Une flambée inattendue aux confins du bassin du Congo
Le 25 juillet 2025, le ministère de la Santé et de la Population a notifié à l’Organisation mondiale de la santé un total cumulé de 589 cas suspects de choléra, dont 45 confirmés et 18 décès. L’épicentre se situe sur les rives de l’Oubangui, dans le département de la Likouala, zone où la porosité de la frontière fluviale renforce la circulation des agents pathogènes. Les premières investigations rappellent que la saison des hautes eaux, conjuguée à une pluviométrie exceptionnelle, a accéléré la contamination des puits et des mares utilisées pour la consommation domestique.
Si la République du Congo n’est pas étrangère à des épisodes sporadiques de diarrhées aiguës, cette flambée étonne par sa rapidité de diffusion vers les zones urbaines de Makoua et de Djambala, jusqu’aux abords de Brazzaville. « La dynamique des flux commerciaux et la mobilité saisonnière des pêcheurs ont servi de vecteur silencieux », commente le Dr Alexis Moudoudou, directeur de la surveillance épidémiologique au ministère. L’analyse génomique préliminaire rapproche la souche actuellement en circulation de celle signalée en 2024 au nord-ouest de la République démocratique du Congo, soulignant le caractère transfrontalier du défi.
Défis socio-environnementaux et vulnérabilités structurelles
La configuration hydrographique du pays, dominée par les plaines inondables, complique la protection des points d’eau. Selon la dernière enquête MICS, moins de 38 % des ménages ruraux disposent d’un accès continu à une eau potable sécurisée. Cette fragilité est exacerbée par l’urbanisation rapide : à Brazzaville, l’extension informelle de certains quartiers précède souvent l’arrivée des infrastructures d’assainissement, créant des micro-environnements propices à la prolifération de Vibrio cholerae.
S’ajoutent les déterminants socio-économiques. La flambée intervient alors que les communautés de la Likouala subissent les retombées d’inondations récurrentes, avec des pertes de récoltes estimées à 30 % cette année. L’insécurité alimentaire qui en découle affaiblit les défenses immunitaires, tandis que la promiscuité dans les centres d’hébergement temporaires accroît la promiscuité humaine. Comme le résume le sociologue Cyrille Mabiala, « c’est la convergence entre la vulnérabilité environnementale et la précarité sociale qui transforme un germe en crise sanitaire ».
Gouvernance sanitaire : une riposte consolidée et inclusive
Face à l’alerte, les autorités ont mis en œuvre le Plan national de contingence, révisé en 2023. Trois équipes mobiles d’urgences ont été déployées dans les 72 heures, équipées de kits WASH et de laboratoires portatifs. La gratuité des soins relatifs au choléra a été décrétée dans les formations sanitaires publiques, mesure saluée par les ONG locales pour son impact immédiat sur le recours aux services.
Le gouvernement a parallèlement activé le mécanisme de coordination intersectorielle placé sous l’égide du Premier ministre. Ce forum hebdomadaire réunit santé, hydrauliques rurales, communication et transports afin d’harmoniser les interventions. « La fenêtre d’intervention est étroite, mais le pays dispose d’atouts logistiques consolidés depuis la pandémie de COVID-19 », observe le Dr Moudoudou. Les stocks de ringer lactate, d’antibiotiques de première ligne et de sels de réhydratation orale sont jugés suffisants pour un taux d’attaque pouvant aller jusqu’à 1 000 cas, selon la Cellule d’analyse des risques.
Partenariats internationaux et diplomatie de la santé
L’OMS a apporté un appui technique à travers la mission GOARN, tandis que l’UNICEF finance l’installation de dix stations de chloration sur l’axe Impfondo-Bétou. La Banque africaine de développement, déjà engagée dans le Programme d’accès à l’eau potable des zones semi-urbaines, a annoncé une rallonge de cinq millions de dollars pour accélérer les travaux de forages profonds. Le Centre africain de contrôle des maladies a, pour sa part, détaché deux épidémiologistes afin d’accompagner le traitement des données de terrain.
Cette mobilisation s’inscrit dans une diplomatie sanitaire que Brazzaville assume depuis l’accueil du Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique. Le ministre des Affaires étrangères a profité d’une réunion d’information du corps diplomatique pour rappeler que « la santé publique est un bien global et non une variable d’ajustement budgétaire ». Par cet argumentaire, le Congo entend peser dans la renégociation prochaine du Fonds mondial axé sur les maladies transmissibles, tout en montrant sa capacité à agir de manière responsable sur son propre territoire.
Vers un avenir résilient : consolidation des acquis
Au-delà de la réponse d’urgence, l’ambition est d’inscrire la lutte contre le choléra dans le cadre plus large de la couverture sanitaire universelle. Le projet de loi sur la réforme hospitalière, actuellement à l’examen au Sénat, prévoit un guichet unique pour la surveillance intégrée des maladies diarrhéiques et des zoonoses. Cette approche, inspirée du concept One Health, vise à décloisonner les services vétérinaires, environnementaux et humains.
Des investissements sont également programmés pour renforcer la formation des relais communautaires. D’ici à 2027, le ministère cible la création de 1 200 points d’eau chlorée gérés par des comités locaux. « La maîtrise d’un phénomène comme le choléra commence dans le quartier, pas seulement à l’hôpital », insiste la Dre Hélène Mouyabi, cheffe de projet au sein de la Croix-Rouge congolaise. L’articulation entre anticipation, réactivité et gouvernance partagée pourrait ainsi transformer cette crise en levier de modernisation du système sanitaire national.



