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Brazzaville face au défi des pluies intenses

Chaque saison humide ramène son cortège d’inondations dans les quartiers populaires de Brazzaville. Les collecteurs bouchés débordent, les habitats sont envahis et les maladies hydriques se propagent. Les autorités veulent rompre ce cycle en s’attaquant d’abord aux ordures qui obstruent les canaux.

Le ministère de l’Assainissement urbain place la prévention au cœur de sa réponse. « La pluie n’est pas l’ennemie, c’est l’incivisme qui l’est », a expliqué le ministre Juste Désiré Mondelé en lançant la nouvelle campagne (Journal de Brazza, 29 août 2025).

À quelques semaines des premières averses, l’urgence est palpable : plus le curage commence tôt, moins la ville risquera les crues éclair qui déstabilisent la vie économique et sociale des arrondissements méridionaux.

Curage express des grands collecteurs

L’opération lancée le 29 août a d’abord ciblé Makélékélé et Bacongo, deux arrondissements traversés par de vastes collecteurs historiques. Des pelleteuses ont retiré des tonnes de déchets ménagers, de débris plastiques et de végétaux compactés depuis plusieurs saisons.

Sur le site de Zanga Dia Ba Ngombe, les équipes techniques ont travaillé jour et nuit pour dégager plus de deux kilomètres de canalisation. « Nous avons découvert des matelas, des carcasses de téléviseurs et même des carcasses de motos », confie un ingénieur de chantier, stupéfait par l’ampleur de l’encombrement.

Des pancartes flambant neuves avertissent désormais : « Ne jetez rien ! Sanctions immédiates ». Le visuel, simple et multilingue, a été pensé pour être compris par tous les passants, y compris les enfants qui traversent les ponts improvisés au-dessus du collecteur.

Le même dispositif se déploie simultanément sur les axes Mfoa et Madoukou-Tsiekelé. L’objectif officiel est de libérer trente kilomètres de canaux avant la mi-octobre afin de rétablir la circulation naturelle des eaux pluviales vers le fleuve Congo.

Sanctionner pour éduquer durablement

Le ministre Mondelé insiste : la phase de simple sensibilisation est terminée. Toute personne prise en flagrant délit de dépôt sauvage sera conduite au commissariat pour une « leçon d’hygiène et de morale », suivie de travaux d’intérêt général consistant à nettoyer les mêmes collecteurs souillés.

Cette peine alternative, testée depuis un an dans certains quartiers pilotes, semble porter ses fruits. « Les récidives chutent de 60 % lorsqu’un citoyen passe ne serait-ce qu’une matinée à retirer les détritus des fossés », observe une sociologue de l’université Marien-Ngouabi, spécialisée dans les comportements urbains.

Les autorités misent sur une responsabilisation communautaire. Les comités de voisinage reçoivent des registres pour signaler anonymement les dépôts clandestins. Le dispositif repose donc autant sur le contrôle institutionnel que sur la pression sociale positive.

En parallèle, la mairie de Brazzaville prévoit de doubler le nombre de bacs de collecte officiels, estimant qu’une partie des incivilités provient encore d’un manque de points d’apport volontaire accessibles.

Vers une économie circulaire des déchets

Au-delà du curage, le plan gouvernemental entend accompagner la filière de recyclage naissante. Les plastiques récupérés dans les canaux sont compactés sur place avant d’être acheminés vers une usine de transformation à Kintélé, inaugurée l’an dernier avec un soutien public-privé.

Cette valorisation crée des emplois verts et réduit la pression sur la décharge de Mpila. « Chaque bouteille qui ressort du collecteur est une ressource potentielle, pas un rebut », souligne le directeur technique de l’usine, qui table sur 3 000 tonnes de matière première annuelle.

Les résidus organiques, eux, seront compostés pour fertiliser les espaces verts urbains. La municipalité espère ainsi verdir les talus le long de l’avenue de la Paix, améliorant à la fois l’esthétique et la résilience climatique des sols.

Les partenaires internationaux, dont l’Agence française de développement, appuient financièrement la logistique du tri. Ils saluent une démarche alignée sur les Objectifs de développement durable, spécialement le volet 11 relatif aux villes durables.

Citoyens acteurs de la transition urbaine

La réussite du programme repose sur l’appropriation populaire. Des séances de théâtre de rue, diffusées sur les marchés, mettent en scène les conséquences d’un sac plastique jeté dans un égout : bouchon, inondation, maladie, perte économique. Le scénario se conclut par un geste simple : déposer le déchet dans une poubelle.

Dans les écoles primaires, des clubs verts animent des concours de collecte sélective. Les enfants rapportent des bouteilles consignées et repartent avec des fournitures. Cette pédagogie ludique vise à installer des comportements durables dès le plus jeune âge.

Les leaders religieux appellent également à la responsabilité. Lors du dernier office, un pasteur de Bacongo a rappelé que « protéger la création commence à notre porte », liant ainsi la dimension spirituelle à l’hygiène publique.

À terme, le ministère prévoit de publier des indicateurs trimestriels : linéaires de collecteurs curés, volumes recyclés, nombre de contrevenants réinsérés. Ces données permettront d’ajuster la stratégie et de consolider la confiance entre habitants et institutions.

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