| Environnement

Marée de déchets, marée de bénévoles

Dès l’aube, des gants orange percent la brume océanique. Regroupés sur la Côte Sauvage, fonctionnaires, guides et riverains remplissent des sacs translucides d’emballages jetés par les vagues ou les pique-niques du week-end.

L’image est forte : sur plusieurs centaines de mètres, le sable reprend peu à peu sa teinte blonde. « Chaque bouteille ramassée, c’est une tortue épargnée », lance un agent des Eaux et Forêts, ponctuant l’effort d’un sourire complice.

La scène illustre la montée en puissance d’un tourisme participatif où le visiteur, loin d’être simple consommateur, devient acteur de la santé du littoral.

Une Journée mondiale du tourisme sous le signe durable

Le ramassage s’inscrit dans la 46ᵉ Journée mondiale du tourisme. Le thème 2023, « Tourisme et transformation durable », rappelle que le secteur peut réduire son empreinte tout en dynamisant l’économie locale.

« Nous voulons montrer qu’un séjour réussi commence par un geste écologique », explique Stèves Malcom Mpan, directeur départemental du Tourisme et de l’Hôtellerie, en distribuant des sacs biodégradables aux équipes.

Patron de la cérémonie, Sylvestre Lempoua salue au nom du préfet Iboko Onangha « l’engagement citoyen qui donne une image rayonnante de Pointe-Noire ».

Côte Sauvage, vitrine écotouristique

Long ruban d’écume bordé de filaos, la Côte Sauvage attire surfeurs, familles et expatriés. Mais ses plaisirs balnéaires ont un revers : 6 tonnes de déchets y sont produites chaque mois selon la municipalité.

Nettoyer le site, c’est préserver les mangroves voisines où nichent sternes et pélicans bruns. C’est aussi garantir aux opérateurs touristiques un cadre photogénique, essentiel dans l’ère des réseaux sociaux.

Les organisateurs espèrent que l’opération devienne mensuelle, financée par un modeste prélèvement sur les passages véhicules, idée actuellement à l’étude.

Cap sur le lac Nanga, trésor bleu

Après la plage, le cortège rejoint le lac Nanga, à Ngoyo. La piste latéritique s’enfonce parmi les grands palmiers avant de dévoiler une eau tachée d’émeraude, miroir des nuages équatoriaux.

« Le Congo est un don de la nature », s’enthousiasme Lempoua devant ce plan d’eau entouré de villages pêcheurs. Il invite résidents et touristes « à se reconnecter à ce patrimoine, moteur d’emplois et de fierté ».

Ici, pirogues et paddles se croisent dans un silence rompu seulement par les martins-pêcheurs. Les guides locaux projettent un circuit ornithologique qui pourrait créer une dizaine d’emplois directs.

Entrepreneurs locaux en première ligne

Genest Wilfrid Paka Banthoud, administrateur-maire de Ngoyo, plaide pour un soutien aux initiatives privées. Son constat est clair : accueillir des visiteurs tient les jeunes éloignés de la rue, tout en valorisant la culture Kongo.

Plusieurs familles ont déjà transformé des cases traditionnelles en gîtes écoresponsables, utilisant bambou et raphia. Les nuits y sont fraîches, bercées par les tambours de fêtes improvisées.

L’élu souhaite un fonds d’amorçage favorisant sanitaires écologiques et formation des guides, gage d’un tourisme maîtrisé.

L’économie circulaire, prochaine étape

Les sacs remplis sur la plage ne finiront pas en décharge. L’association Recyclo-Plast s’apprête à transformer les bouteilles en pavés pour voiries piétonnes, fermant la boucle circulaire.

Cette filière crée déjà vingt emplois, principalement féminins, dans le tri et l’extrusion. « Notre ambition est de doubler la capacité l’an prochain », détaille sa coordinatrice, convaincue que la demande urbaine en pavés écologiques va grimper.

Le projet bénéficie d’un appui technique du programme onusien Environnement, rassurant investisseurs et collectivités.

Comment y aller

La Côte Sauvage se situe à dix minutes du centre-ville de Pointe-Noire en véhicule particulier ou taxi. En saison sèche, la route sablonneuse reste praticable pour les bus touristiques. Un ticket d’accès symbolique finance l’entretien des poubelles et douches publiques.

À savoir

Le lac Nanga est accessible toute l’année, mais les couleurs les plus intenses apparaissent entre juillet et septembre. Les visiteurs doivent s’acquitter d’un droit d’entrée modique, reversé aux villages riverains pour l’achat de filets sélectifs et de gilets de sauvetage.

La baignade est interdite sur la Côte Sauvage après 18 h en raison des courants. Des maîtres-nageurs assermentés veillent en journée.

Impact & solutions

Lors de cette opération, 1,2 tonne de plastique a été collectée, soit l’équivalent de 48 000 bouteilles. Les organisateurs espèrent atteindre 5 tonnes d’ici la fin de l’année grâce à l’implication des écoles.

À moyen terme, la direction du Tourisme planche sur une charte d’accueil durable imposant tri sélectif, limitation de l’usage du plastique et formation environnementale du personnel hôtelier.

Le message est limpide : sans la nature, il n’y a pas de tourisme. Et sans visiteurs, la nature manque d’alliés. Le cercle vertueux ne demande qu’à s’étendre de la côte aux forêts du bassin du Congo.

Comments are closed.