À Brazzaville, sous les frondaisons d’un bassin qui respire pour la planète, le partenariat Congo-CAFI vient de tourner une page. La revue annuelle 2025 a refermé un cycle et ouvert l’horizon d’une décennie résolument verte.
Un partenariat au chevet de la deuxième forêt du monde
L’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale, plus connue sous l’acronyme CAFI, lie la République du Congo à des bailleurs internationaux. Elle veut préserver un poumon vert essentiel, gardien discret du climat mondial et refuge d’une biodiversité foisonnante.
Né le 3 septembre 2019 d’un accord scellé entre les présidents français et congolais, ce partenariat porte une ambition limpide. Il mise sur le « déploiement des paiements pour les services environnementaux avec un impact positif sur les populations rurales ».
Derrière cette formule se cache un pari de territoire. Rémunérer celles et ceux qui protègent la forêt, plutôt que de la voir reculer, change la donne pour des communautés rurales souvent oubliées des grands sommets climatiques.
Une revue 2025 close sous le sceau du Premier ministre
Le 28 mai 2026, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a personnellement clôturé la revue annuelle 2025 du partenariat, dans la capitale congolaise. Sa présence signait l’importance que les autorités accordent à ce chantier de longue haleine.
Cette rencontre n’avait rien d’un exercice protocolaire. Elle dressait un état des lieux franc, mesurait les avancées et nommait les obstacles, avant de poser les premières pierres d’une stratégie appelée à courir jusqu’en 2035.
Cinquante-deux jalons et un bilan contrasté
Le secrétaire permanent Jean-De Dieu Nzila a livré le décompte. Sur les cinquante-deux jalons planifiés, dix ont été entièrement réalisés et trente-sept demeurent en cours. Un tableau qui dit l’effort engagé, sans masquer le chemin restant.
Parmi les réussites les plus marquantes figure la soumission de la contribution déterminée au niveau national du Congo, expression chiffrée de l’ambition climatique du pays. Un signal envoyé à la communauté internationale.
Le partenariat revendique aussi un diagnostic territorial d’ampleur. Plus de cinq cent quatre-vingts titres et concessions y ont été documentés, dessinant une cartographie précise des usages qui se disputent les terres et les couverts forestiers.
À cela s’ajoutent des outils inédits de résolution des conflits fonciers. Dans des régions où la propriété de la terre nourrit bien des tensions, ces instruments cherchent à apaiser et à clarifier les droits de chacun.
Dernière avancée saluée, l’adoption d’un cadre national pour les paiements de services environnementaux. C’est l’ossature juridique qui permettra, demain, de récompenser concrètement la préservation des écosystèmes.
Les zones d’ombre d’une mécanique encore jeune
Le bilan ne gomme pas les fragilités. Les délais de préparation des projets s’étirent parfois au-delà du raisonnable, ralentissant des actions pourtant attendues sur le terrain par les acteurs de la conservation.
Certaines agences accusent également des retards d’exécution. Et l’intégration des structures nationales reste insuffisante, comme si la machinerie peinait encore à faire dialoguer pleinement institutions locales et dispositifs internationaux.
Reconnaître ces écueils n’affaiblit pas la démarche. Au contraire, cette lucidité a nourri l’élaboration d’un plan d’action correctif, destiné à remettre sur les rails les objectifs en souffrance.
Une stratégie 2026-2035 en gestation
Le regard se porte désormais loin. Une stratégie décennale, couvrant la période 2026-2035, est en cours d’élaboration. Elle entend prolonger les acquis et corriger les faiblesses, dans la durée plutôt que dans l’urgence.
Pour les forêts du bassin du Congo, ce calendrier long est une promesse. La protection des écosystèmes, le climat et le sort des populations rurales s’inscrivent enfin dans un horizon qui dépasse le temps court des engagements ponctuels.
Reste à transformer l’intention en résultats tangibles. Mais à Brazzaville, le cap est posé. Et la forêt d’Afrique centrale, témoin silencieux, attend de voir cette décennie verte tenir ses serments.

