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Un chantier urbain suivi de près

Le 13 août, le ministre de l’Assainissement urbain, du Développement local et de l’Entretien routier, Juste Désiré Mondelé, a sillonné les principales artères de la capitale congolaise pour mesurer l’avancement de l’opération spéciale de nettoyage et de déguerpissement lancée début juillet.

Du boulevard Denis-Sassou-Nguesso aux avenues Fulbert-Youlou et Edith-Lucie-Bongo-Ondimba, l’expédition a permis de vérifier la disparition de dépôts anarchiques, la remise en état des trottoirs et la fluidité retrouvée d’une circulation souvent entravée par le commerce informel.

Au terme du circuit, le membre du gouvernement a exprimé « une satisfaction prudente », soulignant que le plus difficile reste la pérennisation des acquis, étape qui distingue une campagne ponctuelle d’une véritable réforme urbaine.

Capitale plus propre, indicateur sociologique

Les sociologues urbains soulignent que la propreté d’un centre-ville fonctionne comme un marqueur de cohésion sociale et de confiance envers les institutions. L’amélioration observée à Brazzaville traduit, selon eux, une convergence d’intérêts entre autorités, partenaires techniques et tissu associatif.

Les équipes municipales appuyées par l’opérateur Albayrak ont intensifié la collecte mécanique, tandis que les comités de quartiers ont organisé des journées citoyennes, rappelant que l’entretien du domaine public procède d’une responsabilité partagée.

« Le changement est visible parce que la population a compris que vider sa poubelle sur la chaussée pénalise tout le monde », résume Mireille Bifouta, chercheuse à l’université Marien-Ngouabi, pour qui l’opération constitue un test grandeur nature de mobilisation communautaire.

Assainissement et santé publique

L’épidémie de choléra qui touche plusieurs départements depuis juin rappelle la corrélation directe entre insalubrité et maladies hydriques. En réduisant les déchets stagnants, la ville espère faire baisser le risque épidémiologique, un objectif que soutient le ministère de la Santé.

Les données préliminaires du programme de surveillance épidémiologique montrent déjà une diminution des consultations pour diarrhées aiguës dans les centres de Makélékélé et Poto-Poto, mais les experts restent prudents, le choléra étant sensible aux variations pluviométriques prévues en octobre.

Le Dr Alain Ngoma, infectiologue, insiste sur la dimension préventive : « Une ville propre équivaut à une barrière sanitaire permanente, moins coûteuse que des campagnes massives de traitement curatif ».

Lumière et sécurité, un tandem stratégique

Parallèlement au ramassage des ordures, près de 1 200 lampadaires LED ont été installés ou réhabilités sur les boulevards Alfred-Raoul et de la Corniche sud, renforçant la visibilité nocturne et la perception de sécurité des usagers.

La police signale une baisse de 18 % des vols à l’arraché dans les zones nouvellement éclairées, un indicateur encourageant pour les commerçants qui prolongent désormais leurs horaires, dynamisant l’économie nocturne locale.

Cependant, les actes de vandalisme sur le réseau demeurent un défi. Le gouvernement envisage d’associer les associations de jeunes à la surveillance de proximité, préfigurant une gouvernance participative de l’équipement public.

Une coordination interinstitutionnelle testée

L’opération spéciale mobilise cinq ministères, la préfecture de Brazzaville et la force publique pour le volet déguerpissement. Cette coordination illustre la méthode « action conjointe » promue depuis 2021 dans le Plan national de développement.

Les observateurs saluent une articulation plus fluide entre réglementation et action de terrain ; auparavant, l’empilement de compétences retardait l’enlèvement d’installations illicites. Désormais, une cellule de crise hebdomadaire tranche les litiges en moins de quarante-huit heures.

Pour le politologue Francis Mabiala, ce dispositif « consolide la légitimité de l’État, sans recourir à des mesures coercitives excessives », un équilibre jugé déterminant à l’approche des échéances municipales de 2024.

Après les célébrations, quelles perspectives ?

Les festivités du 15 août, marquant le 65ᵉ anniversaire de l’indépendance, constituent un jalon symbolique ; le gouvernement souhaite que l’effort d’assainissement se transforme en norme quotidienne plutôt qu’en embellie circonstancielle.

Un projet de règlementation sur la gestion des déchets ménagers, actuellement en consultation publique, prévoit d’instaurer une taxe incitative différenciée selon la fréquence de collecte et le tri à la source, encouragé par des bonus tarifaires.

À terme, les autorités ambitionnent de faire de Brazzaville une vitrine régionale de résilience urbaine, combinant salubrité, éclairage intelligent et participation citoyenne. Le suivi longitudinal attendu en 2024 permettra d’évaluer la durabilité des transformations engagées.

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