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Dans les entrailles d’Imboulou

À quatre-vingts kilomètres au nord de Brazzaville, l’immense retenue d’Imboulou s’étire comme un lac naissant au milieu des plateaux verdoyants. Au pied du barrage, un grondement sourd rappelle que l’ouvrage, malgré ses blessures, continue de livrer un peu de courant.

Quinze ans de service, un bilan contrasté

Mis en exploitation en 2010, le complexe devait produire 120 MW, soit l’équivalent de la moitié des besoins domestiques de la capitale. L’usure, les infiltrations d’eau et l’absence de révision générale ont progressivement réduit la puissance à 30 MW.

La turbine numéro 2, démontée l’an dernier par la société Fomico, attend toujours l’expertise du constructeur Harbin Electric pour identifier les pièces à remplacer. Les groupes 3 et 4 sont à l’arrêt, freinés par le manque d’accessoires de rechange, selon les techniciens d’E²C.

Les hommes à la manœuvre

Lundi 29 septembre, Frédéric Manienze, directeur de cabinet du ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, a conduit une mission mixte sur le site. « Nous voulons un diagnostic franc et la mobilisation de tous les partenaires », a-t-il déclaré au pied des galeries vibrantes.

Dans la salle des machines, les casques jaunes d’AITPC injectent du ciment haute densité sous les dalles affaissées. « Notre priorité est de stopper les infiltrations avant la prochaine saison des pluies », confie l’ingénieur-chef Paul Okoua, regard rivé sur un capteur de fissures.

Défis techniques et solutions durables

Au-delà des joints à refaire, le cœur du problème réside dans la maintenance prédictive. Le gouvernement étudie l’intégration de capteurs IoT pour suivre vibrations et températures, limitant ainsi les arrêts imprévus (Direction générale de l’énergie).

Harbin Electric propose, de son côté, un pack d’upgrade qui porterait chaque turbine à 35 MW tout en améliorant le rendement hydraulique de 3 %. Un bond modeste mais crucial pour réduire la dépendance aux centrales thermiques et leurs émissions de CO₂.

E²C table sur la création, d’ici 2026, d’un centre de formation à Ngoko afin de qualifier 80 techniciens locaux aux standards ISO, gage d’autonomie et de réduction des coûts d’exploitation.

Impacts sur les villages et la biodiversité

La baisse de production oblige certaines localités à recourir aux groupes électrogènes, alourdissant la facture des ménages. Les pêcheurs de Ngabé, eux, redoutent que les lâchers d’eau irréguliers perturbent la migration des carpes tigrées.

L’Agence congolaise de la faune surveille pourtant un retour des loutres à pelage tacheté dans la retenue, preuve que la qualité de l’eau reste bonne. Un régime d’écoulement plus stable favoriserait la reproduction des espèces et l’écotourisme naissant sur les rives.

Financements, calendrier et espoirs

Brazzaville négocie avec la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale un prêt concessionnel de 48 millions d’euros dédié aux travaux lourds et à la digitalisation de la maintenance, indique une source au Trésor public.

Si les fonds sont débloqués en 2025, la remise en service progressive des trois groupes arrêtés pourrait intervenir dès 2027, portant la capacité installée à 130 MW grâce aux upgrades. « Nous visons une production sûre pour vingt ans », assure Armel Itoua Ibara Mimbi d’E²C.

Comment y aller

Depuis Brazzaville, compter deux heures par la route nationale 2 jusqu’à Ngabé puis quarante minutes de piste. Des minibus assurent la liaison quotidienne, mais un 4×4 reste recommandé en saison des pluies, lorsque la latérite se transforme en bourbier.

À savoir

Les visites techniques sont autorisées le mercredi sur réservation auprès d’E²C. Le port du casque et des chaussures de sécurité est obligatoire. Les photographies de la salle de contrôle nécessitent une autorisation préalable du ministère de l’Énergie.

Impact & solutions

L’achèvement des réparations d’Imboulou permettra de réduire de 160 000 tonnes les émissions annuelles de CO₂ du mix électrique national, selon l’Observatoire climat Congo. Il soutiendra aussi l’électrification rurale en facilitant la connexion de 30 000 nouveaux foyers.

Les ONG locales plaident enfin pour qu’une partie des recettes générées alimente un fonds communautaire destiné aux projets d’agroforesterie, afin de lier définitivement l’énergie hydraulique à la protection des forêts riveraines du fleuve Congo.

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