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Une régulation longtemps attendue

Le transfert d’argent, longtemps considéré comme un simple auxiliaire du commerce informel, connaît au Congo-Brazzaville une mutation décisive. Après deux années de campagnes d’information menées de Brazzaville à Pointe-Noire, l’Agence de régulation des transferts de fonds (ARTF) choisit désormais la voie coercitive. Devant un parterre d’opérateurs réunis à la mairie de Moungali, le directeur général Basile Jean Claude Bazebi a martelé qu’« aucun acteur ne demeurera à la périphérie de la loi ».

Cette inflexion, loin d’être brusque, s’inscrit dans la continuité d’une politique publique prônant la formalisation des circuits financiers, indispensable à la lutte contre le blanchiment et le financement illicite, ainsi qu’à l’élargissement de l’assiette fiscale. Les représentants municipaux et religieux, présents aux côtés du directeur général, ont salué un tournant qu’ils estiment « conforme à l’intérêt général ».

Le cadre légal se précise

L’arsenal juridique évoqué par la direction de l’ARTF trouve son origine dans la loi du 4 avril 2012, complétée par les dispositions de la loi de finances 2025. Les sanctions, graduées mais substantielles, oscillent entre 20 et 50 millions de francs CFA, assorties de la fermeture pure et simple des points de service clandestins. Au-delà du montant, l’innovation réside dans l’interdiction définitive d’exercer frappant les dirigeants pris en flagrant délit d’irrégularité.

Cette sévérité répond à une logique de crédibilisation de l’écosystème financier national. La Banque des États de l’Afrique centrale, partenaire naturel du projet, observe avec intérêt l’évolution d’un marché dont le volume dépasse déjà, selon les estimations officieuses, 400 milliards de francs CFA annuels. Dans un contexte régional où les risques cyberfinanciers se multiplient, l’harmonisation normative devient un impératif de sécurité collective.

Objectif : sécuriser et fiscaliser

Au-delà de la menace d’amendes, la stratégie de l’ARTF repose sur la coopération. Les opérateurs disposent d’un délai considéré comme raisonnable pour déposer leurs dossiers d’agrément. « Nous ne chassons pas la valeur ajoutée, nous encadrons son déploiement », insiste un cadre de l’agence. Les microfinances et les banques commerciales y voient l’opportunité d’élargir leurs portefeuilles clients, à condition que la transition vers la conformité ne pénalise pas la fluidité des transactions.

Pour le ministère des Finances, l’enjeu est double : sécuriser les flux entrants – notamment les remises de la diaspora, estimées à plus de 2 % du PIB – et capter une portion substantielle de la valeur transitant jusque-là hors radar. L’impôt indirect issu des commissions, combiné au mécanisme de TVA, pourrait, selon des projections internes, générer plusieurs dizaines de milliards de francs CFA supplémentaires dès 2026.

Enjeux macroéconomiques et diplomatiques

L’assainissement du secteur revêt également une dimension géopolitique. Alors que les partenaires internationaux insistent sur la transparence financière comme préalable à l’appui budgétaire, Brazzaville entend se conformer aux standards du Groupe d’action financière. Les diplomates occidentaux, souvent critiques face aux lenteurs administratives, saluent aujourd’hui « un signal sérieux » envoyant la preuve d’une volonté de modernisation.

Par ailleurs, la digitalisation croissante des paiements place le Congo devant un défi d’interopérabilité régionale. L’autorité de régulation veut éviter « l’effet frontière », ce glissement de capitaux vers des juridictions plus permissives. En édictant des règles claires et en garantissant l’égalité de traitement entre opérateurs locaux et étrangers, le pays cherche à se positionner en pôle logistique des transactions monétaires d’Afrique centrale.

Perspectives d’ici 2027

La feuille de route officielle table sur un basculement quasi total vers la conformité avant 2027. L’ARTF ambitionne de devenir « vecteur de mobilisation des ressources pour le développement », selon les termes du DG Bazebi. Concrètement, il s’agit d’adosser la croissance du numérique financier à la stratégie de diversification économique portée par le Plan national de développement. Des discussions sont déjà engagées avec les sociétés de télécommunications afin d’intégrer un module de reporting automatique, gage de traçabilité et de rapidité dans la collecte des taxes.

Le succès de cette réforme dépendra toutefois de la capacité des autorités à conjuguer rigueur et pédagogie. Les observateurs notent que la population reste attachée aux guichets informels pour des raisons de proximité culturelle et de coûts. La transparence tarifaire, la simplification des formulaires et la sécurité des données seront donc déterminantes pour convaincre ces usagers de franchir le pas.

En dernière analyse, l’approche graduée – sensibilisation, ultimatum, sanctions – illustre une gouvernance qui se veut à la fois ferme et inclusive. Si la mise en œuvre tient ses promesses, le Congo pourrait non seulement renforcer sa souveraineté financière, mais aussi servir de laboratoire sous-régional en matière de régulation des transferts digitaux.

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