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Le pari d’un terminal XXL à Pointe-Noire

Dans la moiteur salée du littoral congolais, les grues du Port autonome de Pointe-Noire s’apprêtent à changer d’échelle. Un quai de 750 mètres et 28 hectares de terre-plein vont surgir pour accueillir les géants des mers africaines.

L’avenant n°3 de la convention de concession, signé en août 2023, fixe le cap : plus profond, plus long, plus vert. « Nous suivons chaque engagement à la lettre », assure Séraphin Bhalat, directeur général du PAPN, devant le comité de suivi.

Cette réunion technique, tenue récemment dans la cité océane, a passé au crible le moindre détail : périmètre concédé, redevances, zone provisoire de chantier et impacts du futur Môle Est. Rien ne doit freiner l’élan du principal port en eaux profondes d’Afrique centrale.

Un hub marin pour la CEMAC et au-delà

La marine marchande change de gabarit. Dubaï, Singapour, Tanger Med : tous misent sur des postes d’accostage XXL. Pointe-Noire veut se hisser à leur suite et devenir la porte logistique de la sous-région CEMAC jusqu’aux Grands Lacs.

Aujourd’hui, 700 000 EVP transitent chaque année par le terminal. Demain, l’objectif dépasse le million. Les gains annoncés : réduction des coûts de fret, fluidité des chaînes d’approvisionnement et retombées fiscales pour l’État congolais.

Des travaux XXL, un calendrier sous haute surveillance

Congo Terminal, filiale de Bolloré Africa Logistics, pilotera trois années de chantier. « Nos études montrent que la taille des navires explose », rappelle Olivier de Noray. Les premières palplanches seront battues fin-2024 ; la mise en service est visée pour février 2027.

Dragage à 17 m, dallage anticyclonique, portiques électriques nouvelle génération : le cahier des charges regorge de prouesses techniques. Les ingénieurs promettent de limiter les interruptions d’escale pour ne pas gripper l’économie nationale.

Un suivi hebdomadaire des indicateurs est prévu. Les écarts de planning déclencheront des ateliers correctifs afin de tenir la feuille de route sans renchérir la facture finale.

Dérisquer l’environnement marin

Sous la surface, les herbiers et les bancs d’alevins restent vulnérables. Avant la première pelle, un audit faune-flore a établi une cartographie précise des habitats sensibles à éviter.

Le dragage sera cantonné à la saison sèche pour réduire la turbidité et faciliter la remontée des tortues vertes. Les sédiments pollués seront confinés dans des bassins sécurisés, suivant les guidelines de la Convention de Londres.

Des stations de mesure temps réel surveilleront la qualité de l’eau. Si la concentration en matières en suspension bondit, les travaux s’arrêteront. « Nous voulons faire du PAPN une référence environnementale régionale », insiste M. Bhalat.

Retombées locales : emplois et nouvelles filières

Plus de 1 000 emplois directs sont annoncés, de la maçonnerie portuaire à la cybersécurité des guichets uniques. Les sous-traitants devront consacrer 30 % des marchés aux PME congolaises, clause inscrite noir sur blanc.

Les autorités locales parient aussi sur la naissance d’un écosystème de réparation navale, de recyclage de conteneurs et de formation maritime. L’université Marien-Ngouabi et l’Institut national de la mer travaillent déjà sur un cursus de logistique verte.

Comment y aller

Pointe-Noire est desservie quotidiennement par l’aéroport Agostinho-Neto. Un service de navettes connecte le terminal international au centre-ville en 15 minutes. La route nationale 1 permet de rallier Brazzaville en sept heures par bus ou véhicule privé.

À savoir

Les visiteurs doivent se munir d’un laissez-passer portuaire délivré 48 h à l’avance. Les photos sont interdites sur les quais sans autorisation. La saison sèche, de juin à septembre, offre les meilleures conditions pour observer les opérations portuaires.

Impact & solutions

Un fonds de 2 % du chiffre d’affaires du terminal sera consacré annuellement à des projets côtiers : replantation de mangroves, soutien aux pêcheurs artisanaux et suivi scientifique des courants marins.

Si le pari est tenu, Pointe-Noire pourrait réduire de 15 % ses émissions logistiques grâce aux portiques électriques et à l’optimisation des escales, selon les calculs du cabinet Eco-Transit. Le chantier s’annonce donc comme un accélérateur d’économie bleue pour le Congo.

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