Déchets et inondations à Brazzaville
Le fracas des averses tropicales révèle le même spectacle sur les rives de la Tsiémé : des caniveaux pleins d’ordures débordent, charriant plastiques et restes alimentaires vers les quartiers périphériques.
Malgré les mises en garde répétées du ministre de l’Assainissement urbain, Juste Désiré Mondélé, le geste de jeter un sac au-dessus du garde-corps reste quotidien pour de nombreux riverains.
Les grands collecteurs, conçus pour drainer les pluies, se transforment ainsi en décharges improvisées, compromettant le fonctionnement même de ces infrastructures pourtant coûteuses.
Conséquences sanitaires alarmantes
En juin, le ministre de la Santé alertait sur une épidémie de choléra ayant déjà provoqué 35 décès et plus de 500 cas, une propagation facilitée par la proximité entre foyers et eaux souillées.
Le Programme national de lutte contre le paludisme attribue 42 % des décès, 71 % des consultations et 56 % des hospitalisations à la maladie, dont le vecteur prolifère dans les eaux stagnantes des caniveaux encombrés.
Ces chiffres illustrent la perméabilité entre environnement et santé publique ; chaque sachet jeté devient une goutte de plus dans l’océan des risques épidémiques.
Le cadre réglementaire se renforce
Au lancement des travaux de curage en août, Juste Désiré Mondélé a rappelé que la loi prévoit désormais garde à vue et travaux d’intérêt général pour les contrevenants.
Le ministère collabore avec chefs de quartiers et police afin de documenter les infractions et d’instaurer une chaîne de responsabilité qui dépassera la seule période des grandes pluies.
Cette approche graduée, combinant pédagogie et sanction, reflète une volonté institutionnelle de construire du civisme sans stigmatiser, conformément à la tradition d’accompagnement prônée par les autorités.
Le défi sociologique de l’incivisme
Dans les ruelles de Makélékélé, la marchande Pauline avoue déposer ses déchets dans le collecteur faute de bac accessible ; son geste, répété par des milliers d’autres, traduit un arbitrage entre urgence domestique et bien commun.
Les sociologues soulignent que l’offre de services influence le comportement ; la disparition d’un point de collecte suffit souvent à réactiver les pratiques informelles de déversement.
Dans ce contexte, la sensibilisation prend tout son sens : rappel des risques sanitaires, démonstration des bénéfices esthétiques et valorisation des citoyens exemplaires créent les conditions d’un changement durable.
Valoriser les déchets, créer de la valeur
Des initiatives locales émergent pour transformer la contrainte en opportunité économique ; des coopératives collectent déjà bouteilles et cartons à destination de petits recycleurs.
Si le maillage restait embryonnaire, l’annonce de sanctions pourrait accélérer l’afflux de matière première, créant un marché qui rémunère la propreté tout en réduisant la charge publique.
Le ministère de l’Assainissement, en lien avec le développement local, étudie la possibilité d’accompagner les micro-entreprises de collecte, illustrant une convergence entre politique environnementale et croissance inclusive.
Construire une ville résiliente
Les urbanistes rappellent que le collecteur n’est qu’un maillon ; à long terme, l’objectif est une gestion intégrée des eaux, combinant pavés drainants, bassins tampons et espaces verts capables d’absorber les crues.
Dans cette vision, la lutte contre l’incivisme reste essentielle, mais elle s’inscrit dans une stratégie d’aménagement global qui réduira à la source la tentation de déverser.
Le gouvernement congolais multiplie ainsi les partenariats avec les mairies d’arrondissement pour cartographier les points noirs, financer des solutions innovantes et suivre l’état des collecteurs via des applications mobiles.
Chaque avancée technique redonne de la crédibilité à la parole publique ; elle montre que l’effort demandé aux citoyens s’accompagne d’investissements tangibles de la part des institutions.
Au final, la sortie durable de la spirale insalubre repose sur un triple pilier : infrastructures entretenues, responsabilité collective et valorisation économique des résidus, un triptyque que Brazzaville s’emploie désormais à conjuguer.
L’éducation comme moteur
Dans plusieurs écoles primaires, des enseignantes initient des clubs verts où les élèves apprennent à trier et à fabriquer des briques en bouteilles plastiques, emportant ensuite le message de propreté dans leurs familles.
Le ministère de l’Enseignement général intègre progressivement des modules sur la gestion des déchets dans les programmes, convaincu que la prévention gagne en efficacité lorsqu’elle commence dès l’enfance.
Cette appropriation précoce des éco-gestes prépare une génération moins encline à considérer le collecteur comme une décharge et plus disposée à défendre l’espace public.
Un enjeu partagé dans la sous-région
Douala, Pointe-Noire ou Libreville affrontent les mêmes noyades de déchets lors des fortes pluies, signe que la problématique dépasse les frontières nationales.
Brazzaville peut donc jouer un rôle pilote en montrant que des politiques publiques fermes, associées à des solutions communautaires, améliorent réellement la salubrité et limitent les flambées épidémiques.
Une plateforme d’échanges d’expériences entre villes du Golfe de Guinée est à l’étude, afin de mutualiser données hydrologiques, protocoles de sensibilisation et retours d’expérience sur les sanctions.
Ce dialogue régional pourrait favoriser l’émergence d’indicateurs communs, ouvrant la voie à des financements climatiques internationaux pour la modernisation des réseaux d’assainissement.
En attendant, chaque geste individuel reste décisif ; le renvoi de responsabilités d’un acteur à l’autre ne saurait tenir lieu de stratégie dans une ville où la saison des pluies ne fait jamais de pause.





