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Un enjeu mondial de conformité

Le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme représentent pour les États modernes un risque systémique pesant sur la stabilité économique, la sécurité collective et la réputation diplomatique. Les recommandations du Groupe d’action financière (GAFI) fixent depuis trois décennies la matrice normative de la riposte.

Les évaluations mutuelles conduites par le GAFI et ses instances régionales classent les pays, sanctionnent les manquements et ouvrent ou ferment l’accès aux circuits financiers internationaux.

Dans ce contexte, la production régulière d’une cartographie nationale des risques constitue l’outil matriciel exigé pour passer du principe général à l’action ciblée, en hiérarchisant les secteurs vulnérables, les typologies criminelles et les obligations de contrôle.

Congo-Brazzaville face à la pression normative

Le Congo-Brazzaville suit avec attention les conclusions des dernières réunions du GAFI, conscient qu’une inscription sur la liste grise renchérirait le coût du crédit et écornerait l’attractivité des investissements directs étrangers.

La loi n°9-22 du 11 mars 2022 a ainsi modernisé l’arsenal répressif en matière de prévention et d’infractions assimilées, tout en plaçant la gestion des risques au rang de prérequis pour la conformité continue aux standards internationaux.

Les autorités de contrôle, la Cellule nationale de renseignements financiers et les régulateurs sectoriels ont depuis multiplié les audits de conformité, soulignant toutefois le besoin d’un référentiel unique, évolutif et partagé qui irrigue l’ensemble du paysage institutionnel.

Les orientations d’Isaac Gervais Onghabat

Certifié Lead Risk Manager ISO 31000, Isaac Gervais Onghabat, directeur des Risques et Contrôles à la direction générale du Contrôle d’État, propose d’ancrer la cartographie des risques au cœur de la stratégie nationale LCB/FTP.

Il plaide pour un comité national de maîtrise des risques doté d’une gouvernance interinstitutionnelle, capable d’actualiser chaque année la matrice de vulnérabilité à partir de données empiriques collectées auprès des banques, des professions juridiques et des autorités judiciaires.

L’approche par les risques qu’il défend se veut pragmatique : classifier les menaces selon leur probabilité et leur impact, puis calibrer les mesures de vigilance dans un continuum allant de la sensibilisation volontaire à l’enquête pénale.

Institutions nationales en ordre de bataille

Du côté gouvernemental, le ministère des Finances planche déjà sur un décret d’application traduisant les principes de la loi de 2022 en obligations opérationnelles pour les établissements financiers, les assurances, les sociétés de téléphonie mobile et les acteurs de la crypto-monnaie.

Une base de données centralisée, hébergée par la Cellule de renseignements financiers, permettra la mutualisation des signaux faibles signalés par les assujettis, tout en respectant les exigences de protection des données personnelles édictées par la Commission nationale de l’informatique.

Les magistrats du parquet financier saluent déjà cette orientation : « Une cartographie à jour réduira les angles morts et orientera nos enquêtes là où la valeur blanchie est la plus élevée », confie l’un d’eux sous couvert d’anonymat.

Coopération régionale et ouverture internationale

Au-delà des frontières, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale adapte son propre mécanisme d’évaluation, le GABAC, afin de le rendre compatible avec les indicateurs que proposera le Congo dans sa cartographie.

Brazzaville envisage également d’échanger en temps réel avec les plateformes de renseignement financier de l’Union africaine, démarche jugée déterminante par la Banque mondiale pour accroître la détection des flux illicites transfrontaliers.

L’adhésion volontaire aux examens par les pairs, prévue pour 2024, offrira à la fois une validation indépendante de la cartographie et un retour d’expérience sur les bonnes pratiques observées au Sénégal, au Maroc ou à l’île Maurice, souvent cités en exemple.

Des programmes de formation conjoints, financés par l’Agence française de développement et la Banque africaine de développement, sont déjà planifiés pour renforcer la maîtrise des techniques d’investigation financière, de la saisie d’actifs numériques à la traçabilité des chaînes d’approvisionnement liées aux industries extractives.

Cap sur une gouvernance des risques intégrée

La cartographie nationale des risques n’est pas un exercice bureaucratique de plus : elle structure l’allocation des ressources, conditionne la confiance des partenaires techniques et financiers et assure au Congo-Brazzaville la visibilité indispensable aux investisseurs responsables.

En alignant sa future cartographie sur les recommandations 1 et 2 du GAFI, tout en la reliant aux objectifs de diversification économique fixés par le Plan national de développement, le pays consolide une approche prévoyante de la gouvernance des risques, gage de résilience.

À terme, l’alliance entre expertise locale et partenariats internationaux pourrait servir de modèle régional : en articulant prévention, répression et coopération, Brazzaville ambitionne de conjuguer sécurité juridique et croissance inclusive sans alourdir les charges réglementaires des acteurs économiques vertueux.

L’intégration d’outils d’intelligence artificielle, capables de réconcilier des millions de transactions en quelques secondes, figure déjà dans la feuille de route numérique du gouvernement; une initiative jugée cruciale par les opérateurs bancaires pour anticiper la sophistication croissante des schémas de blanchiment.

Les organisations de la société civile seront, elles aussi, sollicitées pour diffuser une culture de conformité auprès des petites et moyennes entreprises, souvent moins dotées en moyens de contrôle mais essentielles dans le tissu économique et la création d’emplois non extractifs.

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