Le 2 juillet 2026, les éditions L’Harmattan publieront une édition enrichie de « Proverbes et idiotismes de sagesse des Bandzèbi : Gabon-Congo Brazzaville », signée André Yaba. Un geste discret, mais lourd de mémoire.
Un pont tendu entre les générations
L’ouvrage dépasse le simple recueil. Il tisse un lien entre ceux qui parlaient encore couramment la langue et ceux qui risquent de l’oublier. Proverbes, expressions et maximes ancestrales y sont rassemblés, comme on protège des semences rares.
Les Bandzèbi forment un peuple bantou. On les rencontre au Gabon comme dans le sud-ouest du Congo-Brazzaville. Leur pensée, transmise longtemps de bouche à oreille, trouve ici une forme écrite, plus stable face au temps et aux distances.
Une langue menacée, un patrimoine immatériel
La démarche d’André Yaba a une portée pédagogique évidente. Elle vise une communauté qui représente environ 11,25 % de la population gabonaise et près de 40 000 personnes au Congo-Brazzaville. Deux territoires, une même mémoire partagée.
Partout, les langues sans écriture s’effacent vite. Une génération suffit parfois à rompre la chaîne. En fixant ces proverbes sur le papier, l’auteur ralentit cette érosion silencieuse. Il offre aux familles un appui pour transmettre, enseigner, se souvenir.
Un proverbe n’est jamais qu’une jolie phrase. Il condense une vision du monde, une éthique, des règles de vie. Préserver ces formules, c’est préserver une façon d’habiter le territoire, de penser la nature, la communauté et le rapport aux aînés.
La culture comme paysage à protéger
On parle souvent de protéger les forêts du bassin du Congo, ses fleuves et ses espèces. Le patrimoine immatériel relève du même soin. Une langue qui disparaît, c’est un écosystème de sens qui s’éteint, aussi irremplaçable qu’une espèce.
Les sagesses transmises par ces proverbes portent souvent sur le vivant. Elles disent les saisons, les rivières, les arbres, les liens entre les êtres. Les recueillir, c’est garder une trace fine de la relation que ce peuple entretient avec son milieu.
Ce travail rejoint une préoccupation plus large. Dans cette région à cheval sur deux pays, les cultures et les paysages se répondent. Sauver les mots, c’est aussi entretenir la diversité humaine qui accompagne la diversité naturelle du bassin forestier.
L’engagement d’un auteur de la mémoire
André Yaba n’en est pas à sa première contribution. Pasteur depuis 1985, il avait déjà publié en 2021 « La Mission du Prophète Thomas Tsangou ». Ses écrits explorent la spiritualité et la conscience africaine face à l’oppression.
Cette nouvelle édition, augmentée par rapport aux précédentes, témoigne d’un travail patient. Recenser des proverbes demande de l’écoute, des allers-retours avec les anciens, une attention aux nuances. Rien d’un inventaire froid : plutôt une œuvre de fidélité.
Le choix d’un éditeur établi comme L’Harmattan donne à ce corpus une visibilité nouvelle. Les lecteurs, les étudiants et les enseignants pourront y accéder, bien au-delà des frontières du Gabon et du Congo-Brazzaville, jusque dans la diaspora.
Pourquoi cet ouvrage compte
Pour les familles bandzèbi, ce livre est un héritage tangible. Pour les chercheurs, une source précieuse sur une langue bantoue peu documentée. Pour les curieux, une porte d’entrée vers une pensée façonnée par la forêt et le fleuve.
À l’heure où l’uniformisation gagne du terrain, ce type d’initiative rappelle une évidence. La richesse d’une région tient autant à ses arbres qu’à ses récits. Conserver les deux relève d’un même geste de respect envers le vivant.
L’édition du 2 juillet 2026 ne fera peut-être pas grand bruit. Mais elle ajoute une pierre solide à un édifice fragile : celui de la mémoire partagée entre le Gabon et le sud-ouest congolais. Une sagesse, désormais, mise à l’abri.

