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Sur les routes rouges de la « Tour-Agri »

Depuis début décembre, un pick-up blanc frappé du logo vert de La Congolaise Agricole sillonne les pistes menant aux plateaux, savanes ou marigots. A son bord, des techniciens et un sac d’ordinateurs portables : le Tour-Agri 2025-2026 vient de démarrer.

L’ONG dirigée par l’ingénieur agronome Aser Sidney N’se ambitionne de visiter les quinze départements d’ici février 2026, avec une mission simple : donner à mille producteurs l’appui technique et financier nécessaire pour doubler, voire tripler, leurs récoltes vivrières.

Son lancement à Brazzaville a coïncidé avec la signature d’un accord de crédit avec la Caisse pour le commerce et le développement, représentée par Grâce Belvani Kinouani. Les premiers chèques, de 100 000 à 1 500 000 FCFA, ont aussitôt été remis à trente exploitants pilotes.

Un mouvement agro-vert sur 15 départements

Dans la vallée de la Léfini comme dans la forêt du Niari, chaque étape du Tour-Agri propose un même rituel : cartographier les terroirs, identifier les filières dominantes, puis installer un bureau local de la coopérative afin de mutualiser semences, transport et commercialisation.

LCA recense déjà 6 500 groupements adhérents. Le programme vise à les fédérer par zone écologique : manioc et maïs sur les plateaux, cacao et banane en altitude, pêche artisanale sur le Kouilou. Cette lecture fine des paysages limite la pression sur les sols.

Microcrédits semés, récoltes attendues

Le ticket d’entrée paraît modeste, mais il répond à un frein crucial : l’accès au capital. « Nous partons petit pour apprendre grand », affirme Aser Sidney N’se. Les remboursements commenceront après la première récolte, à un taux annuel inférieur à celui des banques commerciales.

Outre les fonds, chaque fermier reçoit un kit d’analyse de sol, des semences certifiées et des fiches de bonnes pratiques inspirées de l’agroécologie. Les techniciens insistent sur les rotations culturales, la couverture végétale et l’usage raisonné du compost pour restaurer les matières organiques.

Former pour affronter la ZLECAF

A l’horizon 2030, la Zone de libre-échange continentale promet un marché de 1,3 milliard de consommateurs. Pour l’ONG, rater le rendez-vous serait un gâchis. Les sessions de formation portent donc aussi sur la traçabilité, l’emballage recyclable et l’homologation sanitaire exigées aux frontières.

« Nous devons vendre des produits compétitifs sans sacrifier la fertilité de nos terres », martèle la formatrice Odette Ingani devant une salle comble à Dolisie. Des démonstrations de séchage solaire de piments ou de conserves de mangue réduisent les pertes post-récolte, souvent supérieures à 30 %.

Santé des sols, santé des familles

La stratégie s’aligne sur la priorité gouvernementale fixée par le Plan national de développement : sécuriser l’autosuffisance alimentaire pour réduire les importations. En renforçant l’offre locale, la tournée doit également contenir la déforestation induite par l’expansion de l’agriculture sur brûlis.

Selon une étude de l’université Marien-Ngouabi, chaque tonne de manioc produite en système agroforestier émet 40 % de carbone de moins qu’en monoculture. Les parcelles pilotes installées autour de Sibiti serviront de laboratoire vivant aux étudiants et aux forestiers.

Témoignages au champ

Dans le district de Boko, Isabelle Kibozi, la poignée encore couverte de terre, confie que son nouveau motopompe financé par le Tour-Agri lui permettra d’étendre son maraîchage en saison sèche. « Mes enfants iront à l’école grâce aux tomates », souffle-t-elle, sourire timide.

A Makoua, Mathieu Okouélé, producteur de cacao, attend la caravane avec impatience. Ses cabosses végètent faute de fongicide adapté. « Nous n’avons pas besoin d’assistanat, seulement d’un coup de pouce et de formations », dit-il, convaincu que la dynamique collective changera la donne.

Comment y aller

Les formations sont annoncées en mairie, à la radio communautaire et sur la page Facebook de LCA. Les agriculteurs se présentent munis de leur carte d’électeur, d’une photo et de la preuve d’exploitation. Les techniciens valident ensuite l’éligibilité avant le passage de la caravane.

À savoir

Le crédit accordé couvre semences, petits équipements et transport. Un fonds de garantie, alimenté par la CCD, sécurise 70 % du risque. En cas d’aléa climatique, un rééchelonnement est possible. L’ONG rappelle toutefois que la discipline de remboursement conditionne l’extension du programme.

Impact & solutions

LCA espère élever la production nationale de manioc de 20 % en deux ans tout en réduisant l’empreinte carbone de la filière. Le suivi, assuré par des étudiants-stagiaires, mesurera la fertilité des sols, le revenu par hectare et la proportion de produits vendus localement.

Si les objectifs sont atteints, la CCD envisage de tripler la ligne de crédit dès 2027. La Congolaise Agricole, forte de son réseau, se rêve déjà en incubateur de coopératives capables d’alimenter Brazzaville, Pointe-Noire et les capitales voisines sans dépendre de cargos lointains.

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