Situation épidémiologique actualisée
Le septième bulletin d’information publié le 9 août 2025 par le ministère de la Santé et de la Population indique 3 412 cas cumulés de choléra depuis l’alerte initiale de mars. Vingt-sept districts sont désormais concernés, mais l’incidence hebdomadaire recule pour la troisième semaine consécutive, passant de 218 à 147 cas, soit une diminution de 32 %. Les autorités précisent que les zones fluviales du Plateau et de la Cuvette restent les plus sensibles, du fait de leur proximité avec les grands axes de navigation intérieure, couplée à une saison des pluies exceptionnellement longue.
Si le taux de létalité spécifique avoisine encore 1,4 %, il demeure inférieur au seuil d’urgence de 2 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé. « Nous sommes entrés dans une phase de stabilisation prudente », explique le professeur Mélanie Kamba, épidémiologiste congolaise assistante auprès du Centre d’analyses des risques d’émergence, soulignant l’impact des centres de traitement rapides déployés depuis mai.
Réponse sanitaire coordonnée
Sous l’autorité du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, la cellule de crise interministérielle continue de piloter la riposte. Les rotations aériennes hebdomadaires assurées par la Force publique de transport logistique ont permis l’acheminement de 215 tonnes de solutions de réhydratation orale et de matériel de chloration vers les sites reculés. De son côté, l’UNICEF affirme avoir installé 84 points d’eau chlorée provisoires et formé 1 260 relais communautaires à la désinfection domestique.
La vaccination orale, lancée le 12 juin à Oyo puis étendue au couloir Brazzaville–Pointe-Noire, affiche un taux de couverture de 71 % pour la première dose. Le docteur Stéphane Louemba, directeur de cabinet adjoint au ministère de la Santé, note « une adhésion remarquable des communautés, reflet d’un dialogue social continu avec les chefs de quartiers et les confessions religieuses ».
Défis structurels et résilience communautaire
Le rapport souligne néanmoins certains goulots d’étranglement. L’accès à des infrastructures d’assainissement adéquates demeure limité pour plus d’un tiers des ménages ruraux. Dans plusieurs districts, la couverture réseau reste insuffisante pour la télédéclaration quotidienne des cas, ralentissant l’actualisation des tableaux de bord épidémiologiques.
Les associations locales, telles que le Réseau Femme-Santé du Kouilou, plaident pour « une appropriation communautaire de l’hygiène » au-delà du strict temps de crise. L’initiative « Un puits, une sentinelle », récemment appuyée par la coopération japonaise, forme des volontaires à l’entretien régulier des points d’eau. Selon un sondage de l’Institut congolais de recherche sociale, 64 % des personnes interrogées estiment que la pandémie de COVID-19 a renforcé leur perception des risques hydriques, un capital social jugé « précieux » par les sociologues pour la durabilité des comportements préventifs.
Pistes de consolidation post-épidémie
Le pouvoir exécutif a validé un plan de reconstruction sanitaire pour la période 2026-2030, adossé à la stratégie régionale de l’Union africaine sur les maladies diarrhéiques. Il prévoit un renforcement des laboratoires de biologie moléculaire dans les chefs-lieux départementaux et la modernisation de 4 000 latrines scolaires. La Banque africaine de développement envisage un appui de 35 millions de dollars à cet effet.
À court terme, l’enjeu est de maintenir la vigilance une fois la décrue confirmée. Le docteur Michel Kitoko, représentant de l’OMS à Brazzaville, rappelle que « le choléra aime les interstices : il se glisse dans l’oubli collectif dès que les graphiques deviennent rassurants ». La plate-forme de surveillance communautaire, alimentée par des alertes SMS gratuites, devrait donc poursuivre ses activités au moins jusqu’à la fin de la prochaine saison sèche.
État d’esprit et regard international
Sur le plan diplomatique, les partenaires saluent la coordination gouvernementale jugée « transparente et méthodique ». La France a activé son mécanisme d’appui bilatéral via l’antenne Expertise France, tandis que le Centre africain de contrôle des maladies a dépêché un groupe d’intervention rapide. Le niveau d’alerte n’a pas entraîné de restrictions commerciales supplémentaires, signe d’une confiance préservée dans la capacité congolaise à circonscrire l’épidémie.
Pour la population, le sentiment dominant reste la prudence, mêlée d’un optimisme mesuré. « Nous savons mieux reconnaître les symptômes et nous rendre plus tôt aux centres de santé », témoigne Émilienne Ndzani, vendeuse au marché Total de Pointe-Noire. Cette appropriation citoyenne, consolidée par l’effort continu des autorités, constitue l’un des acquis majeurs de la riposte actuelle.

