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Patrimoine biologique menacé

De la savane côtière aux forêts denses du bassin du Congo, la République du Congo détient l’une des mosaïques biologiques les plus riches d’Afrique centrale.

Face à l’érosion silencieuse de cette biodiversité, Brazzaville vient d’entériner la Stratégie et le Plan d’Actions National de la Biodiversité, ou Spanb, pour la période 2025-2030.

Le document, validé le 17 août lors d’un atelier rassemblant ministères, collectivités, chercheurs et ONG, se veut la feuille de route écologique du pays pour la décennie à venir.

Un cap politique clarifié

La ministre de l’Environnement, Arlette Soudan-Nonault, a salué « un référentiel commun » capable d’orienter les politiques sectorielles, de l’agriculture à l’urbanisme, en passant par la santé publique.

Sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso, le texte réaffirme que la protection de la diversité biologique n’est pas antinomique avec la croissance, mais en constitue l’un des piliers.

Concertation multisectorielle inédite

Lancées en février 2024, les consultations ont sillonné douze départements, recueillant les doléances des éleveurs, des pêcheurs, des chefs coutumiers et des jeunes entrepreneurs numériques.

Ce maillage territorial a permis d’ajuster les objectifs aux réalités locales, qu’il s’agisse de la cohabitation avec la faune emblématique dans la Sangha ou de l’accès aux semences forestières dans le Kouilou.

Alignement avec les agendas globaux

Le Spanb intègre les cibles du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal, notamment la conservation de 30 % des terres et des eaux d’ici 2030.

Il inscrit également les indicateurs de l’Agenda 2030, comme la réduction de moitié du gaspillage alimentaire ou la restauration des zones humides dégradées.

Pour le conseiller du PNUD Hollande Nziendolo, cette cohérence « confère au Congo un rôle moteur dans la consolidation de l’axe climat-biodiversité en Afrique centrale ».

Les attentes des partenaires techniques

Le Fonds pour l’environnement mondial et la Banque africaine de développement envisagent déjà des guichets spécifiques pour soutenir les projets émergents du Spanb, à commencer par la cartographie génétique des variétés endémiques.

Les ONG congolaises, elles, insistent sur la nécessité de financer la sensibilisation rurale, souvent plus décisive que l’équipement scientifique dans la lutte contre la déforestation artisanale.

Un levier socio-économique local

Le gouvernement table sur la valorisation des savoirs traditionnels pour créer des chaînes de valeur, notamment dans la pharmacopée et l’agroforesterie, secteurs déjà prisés par les start-up installées à Oyo et Pointe-Noire.

« Il n’y aura de protection durable sans retombées économiques visibles », prévient Rosine Olga Mayela Ossombi, directrice générale du Développement durable, rappelant que 80 % des zones rurales dépendent des ressources biologiques pour leur subsistance.

Financement et gouvernance

Le budget prévisionnel s’élève à 210 milliards de francs CFA sur six ans, financés à 40 % par l’État, 35 % par les bailleurs internationaux et 25 % par des partenariats public-privé.

Un comité interministériel, placé sous l’autorité du Premier ministre, assurera le suivi annuel des indicateurs, tandis qu’une plateforme numérique ouverte publiera en temps réel les données de mise en œuvre.

Prochaines étapes opérationnelles

Dès octobre, trois projets pilotes démarreront : la restauration de mangroves à Loango, la création d’un corridor écologique entre les parcs d’Odzala et de Nouabalé-Ndoki, et un programme d’apiculture durable dans le Niari.

Le gouvernement mise sur ces premiers succès pour attirer de nouveaux fonds lors de la COP16 biodiversité, prévue à Cali en 2024, où le Congo entend présenter un rapport d’étape complet.

Pour les diplomates basés à Brazzaville, le Spanb offre enfin un narratif structuré, associant stabilité politique et responsabilité environnementale, susceptible de renforcer l’attractivité du pays dans les négociations climatiques et d’investissements verts.

Reste désormais à transformer les engagements écrits en actions tangibles, sous l’œil attentif des communautés locales et de la communauté internationale, convaincues que la biodiversité congolaise est l’un des derniers remparts vivants contre le dérèglement mondial.

Recherche et innovation écologique

L’université Marien-Ngouabi prépare la mise en place d’une banque de gènes cryoconservés, destinée à sécuriser le matériel végétal rare et à favoriser l’émergence de variétés adaptées aux changements climatiques.

En parallèle, un consortium de start-up locales développe des capteurs à énergie solaire capables de détecter en temps réel les signaux acoustiques des tronçonneuses illégales, technologie déjà testée dans la forêt de Kabo.

Diplomatie verte renforcée

Depuis la Déclaration de Brazzaville sur les forêts du bassin du Congo, signée en 2021, le pays multiplie les rencontres bilatérales avec l’Union européenne, la Chine et les États-Unis pour mutualiser les financements et les outils de suivi satellitaire.

La validation du Spanb fournit aux chancelleries un cadre de référence précis, facilitant la traçabilité des engagements et ouvrant la voie à des mécanismes de paiement pour services écosystémiques, actuellement en discussion avec la Banque mondiale.

À la veille du soixantième anniversaire de l’indépendance, Brazzaville entend ainsi montrer que la souveraineté nationale peut rimer avec responsabilité planétaire, une équation que l’Afrique centrale place désormais au cœur de son agenda collectif.

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