Brazzaville entre déchets et espoirs verts
En ce début de saison des pluies, les sacs plastiques et les restes alimentaires s’amoncèlent autour des bacs métalliques, formant des collines bigarrées qui embaument les grands boulevards de Brazzaville d’une odeur fermentée.
Les habitants étouffent sous leurs masques chirurgicaux improvisés, tandis que les charognards disputent les reliefs aux chiens errants, dessinant une carte postale bien éloignée des rives tranquilles du fleuve Congo.
Pourtant, derrière ce tableau, fleurissent des initiatives citoyennes, des brigades de balais balisant chaque matin les trottoirs des quartiers Poto-Poto et Moungali, déterminées à rappeler que la capitale peut conjuguer propreté et fierté.
PNA 2026-2030 : la stratégie nationale s’affine
Validée le 14 octobre, la Politique nationale d’assainissement fixe des objectifs précis : réduire de moitié les gisements sauvages en quatre ans et créer deux mille emplois verts, selon le ministre Juste Désiré Mondélé.
« Une ville propre est aussi une ville attractive pour l’investissement et le tourisme », a-t-il souligné lors de l’atelier de lancement, plaidant pour un partage équitable des responsabilités entre État, municipalités et ménages.
La direction générale de l’assainissement, conduite par Yvon Kaba, planche sur une cartographie participative des points noirs afin d’organiser des tournées régulières et d’anticiper la montée des eaux pluviales.
Un comité de suivi trimestriel, ouvert aux représentants de quartier, doit publier des rapports publics afin de mesurer l’avancement et corriger rapidement les écarts.
Finances et grève : un goulot à débloquer
Depuis plusieurs semaines, la grève d’une partie du personnel de la société Albayrak ralentit la rotation des camions-bennes et laisse les conteneurs se remplir plus vite qu’ils ne sont vidés.
Le contrat passé avec cet opérateur, estimé à 3,25 milliards de F CFA par mois pour Brazzaville et Pointe-Noire, pèse lourd sur un budget public encore fragilisé par la volatilité du marché pétrolier.
Face à cette équation, les autorités étudient des mécanismes de co-financement locaux, misant sur la contribution citoyenne déjà en place et sur de nouveaux partenariats avec des start-up de recyclage pour partager les charges.
Jeunes collecteurs, moteur d’un recyclage local
Dans l’arrondissement de Makélékélé, une coopérative de jeunes, soutenue par la mairie, sillonne les ruelles avec des triporteurs, collectant plastiques, cartons et biodéchets qu’elle revend ensuite à des artisans ou à une petite unité de compostage.
Avec un budget mensuel d’environ quinze millions de F CFA, financé par des micro-taxes locales, l’initiative a déjà réduit de 20 % le volume d’ordures dans trois quartiers pilotes, selon son coordinateur, Armel Samba.
« Nous ne remplaçons pas les grandes sociétés, nous les épaulons », précise-t-il, rappelant que chaque sac trié représente aussi une source de revenu pour les ramasseurs informels autrefois marginalisés.
Comment y aller
Les voyageurs entrant par l’aéroport Maya-Maya rejoignent le centre-ville en vingt minutes hors heure de pointe ; ils apercevront sur la route les conteneurs métalliques verts installés tous les cinq cents mètres pour le dépôt des sacs.
Munissez-vous de bouteilles réutilisables ; certains hôtels partenaires de la PNA proposent des bornes de remplissage filtré, limitant ainsi le recours aux plastiques à usage unique.
À savoir
La saison des pluies, de novembre à mai, entraîne une prolifération plus rapide des déchets organiques ; évitez de jeter ou de laisser traîner des épluchures pour ne pas attirer les moustiques.
Le prélèvement actuel de deux mille F CFA sur les salaires des fonctionnaires alimente un fonds dédié dont les décaissements sont publiés chaque trimestre par le ministère sur son site pour garantir la transparence.
Impact & solutions
Si la tâche reste immense, la combinaison d’une stratégie nationale ambitieuse, d’expériences locales agiles et de la participation citoyenne offre une fenêtre d’opportunité pour transformer les déchets de Brazzaville en ressources et renforcer la résilience urbaine face aux défis climatiques.
Les experts de la faculté des sciences de l’Université Marien-Ngouabi conseillent également de convertir une portion des biodéchets en biogaz, capable d’alimenter en électricité les marchés couverts, limitant ainsi la dépendance au réseau.





