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Un héritage militaire toujours vivant

Il flotte dans les couloirs du Palais des congrès de Brazzaville un parfum singulier mêlant discipline martiale et nostalgie estudiantine. Huit décennies après sa fondation, l’École militaire préparatoire général Leclerc (EMPGL) demeure un marqueur identitaire majeur pour plusieurs générations de cadres congolais. À l’origine, l’institution avait pour mission d’offrir aux jeunes garçons une formation académique et militaire destinée à constituer une élite patriote ; elle a, depuis, imprégné la vie politique, diplomatique et économique du pays. Les anciens enfants de troupe, plus communément désignés par l’acronyme AET, revendiquent aujourd’hui une posture citoyenne où la mémoire collective se conjugue à une volonté d’influence positive sur la société contemporaine.

Brazzaville célèbre la continuité des AET

Dans cette perspective mémorielle, l’assemblée générale du 6 juillet 2025 a pris des accents de rituel républicain. Installés sous les lambris de la salle des conférences internationales, officiers en tenue, diplomates et universitaires ont assisté à la réélection de Rémy Ayayos Ikounga à la présidence du Bureau exécutif national. L’intéressé, ancien ministre et personnalité respectée des milieux éducatifs, a livré un discours concis où transparaissait le poids de la responsabilité : « Je fais le serment d’assurer avec honneur et dignité la mission de conduire notre navire à bon port », a-t-il déclaré, rappelant implicitement la devise gravée dans la mémoire des promotions successives : discipline, loyauté, dépassement de soi.

Le nouveau mandat s’appuie sur une équipe élargie où l’on retrouve notamment Armel Nzoulani à la vice-présidence, René Nganongo au secrétariat général, ou encore Michel Zamba en charge de la communication. Le rapport moral et financier couvrant la période 2022-2025, approuvé sans réserve, fait état d’une gouvernance jugée rigoureuse par la commission de contrôle présidée par Alexandre Dzabatou. Cette validation constitue un signal fort envoyé aux partenaires publics et privés, soucieux de transparence et d’efficacité dans la conduite des projets mémoriels.

Vers le 80ᵉ anniversaire de l’EMPGL

Au cœur des travaux, la perspective du 80ᵉ anniversaire de l’EMPGL, programmé pour 2026, s’impose comme horizon mobilisateur. Rémy Ayayos Ikounga a invité ses pairs à « raffermir les rangs » pour valoriser l’héritage de l’école et l’inscrire dans les politiques publiques de jeunesse. L’enjeu dépasse la simple commémoration : il s’agit d’un temps fort de diplomatie culturelle interne destiné à fédérer les différentes promotions, mais aussi un outil de soft power national. Les ministères de la Défense, de l’Enseignement supérieur et de la Culture sont appelés à soutenir l’événement, perçu comme un vecteur d’exemplarité pour la jeunesse congolaise en quête de repères civiques.

Les préparatifs intègrent déjà plusieurs volets : exposition itinérante retraçant la chronologie de l’EMPGL, séminaires d’historiens africains spécialisés en pédagogie militaire, cérémonies de distinctions honorifiques pour les anciens élèves ayant marqué la vie publique. Autant d’initiatives qui, selon le vice-président Armel Nzoulani, « permettront de tisser un pont entre discipline académique et innovation citoyenne ».

Une voix panafricaine qui se consolide

L’extension du rayonnement des AET se joue désormais au-delà des frontières. Depuis la création, en 2023, de la Fédération des anciens enfants de troupe d’Afrique (FAET), présidée en exercice par le même Rémy Ayayos Ikounga, le Congo-Brazzaville se trouve à l’avant-garde d’un réseau continental de sociabilités militaires. La FAET fédère à ce jour treize associations nationales et ambitionne de devenir un interlocuteur de référence sur les questions de formation civique des jeunes Africains. Cette dimension internationale offre, pour Brazzaville, un levier supplémentaire d’influence douce cohérent avec la stratégie régionale de coopération sécuritaire.

Plus concrètement, des programmes d’échanges inter-académies et des séminaires de leadership sont envisagés sous l’égide de la FAET. Ils doivent, selon René Nganongo, « partager des bonnes pratiques de résilience communautaire et d’engagement citoyen ». Dans le contexte de la Zone de libre-échange continentale africaine, la circulation des cadres issus d’écoles préparatoires militaires pourrait constituer un capital social précieux, notamment pour la gouvernance des projets transfrontaliers.

Défis et perspectives d’un mandat de trois ans

En dépit de l’élan symbolique, plusieurs défis se profilent pour le Bureau exécutif national. Le premier concerne la pérennisation du financement des activités socioculturelles, dans un environnement macroéconomique soumis aux fluctuations des cours des matières premières. Le second tient à la modernisation de la communication afin d’attirer les jeunes promotions formées à l’ère numérique : la création d’une plateforme interactive destinée à recenser les compétences des AET fait déjà l’objet d’une étude pilote portée par Serge Eugène Ghoma Boubanga. Enfin, la consolidation des mécanismes d’entraide sociale figure parmi les priorités de Marcel Mabiala, chargé des affaires sociales, qui plaide pour l’instauration d’un fonds de solidarité intergénérationnelle.

Le président réélu demeure confiant. Au terme de l’assemblée, il a souligné que « la conjonction des expertises civiles et militaires constitue un atout incomparable pour accompagner le programme de développement national ». La phrase résonne comme un rappel de la contribution historique des AET à la stabilité institutionnelle du Congo-Brazzaville. À l’heure où les impératifs de cohésion sociale et de diplomatie régionale s’entremêlent, l’association entend s’inscrire dans une logique de partenariat constructif avec les autorités, fidèle à sa vocation première : former des citoyens d’honneur au service de la nation et, désormais, du continent.

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