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Un roman manifeste à l’approche de 2026

À Pointe-Noire, le Centre culturel Jean-Baptiste Tati-Loutard a accueilli, le 23 août, la sortie de « L’appel au devoir patriotique », treizième ouvrage d’Yvon Wilfride Lewa-Let Mandah, publié aux Éditions LMI, quelques mois avant l’échéance présidentielle de 2026.

Le public a découvert un roman de 296 pages que l’auteur présente comme un pont entre création artistique et responsabilité civique, pointant la gouvernance africaine tout en célébrant le potentiel du Congo.

En ouverture de la séance, la directrice des Éditions LMI, Caroline Matoko, a évoqué « une contribution majeure au débat citoyen qui s’ouvre », soulignant la rareté, au Congo, de romans se positionnant explicitement sur la future présidentielle.

Entre autobiographie et fresque nationale

Lewa-Let Mandah adopte un genre hybride mêlant chronique personnelle, récit historique et méditation théologique, où sa propre trajectoire devient un prisme pour lire six décennies de mutations congolaises.

Le texte alterne scènes familiales, coulisses politiques et évocations bibliques, donnant au lecteur une image en mosaïque d’un pays traversé par des enthousiasmes et des incertitudes.

Cette dramaturgie intérieure s’appuie sur un traitement littéraire du temps, le narrateur se projetant tantôt dans la Pointe-Noire des années 1990, tantôt dans ce futur électoral qu’il imagine réconciliateur.

La Namentitude, projet sociopolitique inédit

Au-delà du diagnostic, le livre déroule un programme baptisé « Namentitude », mot-valise désignant, selon l’auteur, l’art du bien-être pour tous et du bien-faire par tous, inspiré des cités grecques et des communautés bibliques.

Le concept plaide pour une méritocratie rénovée, une gestion éthique des ressources naturelles et une participation citoyenne reposant sur la formation continue et la médiation des différends.

L’auteur, qui cite volontiers Senghor, Moïse et David, insiste sur la dimension spirituelle de son offre politique, considérant que la foi peut soutenir l’éthique publique sans empiéter sur la laïcité de l’État.

La Namentitude propose aussi un service civil universel d’un an pour les jeunes diplômés, combinant apprentissage des langues nationales, plantations communautaires et stages dans les PME afin de stimuler l’employabilité et la cohésion entre régions.

Artiste, pasteur, manager: un profil pluriel

Né à Pointe-Noire, ancien étudiant des sciences à l’Université Marien-Ngouabi, Lewa-Let Mandah se construit d’abord dans les arts de la scène avant de diriger le Centre congolais de l’Institut international de théâtre affilié à l’UNESCO.

Son parcours professionnel s’étend aux plateformes pétrolières, où il coordonne la logistique du personnel, puis à l’enseignement des langues et à la traduction, autant de lieux d’observation de la diversité sociale congolaise.

Ordonné diacre, responsable d’actions pour la paix, il milite auprès des communautés évangéliques pour le dialogue interconfessionnel, ce qui nourrit son discours sur la réconciliation nationale.

Cette pluralité d’expériences, soutient le politologue Jean-Marc Mavoungou, « confère au candidat potentiel une compréhension transversale des attentes, depuis l’ouvrier offshore jusqu’à l’étudiant, atout non négligeable dans un scrutin à un seul tour ».

Défis et perspectives pour la gouvernance congolaise

L’ouvrage survient dans un contexte économique marqué par la diversification post-pétrole et les réformes financières menées depuis plusieurs années pour stabiliser la dette et renforcer les infrastructures sociales.

Selon le chercheur Cédric Oba, consulté lors de la présentation, « toute proposition crédible doit s’articuler aux plans nationaux existants et dialoguer avec la vision portée par le gouvernement ».

Dans cette logique, Lewa-Let Mandah indique vouloir contribuer à la réalisation du Plan national de développement 2022-2026, notamment en matière d’éducation, d’économie verte et d’appropriation culturelle.

Des économistes rappellent toutefois que la consolidation budgétaire exige une administration performante; l’auteur soutient la création d’un corps de contrôle citoyen numérique, capable de suivre l’exécution des projets publics en temps réel et de publier des indicateurs accessibles.

Réception critique et échos internationaux

Les premières chroniques, venues de Brazzaville comme de la diaspora, saluent un texte ample qui rejoint la tradition des romans-programmes africains tout en s’attachant à des détails concrets du quotidien congolais.

Pour la professeure Élise Ngoma, de l’Université de Kinshasa, « le roman réussit à transformer le discours politique en matériau littéraire sans verser dans la propagande, un exercice rarement maîtrisé dans la sous-région ».

La présence de délégués de l’Institut international de théâtre et de diplomates accrédités à Brazzaville lors de la cérémonie illustre l’audience internationale grandissante de l’auteur et, partant, de la scène culturelle congolaise.

Reste désormais à suivre la réception populaire du texte et la place qu’il occupera dans les débats programmatiques des mois à venir, alors que le calendrier électoral s’accélère et que les forces politiques affinent leurs alliances.

Aux États-Unis, l’ONG PEN America a indiqué suivre la campagne littéraire congo-brazzavilloise, y voyant un exemple de « diplomatie des arts » susceptible de renforcer le dialogue culturel entre continents.

Dans les prochains mois, l’équipe éditoriale prévoit une tournée nationale de dédicaces, puis des lectures publiques filmées destinées aux réseaux sociaux, afin de toucher la jeunesse urbaine très connectée.

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