Le Fhic, creuset d’innovation durable
Du 21 au 23 août, la cinquième édition du Forum Horizon Initiative et Créativité (Fhic) a transformé Pointe-Noire en laboratoire d’idées vertes. Sous les stands bruissaient les projets, sous les toiles se négociaient les alliances, tandis que la scène principale dévoilait un programme intensément tourné vers l’impact durable.
En arrière-plan, le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement (Figa) jouait le rôle de chef d’orchestre financier. L’institution publique, créée pour fluidifier l’accès au crédit, a profité du forum pour injecter un capital frais dans un tissu entrepreneurial encore fragile mais fertile.
Un financement massif pour le secteur informel
Cinq cents micro-entrepreneurs issus du secteur informel, présélectionnés via le programme Crédit Kolisa, ont reçu 63,8 millions de francs CFA, somme présentée comme un “fonds d’amortissement d’affaires”. Pour beaucoup, c’est la première fois qu’une enveloppe structurée répond à leurs besoins de trésorerie ou d’équipement.
La microfinance Microcred, partenaire du dispositif, se voit attribuer 10 millions de francs CFA pour étendre ses lignes de prêt dédiées aux petits marchands. « Notre rôle est de faire ruisseler ce capital jusqu’au dernier kilomètre économique », explique son responsable conformité, qui espère doubler son portefeuille rural.
Pour le Figa, l’enjeu dépasse la simple distribution. En assortissant les décaissements à un accompagnement comptable et juridique, l’établissement vise un taux de survie supérieur à trois ans, seuil critique où la plupart des micro-entreprises congolaises s’étiolent faute de suivi.
Agro-pastoral et artisanat, les nouveaux viviers
Quatre cents jeunes ont profité d’ateliers intensifs dans l’agro-pastoral : élevage de poulets bicyclette, maraîchage hydroponique ou transformation de manioc en farine améliorée. Ces modules, dispensés par des techniciens du ministère de l’Agriculture, apportent un savoir-faire directement monétisable dans les quartiers périphériques.
Le forum n’a pas ignoré l’artisanat. Dix couturières ont reçu chacune une machine à coudre neuve, tandis que des coiffures-esthéticiennes repartaient avec des kits mêlant tondeuse solaire, fer à boucler économe et produits capillaires locaux. « Nous pouvons enfin travailler sans dépendre du courant instable », confie une bénéficiaire.
Ces dotations matérielles, modestes en valeur absolue, constituent un capital d’initiative pour des jeunes souvent exclus du système bancaire. Le Fhic mise sur l’effet de démonstration : montrer qu’un investissement de proximité peut créer une chaîne de valeur sociale et environnementale.
Prix d’excellence Le Prince, vitrine verte
Point d’orgue attendu, le prix d’excellence Le Prince a couronné trois trajectoires. Henry Diele, via Green Tech, moule des pavés robustes à partir de sachets plastiques recyclés ; Gloire Kouzounguila transforme des résidus forestiers en charbon écologique ; Séphora Koutoumona confectionne des pièces haute-couture malgré son handicap.
Les lauréats reçoivent un certificat d’honneur et une enveloppe financière dont le montant reste confidentiel. « C’est la consécration d’un travail acharné », s’enthousiasme Gloire Kouzounguila, appelant les jeunes à « croire en leurs idées, même si elles semblent minuscules au départ ».
Selon le comité d’organisation, le palmarès vise à “normaliser l’excellence inclusive”, en valorisant autant la performance économique que l’impact sociétal. Un membre du jury souligne que Diele ou Kouzounguila représentent « la preuve tangible qu’un modèle zéro déchet peut se muer en opportunité commerciale compétitive ».
Vers un écosystème entrepreneurial résilient
Au-delà des chiffres, le forum esquisse un changement culturel. Les participants ont entendu experts comptables, climatologues et développeurs discuter de bilans carbone, d’agriculture régénératrice ou de microcrédit vert. Ces notions autrefois académiques entrent progressivement dans le vocabulaire courant des start-ups congolaises.
Le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, par la voix d’un conseiller, indique travailler à une plateforme numérique unifiant candidature, suivi et reporting. L’objectif déclaré est de réduire les délais administratifs et de permettre aux bénéficiaires d’accéder en temps réel à leurs tableaux de bord financiers.
Des universitaires de l’École nationale d’administration ont proposé, lors d’une table ronde, de formaliser un indice de résilience pour mesurer l’impact social des subventions. L’outil, encore à l’état embryonnaire, pourrait servir de boussole aux bailleurs internationaux intéressés par des projets à faible empreinte carbone.
Les organisateurs annoncent déjà la prochaine édition, avec un accent promis sur l’économie circulaire. En attendant, les nouveaux financés retournent dans leurs quartiers, essentiels locomotives d’une transition verte adaptée au contexte congolais, où l’ingéniosité locale se conjugue désormais avec un accompagnement public structurant.
En somme, le Fhic 2023 confirme qu’un écosystème naît à la confluence de la confiance financière et de la créativité juvénile. Les efforts conjoints du Figa, des partenaires privés et des lauréats laissent entrevoir un avenir où l’entrepreneuriat congolais rime avec inclusion et responsabilité environnementale.
À Pointe-Noire, les autorités locales envisagent également d’aménager une zone franche dédiée aux éco-industries naissantes. Selon un urbaniste municipal, le site jouxterait le port en eau profonde, réduisant les coûts logistiques pour les futurs exportateurs de briques plastiques ou de biomasse densifiée.
Le sociologue Étienne Malonga rappelle toutefois que le succès repose autant sur la rigueur de suivi que sur l’enthousiasme initial. « La finance seule ne suffira pas si l’on n’investit pas dans la gouvernance participative et les réseaux d’entraide inter-quartiers », analyse-t-il devant un auditoire attentif.




