Assainissement Brazzaville : un pari durable
À Brazzaville, chaque saison des pluies rappelle la précarité de nombreux quartiers, littéralement noyés par les eaux qui ne trouvent plus leur lit.
Le ministre Juste Désiré Mondelé promet de rompre ce cycle grâce à un vaste programme d’assainissement pensé au-delà de 2050, une première dans la sous-région.
DurQuap : métamorphose des quartiers précaires
Baptisé DurQuap, pour Projet de développement urbain et de restructuration des quartiers précaires, le dispositif cible les zones non loties de Brazzaville et Pointe-Noire.
Il prévoit la modernisation des collecteurs, le revêtement des axes-marche et des opérations de lutte contre l’érosion qui grignote déjà certaines rues maison après maison.
Selon le ministère, plus de 200 000 habitants devraient voir leurs habitations sécurisées contre les inondations, tout en bénéficiant de bornes-fontaines et d’aires de tri des déchets.
Lien eau-énergie : le réseau qui change tout
L’eau ne circule qu’avec l’électricité ; d’où la réhabilitation en cours de la ligne haute tension Brazzaville-Pointe-Noire, indispensable pour alimenter les stations de pompage.
« Notre fleuve est un trésor, mais sans énergie fiable, impossible d’en distribuer l’eau », insiste Juste Désiré Mondelé, rappelant le lien entre ODD 6 et ODD 7.
Les discussions engagées avec des partenaires français devraient aussi introduire des micro-turbines capables d’alimenter localement les quartiers réhabilités, réduisant les pertes sur le réseau national.
Prévenir paludisme et maladies hydriques
Inonder moins, c’est soigner mieux : les services de santé recensent encore chaque année des pics de paludisme et de gastro-entérite dans les zones marécageuses.
L’assainissement joue ici le rôle de prophylaxie silencieuse en supprimant les gîtes larvaires et en protégeant l’eau potable des contaminations fécales.
Pour le docteur Léa Nkouka, pédiatre au CHU de Brazzaville, « un seul collecteur fonctionnel vaut des tonnes de comprimés ».
Diplomatie verte et vision 2050+
Au-delà des caniveaux, le dossier porte une dimension diplomatique : le Congo défend la candidature de Firmin Édouard Matoko à la tête de l’Unesco.
Le ministre voit dans cette élection la chance de porter le message d’une urbanisation résiliente auprès d’un réseau mondial de villes, tout en renforçant la francophonie scientifique.
Il appelle la diaspora et les partenaires régionaux à soutenir ce « dynamisme capable de rayonner bien au-delà d’Owando ou Pointe-Noire ».
Impact & solutions
En termes de carbone, chaque tonne de déchets recyclée éviterait 1,2 tonne de CO₂, selon les estimations partagées par l’Agence congolaise de l’environnement.
Le projet prévoit la création de 3 000 emplois verts, du maçon recycleur au cartographe drone, favorisant l’insertion des jeunes dans des filières durables.
Les ménages seront associés via des cellules de quartier qui décideront du tracé des drains et de l’emplacement des points de collecte, histoire de transformer les bénéficiaires en acteurs.
À savoir
Le ministère dispose d’une ligne verte gratuite où signaler chaque débordement ; elle a déjà reçu 4 800 appels test en phase pilote.
Un portail cartographique rendra publics les chronogrammes de travaux et les indicateurs ODD, afin que chercheurs et ONG puissent suivre l’avancée des chantiers.
Les marchés publics intègrent désormais une clause obligeant 30 % de matériaux locaux, limitant l’empreinte écologique tout en stimulant les briqueteries artisanales.
Comment y aller
Pour visualiser un chantier pilote, rendez-vous au quartier Mayanga, dans l’arrondissement Makélékélé, accessible en taxi collectif depuis le centre-ville pour 500 FCFA.
Sur place, des guides communautaires expliquent la technique des pavés drainants et proposent un circuit photo le long du futur couloir écologique bordant la Tsiémé.
Le chantier est ouvert en semaine de 9 h à 15 h ; casques et gilets fluorescents sont prêtés gratuitement aux visiteurs.





