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Une session décisive à Brazzaville

Installés dans la salle de conférence d’un ministère de la Santé largement modernisé, dix-neuf des vingt administrateurs que compte la Centrale d’achat des médicaments essentiels et des produits de santé ont passé, le 26 juillet, plusieurs heures à disséquer la trajectoire de leur établissement. Présidée par le professeur Ange Antoine Abéna, cette session ordinaire a, selon l’expression d’un participant, « posé les jalons d’un cycle vertueux ». Les travaux, méthodiques, ont suivi un ordre du jour dense, révélateur de l’ampleur des chantiers ouverts depuis deux ans pour repositionner la Cameps comme pivot logistique de la politique pharmaceutique nationale.

La rigueur comptable, nouveau socle stratégique

Premier dossier soumis au vote : le rapport du commissariat aux comptes pour l’exercice 2024. La certification, délivrée sans réserve substantielle, confirme la régularité des flux financiers et l’adéquation des contrôles internes. Dans un pays où le secteur public est parfois scruté pour ses défauts de traçabilité, ce satisfecit ne saurait être anodin. « C’est une reconnaissance de la discipline que nous avons instaurée », s’est félicité le directeur général, évoquant l’harmonisation des chaînes d’approvisionnement et la rationalisation des lignes budgétaires. Cette rigueur financière, portée par une équipe jeune et formée aux standards internationaux, constitue désormais le socle stratégique sur lequel la Cameps entend bâtir sa crédibilité.

Un manuel de procédures pour sécuriser l’avenir

L’un des moments forts de la journée fut la présentation d’un manuel de procédures administratives, financières et comptables, document de référence attendue de longue date. Conçu avec l’appui d’experts locaux et d’un cabinet international, il détaille la chaîne de valeur depuis l’expression des besoins en médicaments jusqu’au règlement des fournisseurs. Le texte impose des délais, circonscrit les responsabilités et prévoit un dispositif d’alerte en cas de non-conformité. Pour le président Abéna, ce manuel « institutionnalise la transparence et offre à chaque agent un cadre clair d’exercice de ses prérogatives ». L’initiative vient combler un vide normatif qui pouvait fragiliser la pérennité des avancées récentes.

Des administrateurs unanimes

Les débats, bien que nourris, n’ont laissé apparaître aucune fracture. Les administrateurs ont adopté le procès-verbal de la session budgétaire du 13 décembre 2024, puis validé le rapport d’activités de la Cameps sur l’année écoulée. Certains ont toutefois insisté sur la nécessité de consolider le volet ressources humaines, jugeant indispensable d’intensifier la formation continue des cadres régionaux afin de garantir une application homogène des nouvelles procédures. La présidence du conseil a acté la recommandation, promettant un plan de renforcement des capacités dès le prochain semestre.

Un signal au secteur public de santé

Au-delà de la seule Cameps, la démarche proactive cristallise une ambition plus large : offrir un modèle reproductible pour l’ensemble des établissements publics à caractère administratif. Plusieurs observateurs y voient une illustration concrète des orientations gouvernementales en matière de bonne gouvernance, rappelées lors du récent Séminaire national sur la performance publique. L’autorité de tutelle entend faire de la disponibilité régulière des médicaments essentiels un indicateur de stabilité sociale et de cohésion nationale. En ce sens, la trajectoire empruntée par la Centrale d’achat résonne comme un signal de confiance, tant pour les bailleurs techniques que pour les usagers du système de santé.

Maintenir l’élan : entre vigilance et ambition

Clôturant les travaux, le professeur Abéna a exhorté le directoire à « maintenir le cap dans un environnement où les exigences de transparence évoluent sans cesse ». Le président du conseil a souligné que les progrès constatés ne sauraient être perçus comme un aboutissement mais plutôt comme une dynamique à entretenir. Une feuille de route détaillant les priorités pour 2025 – extension des entrepôts, digitalisation du suivi des stocks, partenariat public-privé pour la distribution vers les zones enclavées – sera soumise à la prochaine session extraordinaire. L’objectif affiché est clair : faire de la Cameps un centre régional de référence dont l’exemplarité participera au rayonnement du Congo-Brazzaville dans l’espace sanitaire d’Afrique centrale.

Perspectives et responsabilité partagée

En définitive, la session ordinaire du 26 juillet aura consacré non seulement le caractère désormais prévisible de la gestion financière de la Cameps, mais aussi la maturation d’une culture organisationnelle orientée vers la redevabilité. Dans le champ de la sociologie des organisations, l’exemple illustre la capacité d’un établissement public à internaliser les normes de gouvernance sans rupture avec ses pratiques endogènes. Si la vigilance demeure de mise, le consensus obtenu autour des réformes témoigne d’une responsabilité partagée entre administrateurs, direction et tutelle. À l’horizon, c’est la sécurisation des approvisionnements en médicaments vitaux qui se joue, avec pour corollaire l’amélioration tangible de la qualité de vie des populations. Là réside, en somme, le véritable indicateur de réussite.

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