À Brazzaville, le 29 mai 2026, une salle d’atelier réunissait responsables publics, société civile et experts. Au centre des échanges, un métal liquide, argenté, presque banal : le mercure. Derrière son éclat, une menace silencieuse pour les rivières et les corps du Congo-Brazzaville.

Un atelier pour nommer le danger invisible

L’ONG Action sur l’environnement pour le développement, l’A.e.d, a convoqué cette rencontre. L’objectif tenait en une phrase : sortir le mercure de l’ombre. Car dans les chantiers d’orpaillage artisanal, ce poison circule loin des regards et des contrôles.

Représentants gouvernementaux et spécialistes ont confronté leurs constats. Un documentaire, projeté devant l’assistance, a servi de fil conducteur. Les images valaient diagnostic, donnant chair à une réalité souvent réduite à des statistiques.

Sounda, Kellé, Kitou : trois noms, une même blessure

Le film a désigné trois localités où l’usage du mercure persiste : Sounda, Kellé et Kitou. Trois territoires aux paysages encore vivants, mais traversés par les mêmes gestes risqués, répétés au bord des cours d’eau.

Dans ces sites, l’or se sépare de la roche par amalgamation. On mélange, on chauffe, on récupère le métal précieux. À chaque étape, le mercure s’évapore ou s’écoule, indifférent aux frontières des concessions.

Quand les vapeurs et les eaux deviennent toxiques

Le coordonnateur de l’A.e.d, Eugène Loubaki, décrit un mécanisme implacable. Le chauffage de l’amalgame libère des vapeurs toxiques, inhalées directement par les travailleurs et les habitants voisins des chantiers.

Les conséquences ne s’arrêtent pas à l’air respiré. Selon lui, les résidus contaminent aussi «les sols et les cours d’eau, affectant durablement les écosystèmes». Une pollution lente, tenace, qui s’inscrit dans la chaîne du vivant.

Ce qui se joue ici dépasse l’individu. Le mercure remonte les milieux, des sédiments aux poissons, jusqu’aux assiettes des familles riveraines. Le fleuve nourricier devient alors un vecteur de contamination difficile à enrayer.

Les angles morts de la Convention de Minamata

L’atelier n’a pas esquivé la dimension juridique. Les participants ont pointé une faille majeure du cadre international censé encadrer ce métal. La Convention de Minamata, traité de référence, montre ici ses limites concrètes.

Le texte, ont-ils relevé, ne proscrit pas explicitement le commerce du mercure destiné à l’orpaillage artisanal. Aucun délai d’élimination n’est fixé non plus. Le poison reste donc accessible, légal, à portée de main des exploitants.

Cette zone grise pèse lourd sur le terrain. Sans interdiction claire ni calendrier contraignant, la pression économique l’emporte souvent sur la prudence sanitaire et écologique. Le droit avance, la pratique résiste.

Des alternatives sans mercure, déjà à portée

L’atelier ne s’est pas contenté du constat. Les intervenants ont insisté sur un point d’espoir : des solutions existent. Des technologies permettraient d’obtenir des rendements élevés sans recourir au moindre gramme de ce métal toxique.

Ce message change la perspective. L’orpaillage n’est pas condamné à empoisonner. Il peut évoluer, adopter d’autres procédés, préserver à la fois les revenus des exploitants et la santé des communautés installées en aval.

Reste à transformer la connaissance en pratique. La diffusion de ces alternatives suppose formation, accompagnement et volonté politique. C’est tout l’enjeu soulevé par l’A.e.d : faire passer le Congo-Brazzaville du danger documenté à la solution appliquée.

Un signal pour les rivières du bassin

Au-delà de Sounda, Kellé et Kitou, cette alerte concerne l’ensemble des bassins versants où l’or attire les bras. Chaque rivière contaminée fragilise un écosystème entier, des forêts aux populations qui en dépendent.

L’initiative de l’A.e.d rappelle une évidence souvent oubliée : la richesse extraite du sous-sol ne vaut rien si elle empoisonne l’eau et l’air. Protéger ces milieux, c’est défendre un patrimoine commun aux générations à venir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *