Face aux crues qui isolent chaque année les villages de la Likouala, Catholic Relief Services, Caritas Impfondo et le ministère des Affaires sociales testent un projet pilote de préparation aux urgences. L’objectif tient en une idée simple : agir avant que l’eau ne monte.
Un département que l’eau vient visiter chaque année
Dans la Likouala, la saison des pluies n’a rien d’un événement exceptionnel. Les inondations reviennent, régulières, et rythment le quotidien de milliers de personnes. Elles ne surprennent plus personne. Elles n’en désorganisent pas moins la vie ordinaire des communautés.
Lorsque l’eau monte, des villages se retrouvent isolés. Les déplacements deviennent difficiles, les moyens d’existence sont perturbés, et les personnes déjà vulnérables le deviennent davantage. Le risque n’est pas seulement climatique : il est social, économique, profondément humain.
C’est précisément cette régularité qui rend l’anticipation possible. Un aléa qui revient chaque année se prépare. Encore faut-il que les communautés disposent des outils, des repères et des mécanismes nécessaires pour ne pas découvrir la crise au moment même où elle survient.
Trois partenaires pour un même projet pilote
Le projet repose sur une alliance à trois voix. Catholic Relief Services, plus connu sous le sigle CRS, en assure la mise en œuvre. Caritas Impfondo intervient comme partenaire. Le ministère des Affaires sociales et de l’Action humanitaire, le MASAH, complète le dispositif.
Ce triptyque n’est pas anodin. Il associe une organisation internationale, une structure enracinée dans le département et une administration nationale. Chacune apporte une échelle différente, de la coordination générale au contact direct avec les habitants concernés.
L’intitulé du projet dit l’essentiel : préparation aux urgences et réponse précoce aux inondations. Deux mots comptent. Préparation, parce que tout se joue en amont. Précoce, parce qu’une réponse tardive coûte toujours plus cher que celle engagée à temps.
Il s’agit d’un pilote. Autrement dit, d’une expérimentation menée sur un territoire donné, destinée à éprouver une méthode. La Likouala sert ici de terrain d’apprentissage, avec ce que cela suppose d’ajustements et d’enseignements à tirer.
Cartographier les risques avant la montée des eaux
La première étape s’est tenue à Brazzaville, du 25 au 27 août 2026. Trois jours durant, des représentants des équipes de CRS et de Caritas Impfondo se sont retrouvés autour d’un atelier consacré à la gestion communautaire des risques de catastrophes.
Le vocabulaire est technique, la démarche beaucoup moins. Il s’agissait d’identifier les risques et d’analyser les vulnérabilités locales, à l’aide d’exercices de cartographie et de simulation. Mettre les dangers sur une carte, puis imaginer leur survenue.
La cartographie oblige à nommer les choses : quels espaces sont exposés, quelles voies deviennent impraticables, quelles populations se retrouvent coupées du reste. La simulation, elle, teste les réflexes. Elle révèle les manques bien avant que l’eau ne les révèle.
Le mot « communautaire » n’est pas décoratif. La méthode part du principe que les habitants connaissent leur territoire mieux que quiconque. Leur savoir devient une matière première, au même titre que les cartes ou les protocoles d’intervention.
Mesurer, écouter, corriger : le socle du dispositif
Un deuxième atelier, organisé du 7 au 9 septembre, a porté sur le système de suivi, d’évaluation, de redevabilité et d’apprentissage du projet. Une étape moins visible, souvent reléguée au second plan, et pourtant décisive pour la suite.
Ces trois journées ont permis de définir les indicateurs de performance. Sans eux, impossible de dire si le projet fonctionne vraiment. On saurait qu’il existe, sans savoir ce qu’il produit concrètement pour les communautés visées.
L’atelier a également établi les mécanismes de retour d’information des communautés. Le principe est simple et rarement appliqué : permettre aux personnes concernées de dire ce qui va, ce qui ne va pas, et d’être réellement entendues.
La redevabilité renverse la perspective habituelle. Un projet humanitaire ne rend pas seulement des comptes à ceux qui le financent, mais aussi à celles et ceux qu’il entend servir. L’apprentissage, lui, suppose d’accepter de corriger le tir en cours de route.
Le terrain, épreuve de vérité de l’initiative
Une mission de terrain est actuellement menée dans la Likouala. Elle poursuit trois objectifs : présenter l’initiative aux autorités locales, confirmer les villages d’intervention et engager les premiers échanges avec les populations concernées.
Présenter aux autorités locales, d’abord, parce qu’aucun dispositif ne tient durablement sans l’adhésion de celles et ceux qui administrent le territoire au quotidien.
Confirmer les villages, ensuite. Un projet pilote ne peut couvrir l’ensemble du département. Le choix des localités engage la suite, et la pertinence du dispositif dépendra largement de la justesse de cette sélection.
Engager les échanges avec les habitants, enfin. C’est sans doute l’étape la plus délicate. Un plan de préparation conçu à distance reste une intention. Approprié par les villages, il devient un réflexe collectif.
Une autre manière de regarder la crue
Entre août et septembre 2026, ces étapes ont marqué le démarrage de l’initiative. Elles traduisent une évolution des pratiques : on ne se contente plus d’attendre la catastrophe pour y répondre, on organise la réponse en amont.
Dans un département où l’eau revient chaque année, cette logique change la nature du rendez-vous. La crue, elle, restera. L’isolement, la désorganisation et la vulnérabilité qui l’accompagnent le seront peut-être un peu moins.


