Pointe-Noire, cité océane du Congo-Brazzaville, s’est offert cette semaine une parenthèse résolument tournée vers l’avenir. Du 6 au 10 juillet 2026, la ville portuaire accueille le troisième regroupement technique des territoires francophones pour l’économie sociale et solidaire, plus connu sous son nom court, Terr’ess.
C’est le préfet du département, Pierre Cébert Iboko Onangha, qui a donné le coup d’envoi des travaux le 6 juillet. Un geste inaugural qui, au-delà du protocole, place les collectivités locales au cœur d’une réflexion sur la manière de faire prospérer les territoires autrement.
Une économie pensée comme moteur, pas comme béquille
Dans les mots du préfet, une formule résume l’ambition de ces journées. « L’économie sociale et solidaire se présente non pas comme une alternative mais comme un moteur de croissance pérenne », a-t-il affirmé devant les participants réunis à Pointe-Noire.
La nuance a son poids. Longtemps reléguée au rang de solution de secours, l’économie sociale et solidaire revendique ici un rôle central. Elle ne comble pas les vides laissés par le marché classique : elle propose une autre façon de créer de la valeur, ancrée dans les besoins réels des populations.
Ce basculement de regard n’a rien d’anodin dans une région où le développement se joue souvent au plus près du terrain. Coopératives, associations, mutuelles et initiatives locales dessinent une trame économique où la solidarité n’est pas un supplément d’âme, mais une méthode de travail.
Un rassemblement d’acteurs venus de plusieurs horizons
Le troisième Terr’ess n’a rien d’un colloque confidentiel. Il mobilise un large éventail de participants, à commencer par les représentants des collectivités territoriales, premiers concernés par la fabrique quotidienne du développement local.
À leurs côtés siègent des institutions publiques, des organisations parlementaires et des experts venus partager méthodes et retours d’expérience. La diversité des profils reflète une conviction simple : le développement inclusif ne se décrète pas d’en haut, il se construit à plusieurs voix.
La jeunesse occupe une place particulière dans cette assemblée. Sa présence n’est pas symbolique. Elle traduit la volonté d’associer celles et ceux qui vivront demain avec les décisions prises aujourd’hui, et de leur donner des outils concrets pour agir.
La jeunesse congolaise, boussole des débats
Devant les participants, Pierre Cébert Iboko Onangha a fixé un cap clair. Il les a invités à capitaliser sur les bonnes pratiques et à bâtir des partenariats durables, avec une exigence en filigrane : que la jeunesse congolaise en soit la première bénéficiaire.
Cette insistance dit quelque chose d’un pays où la population jeune est nombreuse et en quête de perspectives. Miser sur l’économie sociale et solidaire, c’est parier sur des activités enracinées localement, moins dépendantes des grands cycles extérieurs et plus généreuses en emplois de proximité.
L’enjeu dépasse le seul cadre économique. Il touche à la manière dont un territoire retient ses forces vives, valorise ses savoir-faire et construit une cohésion qui résiste aux secousses. Autant de questions que ces cinq journées entendent défricher.
Une initiative portée par le réseau francophone
Le regroupement de Pointe-Noire ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans le programme de l’Association internationale des régions francophones, l’AIRF, dont l’ambition est de renforcer les compétences des collectivités locales en matière de développement économique.
Ce cadre francophone donne au rendez-vous une résonance qui dépasse les frontières congolaises. En rapprochant des territoires partageant une langue et, souvent, des défis comparables, il ouvre la voie à des coopérations où chacun apprend de l’expérience de l’autre.
Pour Pointe-Noire, accueillir cette troisième édition n’est pas neutre. La ville se positionne comme un point d’ancrage régional pour une réflexion qui mêle économie, gouvernance locale et durabilité, trois piliers rarement pensés ensemble avec autant d’insistance.
Des bonnes pratiques à transformer en partenariats
Au fil de la semaine, l’objectif affiché est double. Il s’agit d’abord de faire circuler les bonnes pratiques, ces solutions éprouvées ici ou là qui gagnent à être partagées plutôt que réinventées à chaque fois.
Il s’agit ensuite de traduire ces échanges en partenariats durables, capables de survivre à la clôture des travaux. Car l’écueil de ce type de rencontre est connu : de belles intentions qui s’évaporent une fois les lumières éteintes et les délégations reparties.
En plaçant la jeunesse et la durabilité au centre de son discours, le préfet semble vouloir prévenir ce risque. Reste désormais à observer, au sortir du 10 juillet, quelles réalisations concrètes germeront de ces journées ponténégrines consacrées à une croissance plus solidaire et mieux partagée.

