Au bord de l’Alima, dans la Cuvette, la ville d’Oyo s’est muée le temps de deux journées en théâtre d’une diplomatie tournée vers la terre, les fleuves et les hommes. Le mercredi 13 mai 2026, le colonel Michaël Randrianirina y posait le pied.
Oyo, escale fluviale d’une rencontre entre deux nations sœurs
Le chef de l’État malgache est arrivé pour une visite de travail de quarante-huit heures. Loin de l’agitation des capitales, ce choix d’Oyo dit beaucoup. Ici, le paysage de savanes et de cours d’eau impose son rythme aux échanges politiques et économiques.
L’accueil réservé au colonel Randrianirina par le président Denis Sassou-N’Guesso ouvrait une séquence d’entretiens bilatéraux. Deux territoires que l’océan Indien et le bassin du Congo séparent, mais qu’une même géographie tropicale et de mêmes défis rapprochent insensiblement.
Une coopération Sud-Sud qui regarde vers la terre et l’eau
Au cœur des discussions figurait le renforcement de la coopération sud-sud. Investissements dans les infrastructures, échanges commerciaux, sécurité et stabilité régionale ont nourri des heures de dialogue entre les deux délégations réunies dans la Cuvette.
Mais l’essentiel, pour qui observe ces terres, se logeait ailleurs. Les deux dirigeants devaient évoquer des partenariats dans l’agriculture, l’énergie, les transports et la formation des jeunes. Autant de secteurs où le destin écologique de l’Afrique centrale se joue déjà.
L’agriculture, d’abord. Entre les rives congolaises et l’île rouge, les savoir-faire paysans se ressemblent et pourraient se féconder. Madagascar et le Congo partagent la fragilité de sols tropicaux et la quête d’une production qui nourrisse sans épuiser la fertilité de la terre.
L’énergie, ensuite. Dans une région où le fleuve Congo recèle un potentiel hydraulique immense, toute discussion sur les infrastructures énergétiques engage le rapport des sociétés à leurs ressources naturelles. Le choix des sources d’électricité dessine, en creux, une trajectoire environnementale.
De la Cuvette à Brazzaville, un agenda qui descend le fil de la coopération
L’agenda du colonel Randrianirina prévoyait aussi un déplacement vers Brazzaville. Plusieurs séances de travail techniques y étaient programmées avec des membres du gouvernement congolais, signe que les intentions affichées à Oyo cherchaient déjà leur traduction concrète.
Le chef de l’État malgache devait également rencontrer des opérateurs économiques et des responsables institutionnels. Ces échanges, plus discrets, sont souvent ceux qui décident du sort réel d’un partenariat, bien au-delà des photographies officielles et des poignées de main protocolaires.
Le transport, évoqué parmi les chantiers communs, n’est jamais neutre pour qui scrute les territoires. Routes, voies fluviales et liaisons aériennes structurent les mobilités, mais aussi la pression exercée sur les forêts et les milieux que ces axes traversent à travers le bassin.
La jeunesse, un horizon partagé entre deux rives tropicales
La formation des jeunes occupait elle aussi les discussions. Voilà sans doute le pari le plus durable. Car nulle politique de conservation, nulle agro-écologie, nulle gestion raisonnée de l’eau ne tient sans une génération outillée pour comprendre et défendre son environnement.
En misant sur la transmission des compétences, Congo et Madagascar esquissent une coopération qui ne se résume pas aux flux commerciaux. La jeunesse de la CEMAC et celle de l’océan Indien héritent des mêmes paysages menacés et des mêmes promesses encore ouvertes.
Des annonces attendues pour sceller des liens entre les peuples
La rencontre entre Denis Sassou-N’Guesso et Michaël Randrianirina devait déboucher sur plusieurs annonces relatives à la coopération bilatérale. L’enjeu affiché : renforcer durablement les liens tissés entre les peuples congolais et malgache, par-delà les distances.
Reste à savoir si ces déclarations sauront irriguer le terrain. Dans une Afrique centrale où nature et développement avancent parfois à contretemps, chaque partenariat se mesure à sa capacité à respecter la terre, les fleuves et celles et ceux qui en vivent.
À Oyo, la diplomatie a choisi le décor des savanes et des eaux de la Cuvette. Un cadre modeste, presque pédagogique, qui rappelle que les grandes coopérations se nouent aussi loin du tumulte, là où le paysage impose sa propre exigence aux hommes.
