Des déchets omniprésents, un défi sanitaire
Sur l’avenue M’Fouati, un léger vent suffit à soulever des sachets plastiques. Ce décor familier inquiète les pédiatres, qui observent une recrudescence de maladies hydriques liée aux eaux souillées. L’OMS rappelle que la mauvaise gestion des ordures dope la prolifération des moustiques vecteurs de paludisme.
Selon la direction départementale de la Santé, plus d’un quart des consultations infantiles concernent des pathologies liées à l’environnement immédiat. Brazzaville, ville fluviale, doit donc composer avec la saison des pluies, durant laquelle les décharges sauvages se transforment en marécages toxiques.
Albayrak Waste Management, partenaire sous pression
Fin 2021, la société turque Albayrak Waste Management a signé un contrat avec la municipalité pour moderniser le service public de collecte. Cent camions silhouettes vert flambant neuf sillonnent désormais les artères principales, un investissement salué par l’ingénieur environnemental Mickaël Nkouka.
Pourtant, les bacs débordent encore. « Nous assurons le ramassage quotidien sur les grands axes, mais l’accès aux rues étroites reste complexe », explique un superviseur d’Albayrak rencontré à Makélékélé. Les déchargements nocturnes illégaux annihilent souvent les efforts de la journée, ralentissant la cadence prévue.
Responsabilité citoyenne et innovation locale
Dans le quartier La Base, l’association Mwana Mboka fabrique des briques pavées à partir de plastique fondu. Son coordinateur, Davy Kangani, affirme recycler trois tonnes par mois. « Nous transformons un fléau en matériau de construction abordable », insiste-t-il, montrant une cour désormais pavée sans la moindre flaque.
Les écoles primaires testent des “brigades vertes” où chaque classe gère son petit compost. Ces initiatives, encouragées par le ministère de l’Enseignement, sensibilisent tôt aux bons gestes. Le succès dépend toutefois de la régularité des collectes municipales, sans quoi les élèves se découragent rapidement.
Le rôle clé des autorités municipales
La mairie de Brazzaville a lancé en février un numéro vert gratuit pour signaler les dépôts sauvages. Trois cents appels sont traités chaque semaine. « Notre priorité est de rapprocher les points relais des ménages », précise une note de la mairie, annonçant l’ouverture de quinze mini-stations de transfert.
Un schéma directeur des déchets ménagers, élaboré avec l’AFD, projette de doubler la capacité de la décharge contrôlée de Mpila et d’introduire le tri à la source. Les conseillers municipaux défendent une approche progressive, afin de préserver les emplois des récupérateurs informels qui écument déjà les poubelles.
Impact & solutions
Les économistes estiment qu’un système de collecte optimisé pourrait créer mille emplois verts supplémentaires. L’université Marien-Ngouabi teste un biodigesteur pilote, capable de produire du biogaz à partir des déchets organiques du marché Total, réduisant ainsi l’empreinte carbone de la ville.
La Banque mondiale propose un mécanisme incitatif : un franc CFA reversé à un fonds communal pour chaque kilo de plastique exporté vers l’usine de recyclage de Maloukou. Ce fonds financerait des lampadaires solaires dans les arrondissements périphériques, bouclant la boucle entre propreté et qualité de vie.
À savoir
Les amendes pour dépôts sauvages vont de 5 000 à 50 000 F CFA, mais seules 40 % sont effectivement recouvrées, faute d’identification des auteurs. Les quartiers qui organisent un tri collectif bénéficient d’une réduction de 10 % sur la taxe d’enlèvement, une mesure encore peu connue des ménages.
Comment y aller
Le visiteur qui souhaite documenter les efforts de nettoyage peut emprunter la RN2 jusqu’au centre de valorisation de Mpila, ouvert au public chaque jeudi sur réservation. Les quartiers de Bacongo et Poto-Poto se parcourent aisément à pied ; prévoir un masque léger durant la saison sèche pour filtrer la poussière.

