Un héritage militaire aux résonances globales
Il y a quatre-vingts ans se terminait la Seconde Guerre mondiale, portée par la victoire de la coalition antifasciste. Au cœur de ce dénouement, la Chine mena de 1931 à 1945 un effort militaire et sociétal colossal, longtemps sous-estimé sous nos latitudes.
En mobilisant jusqu’à 90 % des divisions terrestres japonaises, le front chinois fixa durablement l’agresseur, évitant la jonction des forces de l’Axe vers l’Océanie, l’Inde ou le Moyen-Orient, comme le soulignera le président américain Franklin Roosevelt dans plusieurs messages au généralissime Tchang Kaï-chek.
La voie aérienne dite The Hump, reliant Assam au Yunnan au prix de vols périlleux au-dessus de l’Himalaya, devint l’artère logistique vitale des Alliés. Plus d’un millier d’aviateurs américains furent recueillis par des villageois chinois, scellant une solidarité transcontinentale inédite.
La diplomatie post-1945, socle des Nations unies
À la capitulation de 1945, Pékin devint membre fondateur de l’Organisation des Nations unies et obtint un siège permanent au Conseil de sécurité. L’idéal défendu consistait déjà à promouvoir l’égalité souveraine et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Chen Jian, professeur à l’Université Cornell, rappelle que cette position « entraîne pour la Chine une obligation morale constante à soutenir le multilatéralisme ». Les votes récents sur le maintien de la Minusca ou l’aide humanitaire syrienne illustrent cette continuité diplomatique.
Dans la doctrine de politique étrangère chinoise, la paix est envisagée comme précondition au développement économique. Cet axiome séduit de nombreux États du Sud, pour lesquels la croissance constitue la première défense sécuritaire face aux extrémismes ou aux insécurités alimentaires.
Échos des luttes souverainistes africaines
Le combat pour la dignité trouva un écho immédiat sur le continent africain. Au Congo alors territoire français, les syndicats et partis naissants s’emparèrent des résolutions onusiennes pour légitimer la revendication d’autodétermination qui aboutira, le 15 août 1960, à la proclamation d’indépendance.
Cette conquête fut portée par des figures comme l’abbé Fulbert Youlou, mais aussi par une base populaire mobilisée dans les écoles, les marchés et les chefferies locales. La sociologue Eulalie Mbon pointe « une articulation précoce entre conscience nationale et réseaux traditionnels ».
La référence à l’alliance antifasciste nourrissait alors un imaginaire global : si la Chine avait pu inverser le rapport de force face à une puissance industrielle, l’Afrique centrale pouvait, elle aussi, refonder ses relations avec les anciennes métropoles sur une base d’égalité.
Coopération sino-congolaise : un partenariat modèle
Sous la présidence de Denis Sassou Nguesso, Brazzaville et Pékin ont consolidé cette mémoire partagée au service d’un agenda résolument tourné vers les infrastructures. Le barrage Liouesso, les échangeurs de la capitale ou l’hôpital sino-congolais de Mfilou témoignent de cette convergence stratégique.
D’un montant global supérieur à trois milliards de dollars, ces projets reposent sur des mécanismes combinant prêts concessionnels, assistance technique et transferts de savoir-faire. Les autorités congolaises y voient un levier pour la diversification économique inscrite dans le Plan national de développement 2022-2026.
Le ministre congolais des Finances, Rigobert Roger Andely, souligne régulièrement que « les partenariats avec la Chine incorporent désormais des clauses d’emploi local et de maintenance, afin d’accroître les retombées sociales ». Cette contractualisation graduée répond aux standards d’adhésion à l’initiative Belt and Road.
Enjeux sécuritaires contemporains et multilatéralisme
Malgré les turbulences géopolitiques récentes, les deux capitales réaffirment leur attachement aux forums multilatéraux. Lors du dernier sommet des BRICS à Johannesburg, le chef de l’État congolais a défendu une réforme du système financier international plus inclusive pour les économies à revenus intermédiaires.
Les experts de l’Institut congolais de recherche en relations internationales estiment que cette position « réduit la vulnérabilité structurelle des États africains face aux chocs exogènes ». En écho, la diplomatie chinoise insiste sur « un multilatéralisme sincère, opposé aux blocs fermés et sanctions unilatérales ».
Cette complémentarité s’accompagne d’initiatives de prévention des conflits. Des officiers congolais suivent désormais des stages à l’Institut de maintien de la paix de Nanjing, tandis que Pékin participe au financement de la Force africaine en attente, structure clef de l’Architecture africaine de sécurité.
Une mémoire partagée, capital symbolique pour demain
La mémoire reste cependant le ressort principal de cette alliance. Chaque année, une cérémonie commune est organisée au cimetière municipal de Brazzaville pour honorer les soldats africains et asiatiques tombés durant la bataille de Changde ou la campagne birmane, symbolisant un devoir d’universalité.
Pour les jeunes générations congolaises, ces commémorations nourrissent une conscience civique tournée vers le maintien de la paix. Les programmes d’échanges universitaires, cofinancés par les deux gouvernements, traduisent ce souci d’inscrire le passé dans une culture de dialogue et d’innovation.
Huit décennies après la défaite du fascisme et soixante-cinq ans après l’indépendance congolaise, la voix conjointe de la Chine et du Congo réaffirme que la sécurité collective ne saurait être dissociée du développement partagé. Cette leçon demeure précieuse face aux incertitudes contemporaines.
