Sous les frondaisons de la Patte d’Oie, à Brazzaville, quatre-vingts jeunes plants ont pris racine le 9 juillet. Un chiffre choisi pour les quatre-vingts ans d’une école militaire, mais un geste tourné vers la forêt et son avenir.
Une réserve urbaine remise en végétation
La réserve forestière de la Patte d’Oie est l’un des rares poumons boisés de la capitale congolaise. C’est là que l’École militaire préparatoire général Leclerc a choisi de célébrer son anniversaire, non par une parade, mais par une plantation.
Sur une parcelle de vingt-cinq ares, les équipes ont mis en terre soixante Moabi et vingt Longhi blanc. Deux essences locales, patiemment associées, pour reconstituer un fragment de couvert forestier au cœur même de la ville.
Le Moabi et le Longhi, arbres du bassin du Congo
Le Moabi (Baillonella toxisperma) n’est pas un arbre ordinaire. Géant des forêts du bassin du Congo, il nourrit la faune, produit une huile précieuse et met parfois près d’un siècle à livrer toute sa majesté. Le planter, c’est semer pour les générations suivantes.
Le Longhi blanc (Gambeya lacoutiana), lui, compte parmi les essences appréciées de la région. Ses fruits attirent oiseaux et petits mammifères, tissant discrètement les fils d’une chaîne alimentaire forestière que l’urbanisation avait distendue.
Une plantation pensée comme un chantier écologique
Rien n’a été laissé au hasard. Les plants ont été disposés à cinq mètres les uns des autres, en lignes régulières, pour une densité de quatre cents tiges à l’hectare. Un maillage qui laisse à chaque arbre l’espace de grandir.
Pour donner aux jeunes pousses toutes leurs chances, les jardiniers ont eu recours à un hydro-rétenteur et à du compost organique. Le premier retient l’eau autour des racines durant la saison sèche, le second nourrit un sol appauvri par le temps.
Cette attention technique fait la différence entre une plantation symbolique et une reforestation qui dure. Sous les climats congolais, les premières semaines conditionnent la survie du plant, et donc la réussite de l’ensemble du chantier.
Le Congo, « bouclier écologique mondial »
Le commandant de l’établissement, le colonel-major Camille Serge Oya, a resitué le geste dans une ambition plus large. L’opération, a-t-il souligné, répond à l’appel du chef de l’État de faire du Congo « un bouclier écologique mondial ».
La formule dépasse l’événement. Le pays abrite une part majeure des forêts du bassin du Congo, deuxième massif tropical de la planète, précieux réservoir de carbone et de biodiversité. Chaque parcelle restaurée pèse dans cette balance mondiale.
Le ministre de la Défense nationale, Raymond Zéphirin Mboulou, et le haut commandement ont accompagné l’initiative. Une manière d’inscrire l’institution militaire dans un engagement environnemental visible, à hauteur de citoyen (adiac-congo.com).
Quatre-vingts années derrière chaque arbre
Fondée le 6 mars 1946, l’EMPGL a d’abord porté le nom d’« École des Enfants de Troupe Indigènes d’AEF-Cameroun » avant de traverser les époques coloniale, des indépendances, puis nationale. Elle accueille aujourd’hui des élèves de neuf nations africaines.
Autour de la plantation, l’établissement a aussi ouvert ses portes le 10 juillet. Démonstrations, visites guidées et une exposition de cent vingt photographies en huit séries ont réuni anciens élèves, familles et associations venues de tout le continent (adiac-congo.com).
Des racines qui parlent d’avenir
Reste l’essentiel : quatre-vingts arbres de plus dans une réserve urbaine trop souvent grignotée. À l’échelle du bassin, l’opération est modeste. À l’échelle d’un quartier de Brazzaville, elle redonne de l’ombre, de l’air et un peu de vie sauvage.
Le vrai rendez-vous se jouera dans les années à venir, quand ces jeunes plants auront pris de la hauteur. Un anniversaire se fête en un jour ; une forêt, elle, se compte en décennies. C’est peut-être là toute la portée du geste.




