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Une dépendance historique à reconfigurer

À l’heure où le baril joue les montagnes russes, le Congo-Brazzaville, quatrième producteur subsaharien, sait que la rente pétrolière ne constitue plus un socle indéfiniment fiable pour la stabilité macro-économique. La présidence, qui a fait de la diversification un axe majeur du Plan national de développement, martèle depuis plusieurs années la nécessité d’un nouveau modèle. Le calendrier mondial de la décarbonation accélère cette injonction. C’est dans ce contexte que la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH) a organisé deux tables rondes consultatives sur « l’après-pétrole », à Pointe-Noire du 16 au 17 juin, puis à Brazzaville du 10 au 11 juillet 2025, avec le parrainage du ministère de l’Environnement.

Le rôle discret mais déterminant de la société civile

La RPDH, connue pour son approche résolument constructive, a mobilisé plus d’une centaine de participants issus des administrations, du secteur privé, des organisations communautaires et des médias. En amont, l’ONG avait conduit des consultations auprès des populations riveraines des zones d’exploitation ainsi que des peuples autochtones, garantissant une représentativité rarement atteinte dans les forums économiques classiques. « La diversification n’est pas seulement un objectif, c’est une question de survie », a rappelé son coordonnateur national, Christian Mounzéo, soulignant que la valeur ajoutée sociale devait primer sur la seule équation budgétaire.

Une feuille de route née du dialogue multipartite

À l’issue de deux journées de débats parfois vifs, les participants ont arrêté une matrice d’actions mêlant impératifs environnementaux, critères de justice sociale et opportunités de marché. Madame Résine Olga Ossombo Mayela, directrice générale du développement durable, a salué un « exercice de planification partagée qui anticipe les aléas du marché mondial ». La feuille de route propose, entre autres, l’extension du mix électrique vers le solaire et l’hydro-électricité, l’incitation fiscale aux agro-industries à faible empreinte carbone et la montée en puissance des filières du bois transformé localement. Le document insiste sur la nécessité d’un mécanisme de suivi indépendant, reflet d’une gouvernance modernisée et tournée vers les résultats.

Financements et appuis techniques internationaux

La transition n’aurait guère de crédibilité sans ressources. Le projet PAPCO, première étape de ce vaste chantier, a bénéficié de l’appui technique d’Energy Transition Fund et du soutien financier de la Fondation Rockefeller. Les autorités, soucieuses de préserver la souveraineté économique, s’emploient à calibrer des partenariats qui conjuguent capital étranger, savoir-faire local et transferts de technologies. Dans les couloirs de la conférence de Brazzaville, plusieurs diplomates ont relevé la cohérence entre cette approche et la vision prônée par le président Denis Sassou Nguesso lors du dernier Sommet africain sur le climat, où il appelait à « une alliance équilibrée avec les bailleurs pour préserver nos intérêts et notre biodiversité ».

Les secteurs porteurs identifiés par les acteurs

Au-delà de l’énergie, les débats ont mis en lumière un potentiel agricole encore inexploité, en particulier dans la filière cacao-café du Niari et l’horticulture périurbaine de Brazzaville. Le numérique, avec la montée en charge du point d’atterrissement du câble 2Africa, est également cité comme levier d’emplois qualifiés pour la jeunesse urbaine. Enfin, la valorisation des écosystèmes forestiers par les crédits carbone est perçue comme un moyen de monétiser la préservation environnementale tout en intégrant les communautés rurales. Ces orientations, adossées à des études de faisabilité déjà disponibles, constituent la trame opérationnelle que le gouvernement entend traduire dans le prochain budget programme.

Un défi d’exécution sous le regard des partenaires

Comme souvent dans l’histoire économique congolaise, l’enjeu n’est plus la formulation des politiques mais leur mise en œuvre continue. Les signataires de la feuille de route ont prévu un mécanisme de revue annuelle associant Parlement, Cour des comptes et société civile, afin de réduire le décalage entre intentions et réalisations. Les autorités affichent leur confiance : la stabilité institutionnelle, la stratégie de réduction de la dette et l’adhésion d’une majorité d’acteurs économiques constituent, selon elles, un terreau favorable. Les observateurs, eux, retiennent que l’amorce d’un consensus national sur l’après-pétrole est déjà, en soi, un tournant pour le pays.

Perspectives et responsabilité collective

La transition énergétique congolaise ne se décrètera pas par une simple loi : elle dépendra d’une pédagogie permanente, d’investissements soutenus et d’un partage équitable des bénéfices. L’histoire récente montre que les filières émergentes prospèrent lorsqu’elles s’ancrent dans les réalités sociales et écologiques du territoire. Les tables rondes de Pointe-Noire et Brazzaville auront au moins réussi à placer la question au cœur de la sphère publique, en phase avec les orientations nationales. Le pari reste ambitieux, mais l’alignement des forces vives, conjugué aux engagements internationaux, offre au Congo-Brazzaville l’opportunité d’écrire une page d’économie durable à laquelle les générations futures pourront se référer avec confiance.

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