Enjeux du congrès électif du 16 août
Le petit monde du handball congolais retient son souffle à l’approche du 16 août, date fixée pour le congrès électif de la Fédération congolaise de handball, annoncé par la Commission électorale indépendante. Après deux années de turbulences, tous espèrent tourner la page et repartir sur des bases assainies.
Derrière cette échéance se joue bien plus qu’un fauteuil présidentiel : la crédibilité d’une discipline dont les clubs, les ligues et les partenaires institutionnels attendent stabilité et visibilité pour relancer des championnats réguliers, attirer des sponsors et préparer sereinement les sélections nationales.
Un processus électoral sous haute surveillance internationale
Placée sous la coordination de Me Mouadh Ben Zaied, émissaire de la Fédération internationale et de la Confédération africaine, la commission électorale a publié un calendrier détaillé, des formulaires types et la liste provisoire du corps électoral, conformes aux statuts révisés en 2023.
« Nos textes imposent transparence et équité », rappelle l’avocat tunisien, soulignant que chaque candidature doit parvenir au siège du Comité national olympique avant le 16 juillet 2025, contre décharge, afin d’éviter toute contestation ultérieure sur les délais ou la traçabilité des dossiers.
Les exigences juridiques encadrant la course à la présidence
Le contentieux ouvert lors de l’assemblée générale de septembre 2024, conclue par la réélection de Ayessa Ndinga Yengue, a mobilisé la Chambre de conciliation et d’arbitrage du sport, laquelle a annulé le scrutin et ordonné la création d’une nouvelle commission, jugeant nécessaire de purger tout soupçon de partialité.
Dans sa sentence du 13 octobre 2024, la Ccas a redéfini la composition du corps électoral et disqualifié un candidat, créant un précédent jurisprudentiel important pour les fédérations nationales. Elle a également rappelé que ses décisions possèdent autorité de la chose jugée, sauf recours en annulation.
Aujourd’hui, le camp d’Avicenne Nzikou invoque ce même principe pour contester certaines mesures « unilatérales » du nouveau collège électoral, estimant que la feuille de route n’intègre pas fidèlement les attendus de la sentence. Un recours supplémentaire a été déposé afin d’obtenir, le cas échéant, une interprétation complémentaire.
Pour Me Éric Yvon Ibouanga, avocat du challenger, « la commission doit se limiter à deux listes et au corps électoral validé par la Ccas ». Il plaide le remplacement du président de la commission, mais affirme que son client reste disposé à participer si ces garanties sont actées.
Les acteurs du handball entre impatience et prudence
Dans les clubs de Brazzaville, Pointe-Noire ou Dolisie, les athlètes interrogés évoquent surtout leur envie de reprendre la compétition. L’absence de bureau exécutif pleinement reconnu a provoqué le gel de plusieurs tournois, la baisse des subventions et, par ricochet, un exode de jeunes talents vers d’autres disciplines.
« Nous ne voulons pas d’une fédération à l’arrêt », martèle Mireille Tchicaya, capitaine de l’équipe féminine des Diables Noirs, qui souligne la responsabilité partagée des dirigeants et des juristes : « chaque semaine d’attente repousse nos programmes d’entraînement, or les qualifications continentales approchent ».
Les sponsors, eux, observent la séquence avec vigilance. Un responsable d’une grande société de télécommunications confie, sous réserve d’anonymat, que ses budgets marketing pour la saison 2025 demeurent « condamnés à l’immobilisme tant que le cadre de gouvernance n’est pas clarifié et stabilisé de façon incontestable ».
L’équilibre des pouvoirs sportifs et institutionnels
Le rôle du Comité national olympique apparaît déterminant : en qualité d’organe faîtier, il agit comme garant de la neutralité du processus tout en maintenant le dialogue avec le ministère des Sports, soucieux de préserver la cohérence de l’écosystème sportif national et l’image du pays à l’international.
Les observateurs relèvent la délicatesse de la situation : trop d’ingérence étatique nuirait à l’autonomie des fédérations, mais une absence totale de coordination accentuerait les blocages. Jusqu’ici, les autorités se bornent à rappeler leur attachement aux standards de bonne gouvernance prônés par les instances olympiques.
Perspectives pour la gouvernance du handball congolais
Si les assises du 16 août se tiennent dans le climat apaisé souhaité, la nouvelle équipe dirigeante devra rapidement remettre sur pied le championnat national, relancer les compétitions de jeunes et présenter un plan stratégique de développement axé sur la formation, l’arbitrage et la diplomatie sportive.
Plusieurs techniciens proposent déjà des pistes, comme la contractualisation des entraîneurs régionaux, l’élargissement du partenariat avec la Confédération africaine pour la formation, ou encore la création d’un fonds de solidarité destiné aux clubs amateurs des zones rurales, souvent oubliés des circuits de financement traditionnels.
À moyen terme, la Fédération pourrait se positionner comme moteur de la coopération sportive en Afrique centrale, en alignant ses pratiques sur les meilleures normes de transparence. La résolution durable du contentieux électoral constituerait la première pierre de cette ambition, attendue par toute la communauté handball.





