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Brazzaville lance le chantier Amcez

Le 17 septembre, l’air climatisé du ministère de l’Environnement bourdonnait autant que les conversations. La ministre Arlette Soudan-Nonault recevait Christopher Holmes, directeur régional de la Wildlife Conservation Society, pour un briefing serré sur les autres mesures de conservation efficaces par zone, ou Amcez.

Les deux parties ont acté un calendrier de travail commun. « Nous voulons passer du concept à l’action avant la prochaine saison des pluies », glisse un conseiller, rappelant que le Congo a déjà rejoint en février le cercle des pays misant sur cet instrument complémentaire aux parcs nationaux.

Un outil flexible pour protéger la biodiversité

Définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature, les Amcez sont des espaces gérés de façon durable sans posséder le statut strict d’aire protégée. Un verger communautaire, une forêt sacrée ou un couloir faunique peuvent ainsi devenir des boucliers écologiques reconnus.

« Les Amcez demandent des lignes de clarification pour être adoptées par tous les acteurs », souligne Benjamin Ewan’s, directeur technique à la WCS. Selon lui, elles permettront de conserver les habitats tout en ménageant les usages traditionnels, un équilibre capital dans le bassin du Congo.

Les attentes des communautés locales

Autour de Makoua, des chefs de village interrogés voient dans l’initiative une chance de valoriser leurs pratiques agro-forestières sans perdre l’accès au terroir. « Si nos vergers protègent les singes, nous sommes partants », assure Clément, planteur de cacao.

Le gouvernement mise sur ces alliances pour sécuriser la chaîne de valeur verte. Les ONG rappellent que la reconnaissance officielle ouvre la porte à des appuis techniques, à l’écotourisme et au paiement pour services environnementaux, générant des revenus là où la forêt est souvent la seule assurance-vie.

Défis de validation et gouvernance

Le principal chantier reste l’élaboration des directives nationales. Cartographie participative, critères biologiques, cadre légal : tout doit être clarifié avant la soumission à la Convention sur la diversité biologique. « Nous visons un texte simple, utilisable du Kouilou au Likouala », confie un expert du ministère.

La gouvernance partagée constitue un autre défi. Les Amcez impliquent administrations, collectivités et acteurs privés. La plateforme de dialogue lancée en juillet teste une méthode où chaque partie signe un plan de gestion sur cinq ans, assorti d’indicateurs de biodiversité et de retombées socio-économiques.

Impact & solutions

Les simulations de la WCS estiment qu’en associant couloirs forestiers et zones humides, le Congo pourrait atteindre 32 % de surfaces conservées sans créer de nouveaux parcs. Cela réduirait la pression sur les écosystèmes critiques, tout en renforçant les stocks de carbone.

Pour sécuriser ces gains, les partenaires cherchent des financements mixtes : Green Climate Fund, crédits carbone volontaires et partenariats avec des marques engagées. La banque locale BGFIBank explore même un label « épargne Amcez » destiné aux ménages désireux d’investir dans la nature.

Comment y aller

Les futures Amcez proches de Brazzaville devraient être accessibles par la route nationale 2 jusqu’à Ngoma, puis par piste. Les guides communautaires déjà formés sur les sites pilotes proposeront des randonnées ornithologiques et la visite de potagers écologiques, en toute saison hors grandes crues.

À savoir

Les Amcez n’abolissent pas les droits coutumiers. Elles officialisent une gestion concertée renforçant les pratiques locales durables. La chasse commerciale et l’exploitation minière industrielle restent exclues, mais l’usage traditionnel, l’agro-écologie et le tourisme de faible impact demeurent permis sous contrôle.

Vers 2030, un cap ambitieux

Le Congo vise 30 % de terres et d’eaux protégées d’ici 2030, un horizon partagé par l’Accord de Kunming-Montréal. En enclenchant l’opérationnalisation des Amcez, Brazzaville consolide une trajectoire qui marie pragmatisme, participation citoyenne et vision panafricaine de la conservation, sans opposer développement et nature.

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