Une réponse africaine à la pauvreté énergétique
Eclairée par les ampoules solaires de Brazzaville, la salle du forum international sur le contenu local a vu naître un projet devenu slogan : « énergie pour tous, par nous ». La future Banque africaine de l’énergie promet de combler les retards structurels qui privent encore 600 millions d’Africains d’électricité.
Siège au Nigéria, regard sur tout le continent
Porté par l’Association des pays producteurs de pétrole africain, le dossier touche à sa phase finale : statuts déposés, bureaux équipés et recrutement du directeur général en cours, selon Serge Désiré Kohemun.
Le siège choisi, Abuja, n’est pas anodin : la capitale nigériane abrite déjà plusieurs agences régionales et jouit d’une connectivité aérienne cruciale. La banque y puisera un écosystème financier solide tout en gardant une gouvernance multinationale pour rassurer les vingt-trois États membres.
Le Congo défend la cuisson propre
A Brazzaville, les responsables congolais valorisent l’aspect social. « Notre priorité reste la cuisson propre », rappelait le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, encourageant chaque État à prendre des parts afin que le gaz butane remplace enfin le charbon de bois dans les foyers.
Pour Serge Désiré Kohemun, accéder au butane suppose des investissements dans la logistique, les centres de remplissage et la formation des distributeurs. « La banque permettra d’aligner financements publics et privés pour ces maillons que trop d’institutions considèrent encore comme des dépenses domestiques », explique-t-il.
Un pipeline transrégional en discussion
Au-delà des cuisines, la Banque regarde déjà vers les tuyaux. Le Central African Pipeline System, imaginé pour relier les champs pétroliers du Tchad aux ports atlantiques, deviendrait la colonne vertébrale d’échanges régionaux de carburants, mais aussi de produits raffinés et peut-être d’hydrogène vert.
Les grands bailleurs hésitent à parrainer de tels tubes, invoquant les risques carbone. Kohemun rétorque qu’« un pipeline bien surveillé émet moins qu’un transport routier chaotique ». Il insiste sur la composante multi-produits qui pourrait, demain, convoyer des biocarburants issus des savanes congolaises.
Mobilisation de capitaux: où en est-on?
En matière de capital, la barre symbolique des deux milliards de dollars a déjà été franchie, soit un quart de l’objectif initial. Les États membres, du Gabon à l’Angola, ont souscrit en cash ou en apport de garanties souveraines, gage d’une mise en service rapide.
Le modèle financier s’inspire des fonds verts : faible apport, fort effet de levier. La Banque vise un ratio de 1 à 8, chaque dollar africain attirant huit dollars partenaires. Les négociations avec des assureurs panafricains avancent afin de couvrir le risque politique perçu.
Impact & solutions
En filigrane, le continent cherche à concilier souveraineté et climat. Les défenseurs de la transition demandent qu’au moins 30 % des guichets soient réservés aux renouvelables : mini-grids solaires, hydraulique villageoise, stockage. Une clause d’exclusion du torchage de gaz figure déjà dans le projet de charte.
Côté santé, l’abandon du charbon de bois pourrait sauver, selon l’OMS, jusqu’à 600 000 vies annuelles exposées aux fumées domestiques. « Chaque bouteille de butane vendue est une hospitalisation évitée », résume un médecin du CHU de Brazzaville, favorable à la feuille de route.
À savoir
Les statuts prévoient une rotation géographique des hauts postes. Après le Nigéria, le premier siège régional pourrait s’installer à Pointe-Noire pour couvrir la façade atlantique. Les dépôts de projets seront ouverts aux compagnies privées, aux ONG énergétiques et aux collectivités locales.
Pour être éligibles, les dossiers devront inclure une étude d’impact social et un plan de formation locale. Une partie des bénéfices sera reversée à un fonds de compensation visant la reforestation des berges du fleuve Congo, haut lieu de biodiversité.
Comment y aller
Les visiteurs souhaitant rencontrer l’équipe de la Banque peuvent déjà se rendre à Abuja. Air Congo opère trois vols hebdomadaires via Libreville. Un visa d’affaires e-consular est délivré en 48 heures, tandis qu’un service de navette relie l’aéroport aux quartiers diplomatiques.
Pour le forum 2026, annoncé à Brazzaville, les organisateurs promettent des visites terrain : dépôts de gaz, station pilote solaire au bord de la Tsiémé et embarquement sur un bateau-laboratoire qui mesure la qualité de l’air le long du fleuve. Les inscriptions ouvriront en mars.

