au-delà de la théorie, de nombreux intervenants ont mis en avant les questions de terrain : augmentation des troubles anxiodépressifs post-pandémiques, violences intrafamiliales, défis de l’insertion professionnelle des jeunes.
Résolutions stratégiques et ancrage institutionnel
En clôture, l’assemblée plénière a adopté une série de résolutions qui devraient durablement marquer la cartographie académique congolaise. La création d’un répertoire national des psychologues vise à clarifier l’offre de soins, à encadrer la déontologie et à faciliter la coopération avec les ministères de la Santé et des Affaires sociales. L’institutionnalisation de la Socopsy comme organe de conseil scientifique auprès des pouvoirs publics fait écho aux ambitions gouvernementales de renforcer les politiques de santé mentale. Enfin, l’annonce de congrès biennaux traduit la volonté d’inscrire la dynamique dans la durée et de mesurer régulièrement les progrès, tant en matière de formation que de recherche appliquée.
Psychologie congolaise, un avenir qui se dessine
Le professeur Jean-Didier Mbélé, président du comité d’organisation, s’est félicité d’une « communauté désormais consciente de ses forces ». Pour lui, le succès de cette première édition prouve que la recherche congolaise peut se projeter hors de ses frontières tout en restant attentive aux besoins locaux. Soutenue par la famille Bouya, la Socopsy entend « relier la science à l’humain, la mémoire à l’action et le local à l’universel ». Dans un contexte national engagé depuis plusieurs années dans la diversification de son économie et l’amélioration de son capital humain, la psychologie devient un allié précieux des stratégies de développement. À l’issue de ces trois journées, Brazzaville n’a pas seulement honoré la mémoire d’un pionnier ; elle a posé les jalons d’une politique scientifique qui associe rigueur académique, pertinence sociale et ouverture internationale.





