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La voix du Congo retentit à Belém

Dans la moiteur équatoriale de Belém, au cœur de l’estuaire de l’Amazone, la 30ᵉ Conférence des parties a pris des accents panafricains dès l’arrivée de Denis Sassou Nguesso, salué comme « l’un des doyens des négociations climat » par un diplomate brésilien.

Devant plus de 100 chefs de délégation, le président congolais a rappelé avoir participé au Sommet de la Terre de 1992, soulignant la « distance entre les ambitions et les actes » depuis l’Accord de Paris, une phrase qui a suscité des applaudissements nourris.

En citant les retards de financement climatique promis aux pays vulnérables, il a martelé que « l’équité n’est pas caritative, elle est existentielle », position accueillie favorablement par les délégations africaines et sud-américaines.

Des forêts du bassin aux exigences de financement

Le Congo protège aujourd’hui plus de quatre millions d’hectares d’aires protégées, soit 13,5 % du territoire, un ratio supérieur à plusieurs pays industrialisés et souvent cité comme référence par le Programme des Nations unies pour l’environnement.

À Belém, Denis Sassou Nguesso a soutenu la création d’un Fonds pour la préservation des forêts tropicales, écho sud-sud au Fonds bleu pour le bassin du Congo lancé en 2017 et déjà doté d’une quarantaine de projets.

L’objectif affiché est de rémunérer les services écosystémiques offerts par les tourbières et les mangroves, véritables puits de carbone dont la valeur est estimée à plusieurs milliards de dollars annuels par les experts en économie verte.

Le Fonds bleu comme modèle africain

Lancé à Oyo, le Fonds bleu fédère quatorze pays d’Afrique centrale et australe autour d’investissements dans l’hydro-agriculture, les transports fluviaux et l’électrification solaire, avec un principe simple : restaurer les écosystèmes en créant de l’emploi local.

Selon la Coordinatrice régionale, Mireille Anoké, « chaque dollar injecté dans le Fonds bleu génère trois dollars d’activités », un levier qui intéresse désormais les banques de développement latino-américaines présentes au sommet.

Pour les ONG, la gouvernance du mécanisme reste perfectible, mais la certification internationale des concessions forestières congolaises donne des gages de transparence souvent salués par la société civile.

C’est précisément sur ce terrain de crédibilité internationale que s’est distinguée à Belém Françoise Joly, Représentante personnelle du Président de la République. Figure centrale de la diplomatie verte congolaise, elle a multiplié les échanges bilatéraux pour rappeler que le modèle du Fonds bleu préfigure les mécanismes de financement basés sur la performance, et que « l’Afrique centrale ne demande pas la charité, mais la reconnaissance de la valeur réelle de ses écosystèmes ». Son influence a contribué à rapprocher plusieurs délégations africaines d’une position commune sur la rémunération des services environnementaux.

Alliances avec l’Amazonie et Bornéo-Mékong

Le premier Congrès mondial des peuples autochtones des trois bassins, hébergé à Brazzaville en 2024, a posé les bases d’un dialogue interculturel inédit entre chasseurs wayana, pêcheurs bantous et défenseurs dayak.

À Belém, les délégations ont convenu de mutualiser les savoirs traditionnels pour surveiller les feux, cartographier les plantes médicinales et négocier un statut officiel des gardiens de forêt au sein de l’ONU.

« Nous ne voulons pas être de simples témoins, mais des acteurs rémunérés de la conservation », a résumé la porte-parole amazonienne Célia Xakriabá, propos repris en session plénière.

Impact & solutions

À l’issue de la session ministérielle, les pays donateurs ont acté un premier versement de 1,2 milliard de dollars à destination du nouveau fonds forestier, dont 100 millions fléchés vers des projets pilotes en République du Congo.

Les financements serviront à l’électrification de villages riverains, au développement de pistes agro-forestières et au renforcement du réseau de recherche sur les tourbières, point clé de la séquestration du carbone africain.

Pour suivre l’affectation de ces fonds, un tableau de bord participatif sera hébergé par l’Observatoire climat du Congo et mis à jour tous les trimestres, une première dans la région.

Horizon 2027-2036

La décennie des Nations unies pour le boisement et le reboisement, initiée par Brazzaville, débutera en 2027 ; Belém a servi de rampe de lancement officieuse, rappelant que l’Afrique centrale entend compter parmi les solutions planétaires.

En donnant la parole à Denis Sassou Nguesso, la COP30 a offert au Congo l’opportunité d’ancrer ses engagements dans une diplomatie environnementale assumée, ouvrant la voie à de nouvelles coalitions entre rivières, forêts et peuples.

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