Sous la canopée du deuxième massif tropical de la planète, la République du Congo a choisi de passer des intentions aux gestes. À Brazzaville, le 7 janvier 2025, s’est ouverte la phase 2 d’un programme ambitieux : BIODEV 2030.
Un poumon vert que le pays veut garder vivant
Le territoire congolais respire la forêt. Près de 69 % de sa surface reste boisée, fragment vital du Bassin du Congo, deuxième forêt tropicale du globe après l’Amazonie. Une richesse immense, mais fragile.
Cette mer d’arbres abrite gorilles, éléphants de forêt et une mosaïque d’espèces que les scientifiques continuent de recenser. Pourtant, derrière l’apparente densité, des trouées s’ouvrent, silencieuses, au fil des années.
Environ 11 à 13 % du territoire bénéficient déjà d’un statut d’aire protégée. Un filet de sécurité réel, mais insuffisant face à des pressions qui ne faiblissent pas et avancent sur plusieurs fronts simultanés.
Trois menaces qui rongent la forêt
La déforestation reste l’ennemie la plus visible. Elle grignote les lisières, ouvre des pistes, transforme le paysage. À ses côtés, le braconnage vide discrètement les sous-bois de leur faune la plus emblématique.
L’expansion agricole complète ce trio. Pour nourrir et faire vivre les populations, les champs gagnent du terrain sur les arbres. Concilier subsistance des habitants et préservation des écosystèmes devient l’équation centrale du pays.
BIODEV 2030, une réponse à l’échelle internationale
Le programme ne concerne pas le seul Congo. Déployé dans quinze pays, doté d’un budget de 10 millions d’euros, il poursuit une idée simple à énoncer, complexe à appliquer : inscrire la biodiversité au cœur du développement économique.
L’enjeu consiste à ne plus opposer nature et croissance. La forêt n’est plus vue comme un obstacle au progrès, mais comme un capital à valoriser durablement, dont dépendent le climat régional et la vie des communautés.
Du discours aux actes concrets
Pour Zélo Karine Abibi, directrice nationale du WWF Congo, l’heure n’est plus aux colloques. Elle appelle à « passer de la réflexion à l’action, mettre en œuvre des solutions concrètes », en s’appuyant sur les marchés carbone et la finance verte.
Ces mécanismes financiers cherchent à donner une valeur économique à la forêt debout. Préserver un arbre vivant pourrait ainsi rapporter davantage que de l’abattre, renversant une logique longtemps défavorable aux écosystèmes.
Garder les pieds sur terre
La méthode importe autant que l’ambition. Audrey Martinenq, directrice adjointe de l’AFD au Congo, défend des approches « pragmatiques et simples, tout en se basant sur les preuves ». Une prudence salutaire face aux promesses faciles.
Cette exigence de preuves ancre le projet dans le réel. Il ne s’agit pas de plaquer des modèles importés, mais d’observer le terrain, de mesurer les résultats et d’ajuster les actions au plus près des forêts congolaises.
Un test pour tout un bassin
Ce que tente Brazzaville dépasse ses frontières. Le Bassin du Congo régule le climat de tout un continent et bien au-delà. Sa santé concerne autant le villageois riverain que le citadin des métropoles lointaines.
La phase 2 de BIODEV 2030 ressemble à un pari mesuré. Réussira-t-il à freiner l’érosion d’un patrimoine naturel irremplaçable ? Les prochaines années, et les chiffres récoltés sur le terrain, livreront peu à peu la réponse.

