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Solidarité des communautés côtières

Au petit matin, les pirogues fraîchement peintes longent la plage de Tchiamba-Nzassi tandis qu’une marée humaine se rassemble. La huitième édition du Festival de la mer, pilotée par l’ONG Renatura Congo, transforme la côte en vaste agora dédiée aux peuples de la mer.

Venus des villages de Pointe-Noire et du Kouilou, pêcheurs, fumeuses de poissons, mareyeuses et charpentiers de marine partagent chants, recettes et récits. Tous célèbrent la Journée mondiale des pêcheurs artisans, héritage d’un mouvement né en Inde dans les années 1990.

Pour Quentin Bodiguel, directeur adjoint de Renatura, « la solidarité internationale protège nos filets et la planète ». Son équipe multiplie les ateliers, reliant les communautés congolaises aux réseaux de l’Atlantique et de l’océan Indien, afin d’échanger astuces et alertes sur les stocks.

Pêche artisanale, trésor vivant

Dans ces eaux chaudes circulent bossus, barracudas et crevettes roses, ressource essentielle pour 30 000 familles du littoral congolais. La pêche artisanale représente jusqu’à 70 % du poisson consommé localement, selon la Direction générale des affaires maritimes.

Cependant, la pression s’accroît. Filets maillants trop serrés, captures juvéniles, déchets plastiques et dragues industrielles menacent la biodiversité. « Si nous n’agissons pas, nos enfants ne reconnaîtront plus ces plages », s’inquiète le patriarche Ange Ngoma, pêcheur depuis quarante ans.

Le festival devient laboratoire d’idées. Les exposants montrent des nasses sélectives en bambou, des balises GPS solidaires et des glacières solaires fabriquées à Dolisie. Chaque outil vise à réduire l’effort de pêche et à garantir une chaîne du froid respectueuse de l’environnement.

Scientifiques et sages d’un même rivage

Autour d’une carte géante, biologistes marins et chefs traditionnels géolocalisent les zones de frai des carangues et la route des tortues luths qui viennent pondre entre octobre et mars. Les informations recueillies servent au ministère pour ajuster les calendriers de fermeture saisonnière.

Renatura rappelle que cinq espèces de tortues fréquentent la côte congolaise. Le simple relevé d’une trace de ponte déclenche l’envoi de volontaires pour sécuriser le nid et sensibiliser les riverains, pratique qui a déjà augmenté de 20 % le taux d’éclosion.

Les scientifiques saluent aussi l’appui des Forces maritimes congolaises, qui patrouillent afin de dissuader la pêche illégale. Cette coopération civile-militaire, encore discrète, démontre qu’une gouvernance partagée peut naître sans opposer usages traditionnels, recherche et impératifs économiques.

Comment y aller

Tchiamba-Nzassi se situe à une heure de route au nord de Pointe-Noire par la RN5 modernisée. Des bus assurent la liaison quotidienne, tandis que les taxis-pirogues proposent un trajet côtier pittoresque depuis le port artisanal de Loango.

La plupart des visiteurs logent dans les éco-cases communautaires, toits de palme et panneaux solaires, aménagées avec l’appui de l’Agence congolaise du tourisme. Le festival se tient fin novembre ; réserver avant octobre garantit une place à bord des pirogues festives.

À savoir

Les stands d’information distribuent des livrets bilingues français-vili rappelant les tailles minimales de capture et les périodes de repos biologique. Les contrevenants encourent la confiscation de leur matériel, sanction rarement contestée depuis l’accord communautaire de 2019.

Une exposition retrace l’histoire des femmes fumeuses, gardiennes du goût. Leur technique de salage amélioré permet désormais de réduire de moitié la consommation de bois, résultat d’un partenariat avec le Centre de recherche forestière de Brazzaville.

Impact & solutions

Quatre-vingt-dix kilogrammes de plastique ont été collectés sur la plage durant le festival, selon les organisateurs, puis remis à une start-up locale qui les transforme en pavés. Une portion de la vente finance des bourses scolaires pour les enfants de pêcheurs.

L’ONG annonce également la création prochaine d’un fonds d’équipement. Chaque lanterne à LED ou moteur peu énergivore acheté par un pêcheur sera subventionné jusqu’à 40 %. « Notre avenir repose sur la pêche moins, mais mieux », insiste Quentin Bodiguel, sourire au coin du quai.

À la nuit tombée, un film projeté sur toile blanche raconte l’histoire d’une tortue marquée au Congo et retrouvée au Gabon. Le public, émerveillé, réalise que l’océan ignore les frontières et que chaque geste local possède une portée régionale.

L’an prochain, les organisateurs veulent étendre l’événement aux lagunes de la Conkouati en s’appuyant sur les radios communautaires. Leur objectif : qu’aucun filet ne touche l’eau sans que son propriétaire connaisse l’état du stock et la loi.

Le Festival de la mer clôt sa huitième édition sur une promesse fraternelle : pêcher avec sagesse pour nourrir sans épuiser. Au loin, les lamparos s’allument, témoins silencieux d’une côte qui veut conjuguer tradition et avenir durable.

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