Une flambée locale dans un contexte régional sous tension
Lorsqu’un premier cas de choléra a été identifié le 23 juin sur l’Île Mbamou, enclave fluviale du département de Brazzaville, les épidémiologistes ont immédiatement songé à la dynamique transfrontalière de la maladie. Quelques semaines plus tôt, des foyers avaient été signalés à Kabinda, en Angola, et à Kinshasa. Dans un espace où le fleuve Congo demeure l’axe majeur des échanges commerciaux et migratoires, l’importation d’un vibrio cholerae résistant était plus qu’une hypothèse ; elle relevait de la quasi-certitude, confie un expert en santé tropicale du Centre inter-États de surveillance épidémiologique.
Riposte gouvernementale et pilotage stratégique
Le professeur Jean-Rosaire Ibara, ministre de la Santé et de la Population, a proclamé l’état d’épidémie le 26 juillet, à la suite de deux confirmations biologiques par le Laboratoire national de santé publique. Dans la journée, un centre de coordination technique nationale s’est réuni autour d’un plan d’action articulé autour de trois axes : surveillance épidémiologique renforcée, prise en charge gratuite dans les unités de réhydratation et communication communautaire. « Le Congo dispose d’un protocole éprouvé depuis les épisodes de 2023 », souligne le directeur général de la prévention, rappelant que les stocks de sels de réhydratation orale et de doxycycline ont été prépositionnés dans les chefs-lieux de district.
Des infrastructures hydriques encore perfectibles
La propagation rapide – 187 cas et 21 décès au 28 juillet – met en lumière le défi structurel de l’accès universel à l’eau potable. Sur l’Île Mbamou comme dans certaines localités du Plateau des Batéké, moins de 40 % des ménages disposent d’un raccordement sécurisé, selon la dernière Enquête congolaise auprès des ménages. Le gouvernement, appuyé par la Banque africaine de développement, a lancé un programme d’extension des réseaux d’adduction d’ici à 2027. Toutefois, la réalisation matérielle de ces ouvrages se heurte à la saisonnalité des crues et à l’enclavement fluvial. Les autorités misent ainsi sur des unités mobiles de potabilisation pour les zones les plus reculées, une solution déjà testée à Moutaba lors de la flambée de shigellose de 2023.
Sensibilisation sociale et diplomatie sanitaire
L’expérience congolaise montre que la riposte médicale ne suffit pas sans l’adhésion des communautés. Des relais locaux, qu’ils soient chefs traditionnels ou pasteurs, diffusent depuis fin juillet des messages sur les gestes barrières : hygiène des mains, consommation d’eau traitée, cuisson complète des aliments. « Dans le contexte post-covidien, la population comprend mieux l’utilité de ces consignes, mais la défiance demeure forte face aux rumeurs », observe la sociologue Nadège Oko, qui accompagne les équipes de communication du ministère. Parallèlement, Brazzaville a sollicité l’Organisation mondiale de la santé pour renforcer la surveillance transfrontalière et harmoniser les contrôles fluviaux avec la République démocratique du Congo. La démarche, qualifiée de « diplomatie sanitaire préventive » par un conseiller du ministère des Affaires étrangères, illustre l’axe de coopération régionale promu par le président Denis Sassou Nguesso lors du récent sommet africain sur la santé.
Vers une résilience pérenne
Au-delà de l’urgence, la crise actuelle relance le débat sur la sécurisation durable du continuum eau-hygiène-assainissement. Le ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique planche sur un schéma directeur des petites stations de traitement, tandis que la faculté des sciences de l’Université Marien-Ngouabi pilote un projet de cartographie génomique du vibrio cholerae afin d’anticiper les souches émergentes. L’objectif affiché est de bâtir d’ici à 2030 un système d’alerte précoce where les signaux hydriques, climatiques et sociaux seraient corrélés en temps réel. « Chaque épidémie est un rappel que la santé publique est un bien commun, indissociable de la cohésion nationale », résume un haut fonctionnaire du ministère de la Planification. Pour l’heure, la courbe épidémique se stabilise, mais la prudence reste de mise jusqu’à la saison sèche, période où la concentration bactérienne tend à décroître.
