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Un dialogue franco-congolais à l’épreuve du climat

Dans le salon feutré du ministère de l’Environnement à Brazzaville, la rencontre entre Arlette Soudan-Nonault et le directeur sortant de l’Agence française de développement, Maurizio Cascioli, avait valeur de symbole. Au-delà de la politesse diplomatique liée à la fin d’un mandat, les deux responsables ont insisté sur la nécessité d’intégrer l’adaptation climatique au cœur de toutes les politiques sectorielles. Cette orientation, rappelée par M. Cascioli, répond à la trajectoire définie par le Congo dans sa Contribution déterminée au niveau national et dans son Plan national d’adaptation, deux instruments officiellement transmis aux instances onusiennes (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, 2022).

Un bilan financier révélateur d’engagements tangibles

Au terme de quatre années de présence, l’AFD revendique un portefeuille d’interventions qui dépasse symboliquement le strict cadre de l’assistance technique. En 2023, quelque 456 millions de francs CFA ont été alloués au renforcement des capacités des défenseurs de l’environnement, tandis que des lignes de crédit concessionnelles soutenaient la mise en conformité des infrastructures rurales aux nouvelles normes de résilience hydraulique. Ces montants peuvent sembler modestes à l’échelle des besoins, mais ils témoignent d’une montée en puissance régulière des flux financiers climatiques vers Brazzaville, dans un contexte international où la compétition pour l’accès aux fonds verts reste vive.

Le paradigme de l’adaptation inscrit dans les politiques publiques

L’une des spécificités de la coopération franco-congolaise tient à la volonté d’inscrire l’adaptation dans les stratégies nationales de développement. Alors que le Congo connaît une urbanisation rapide, la question de la gestion des eaux pluviales à Pointe-Noire ou à Brazzaville devient aussi critique que la protection des tourbières du bassin du Congo. Sur ces dossiers, la ministre rappelle que « la première phase d’intégration de l’adaptation a déjà généré un financement externe dédié », permettant la mise à jour de plusieurs plans directeurs urbains. L’approche se veut transversale : elle associe les ministères des Finances, de l’Agriculture, des Transports et même de l’Éducation, afin de diffuser une culture du risque climatique qui dépasse le seul cercle des experts.

Cap sur la biodiversité : l’exemple du programme Biodel

Symbole de cette transversalité, le programme Biodel vise la gestion durable des forêts et la préservation de la biodiversité. Adossé à l’initiative internationale pour la conservation du bassin du Congo, Biodel mobilise des techniques de cartographie satellitaire, de traçabilité du bois et de sensibilisation communautaire. Les premières évaluations font état d’une réduction mesurée du taux de déforestation dans les concessions pilotes, sans pour autant remettre en cause l’exploitation forestière légale. Pour l’AFD, l’enjeu est double : contribuer à la séquestration du carbone mondiale et garantir des revenus alternatifs aux populations riveraines, grâce notamment à l’écotourisme et à la valorisation des produits forestiers non ligneux.

Une diplomatie verte arrimée aux agendas internationaux

Au-delà des dispositifs techniques, Brazzaville inscrit sa diplomatie verte dans les grandes séquences multilatérales. La tenue, fin 2023, du Sommet des trois bassins forestiers – Amazonie, Congo, Bornéo-Mékong – a offert à la République du Congo une visibilité inédite, confirmant la pertinence de ses choix stratégiques. Dans ce cadre, l’AFD agit comme courroie de transmission entre les priorités nationales et les mécanismes financiers globaux, qu’il s’agisse du Fonds vert pour le climat ou de l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale. Cette articulation séduit les bailleurs, soucieux d’adosser leurs décaissements à des cadres de gouvernance jugés robustes.

Perspectives : vers une accélération des projets climatiques

Au terme de l’entrevue, Maurizio Cascioli confie que « les choses devraient pouvoir s’accélérer au cours des prochains mois ». Le départ d’un directeur ne signifie pas une pause de la coopération ; il ouvre au contraire la perspective d’une nouvelle feuille de route. Plusieurs chantiers se dessinent : renforcement des systèmes d’alerte précoce, adaptation des chaînes de valeur agricoles aux stress hydriques et mise en place de mécanismes de financement carbone domestique. Pour Brazzaville, la consolidation de ces programmes constitue une manière de diversifier son économie tout en affirmant son rôle de gardien d’un massif forestier dont dépend une partie de l’équilibre climatique mondial.

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